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Des alternatives au web

Web is dead

Web is dead
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par Christophe Payet
du lundi au vendredi dans la matinale de l'été
Il faut regarder les choses en face, Internet c’est plus ce que c’était. Le web est mort, cané, dead, KO.. Bien sûr, il est encore possible de se connecter à internet, de naviguer sur des pages, de surfer comme on aimait le dire jadis… Mais le web, tel qu’il a été conçu, rêvé, idéalisé… bref tel qu'il a été pensé par les utopistes du numérique qui en sont à l’origine, et bien celui là est mort. Voire, il faut être honnête avec nous même, n’a jamais vraiment existé. Et c’est ce que je vais tâcher de vous montrer tous les matins de ce mois de juillet : toutes les grandes tendances récentes tendent à montrer que le web n’existe pas ou plus.

Des alternatives au web

C’est la fin de cette chronique “Web is dead”. Vingt épisodes pour vous montrer que le web des débuts, le web utopique, le web libre et ouvert, celui qui est souhaitable et le seul à mériter le nom de web… est en danger.

On le voit agonisant sous nos yeux. Chaque jour un peu plus mal à point… on assiste passifs à ses dernières heures. Devant nous le cadavre encore chaud de nos utopies.

Fin de l’amateur, avènement des marques, systèmes de plus en plus fermés, logiques propriétaires, menaces sur la neutralité du net, mythe du nomadisme digital, uniformisation, mensonges et fake news, vie privée et données personnelles bradées, culture du partage et web collaboratif en péril, conflits et tensions chez les partisans d’un web libre…. Pendant un mois, on a énuméré toutes les menaces. C’est inquiétant, c’est triste, c’est sombre, c’est parfois exagéré, mais c’est pour mieux en mesurer les risques.

Le web en danger

Jamais le web ouvert n’a été aussi menacé. On l’a répété à plusieurs reprise, le père du web lui-même Tim Berners-Lee s’en est inquiété dans une tribune publiée il y a quelques semaine.

Mais bien avant lui, il y a bien longtemps, des visionnaires avant senti le vent tourner dans le mauvais sens. Ils avaient vu que l’utopie numérique ne serait que de courte durée.

En 1995, l’astronome Clifford Stoll, signait une tribune dans Newsweek intitulée “Pourquoi le web ne sera pas le Nirvana”. En temps que chercheur, cela faisait déjà une vingtaine d’années qu’il utilisait le réseau. Nous sommes en 1995. Et Clifford Stoll met en garde contre les dérives du web, l’avènement du troll et la cacophonie ambiante. Stoll parle de Usenet, l’ancêtre de Twitter et Reddit. Stoll a largement été moqué pour cette chronique totalement décalée pour l’époque. Et pourtant. 1995, 2017. Le web n’est toujours pas le Nirvana, il s’en éloigne même chaque jour.

Est-ce qu’un autre web est possible ? Oui. Les outils pour rendre le web plus ouvert, on les connaît. J’en ai parlé dans ma chronique sur ce qu’on appelle communément et par abus de langage le “Darknet”. C’est la cryptographie pour protéger ses échanges, c’est la blockchain pour décentraliser, c’est le peer-to-peer pour remettre le partage au coeur d’internet, c’est l’anonymat…

Et il existe déjà des réseaux dits alternatifs qui reposent sur d’autres protocoles d’échange. Ils restent confidentiels mais peuvent indiquer des directions salutaire.

Une résurrection possible ?

Tim Berners-Lee a lui-même piloté au MIT le projet Solid, qui sépare les applications et les données, pour que les internautes reprennent le contrôle sur leurs propres données. L’utilisateur en est propriétaire et les applications n’y ont accès que de façon ponctuelle et sélective.

Autre exemple, Zeronet s’appuie sur BitTorrent et Bitcoin pour que les documents ne soient plus hébergés sur des serveurs et que les pages soient créées par attribution de clés cryptographiques.

Une démarche similaire au projet Blockstack, qui veut construire un internet décentralisé, basé sur le blockchain, sans serveur.

Alors que Safe Network s’appuie sur le principe du peer-to-peer pour proposer un internet “crowdsourcé”. Et il y en a d’autres : Ceptr, IPFS, Urbit...

Toutes ces alternatives vont dans le même sens : l’enjeu c’est le contrôle des données et la façon dont elles sont transmises. L’enjeu c’est de décentraliser pour reprendre le pouvoir.

Peut-être que dans quelques années, on regardera amusés, et en même temps choqués, les années web comme un autre temps, comme une époque révolu où l’on ne prenait pas soin de nos données. Un temps que les jeunes de vingt ans découvriront dans les livres d’histoire et ils auront du mal à comprendre pourquoi on a laissé faire ça.

La fin du web, c’est peut-être une bonne nouvelle et le début d’une nouvelle ère. L’occasion de penser un réseau vraiment libre et décentralisé. Le web est mort, vive le web!

Visuel : © Pixabay / Pexels

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