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Ni de gauche, ni de droite - la puberté pour tous.

La revue de presse de Marie Misset

La revue de presse de Marie Misset
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Présenté par Marie Misset
Tous les matins vers 8h17
Tous les matins, alors que certains s’enroulent dans leur couette et retournent leur oreiller pour avoir le côté froid, Marie Misset décortique la presse. Elle mélange les quotidiens les plus connus et les revues les plus obscures (et inversement) pour nous raconter l’histoire de l’époque. La revue de presse de Marie Misset, c’est tous les matins dans Plus près de toi, sur Nova vers 8h17.

Ni de gauche, ni de droite - la puberté pour tous.

La revue de presse de ce matin est consacrée à ceux qui se perdent, qui se mêlent et qui s'emmêlent, se cherchent et qui parfois - se trouvent.

Tout commence avec une gauche qui se cherche dans le Parisien, qui pour caractériser les différences entre les candidats à la primaire est allé visiter leur bureau. Car un bureau, "ça dit beaucoup", Celui de Montebourg est en "vrac", celui de Benoît Hamon est "passionnant," l'homme est prêt à "en découdre", en témoigne le portrait de Mohamed Ali derrière lui, tandis que celui de Manuel Valls ressemble à "une machine de guerre" et celui de Vincent Peillon est en transition, puisqu'il vient de s'y installer.

Soit les autres candidats à la primaire de gauche n'ont pas de bureau, soit le Parisien les prend moyennement au sérieux. 

 

 

Libération est un peu plus clair - explicite en tout cas - sur les débats internes qui animent la gauche, Espagnole cette fois mais on pourrait extrapoler à l'Europe, dans un article consacré aux difficultées rencontrées chez Podemos.

Une véritable guerre des chefs y a lieu, entre Pablo Iglesias, partisan d'une gauche radicale, en rupture, d'une stratégie agressive pour "faire tomber le système" et Iñigo Errejón "plus modéré, favorable à une tactique d’alliances avec d’autres formations «pour parvenir au pouvoir»."  Soit le débat eternel de la gauche, que Jean Jaurès - dont le buste est sur le bureau de Benoît Hamon soit dit en passant - avait tranché.

Quant à la base militante de Podémos, bien qu'un peu exaspérée que les chefs se mangent entre eux, elle est plutôt favorable à l'existence de ce débat, à ces tatônnements, à cette recherche. Libération cite José Luis Ariza, 53 ans, professeur de littérature et membre de Podemos : «Ces divisions fratricides sont présentées à l’extérieur, par les gens de la caste, comme catastrophiques ; or, même fratricides, je les trouve naturelles, moi, ces divisions. C’est un invariant au sein d’un mouvement de gauche authentique : la dialectique entre "la révolution permanente" et "le penchant vers l’institutionnalisation". L’objectif est le même, seuls les chemins divergent.»

 

Les vertus du dialogue, du combat intellectuel, Barack Obama aussi les défendait hier lors de son dernier discours de président, que vous retrouverez en partie sur le Monde, invitant les gens à sortir de leur bulle, à discuter, et leur disant, si vous en avez marre de vous engueuler sur Internet, "allez parler aux gens dans la vraie vie. "

D'autres qui ne dédaignent apparemment pas la joute intellectuelle, ce sont les nouveaux réacs décrits pas Le Monde dans son dossier sur les jeunes gens "anti-moderne" qui veulent ouvrir les discussions, des ponts, et brouillent ainsi les repères habituels pour parler de la gauche et de la droite.

D'ailleurs ils se disent ni de gauche, ni de droite, même si dans faits ils sont surtout repris par les médias d'extrême droite. Ils viennent d'horizons différents : aussi bien de la droite dure et conservatrice que des communistes.

Il y en a qui écrivaient pour l'huma, d'autres qui restaient debout des heures lors des étranges veillées organisées pendant la manif pour tous (mais surtout contre le mariage gay,) On y trouve également Eugénie Bastier, la nouvelle et jeune coqueluche télévisée de la droite. Ces jeunes catho-anarcho-conservato-écolo créent des revues : Le comptoir, la revue Philitt ou Limites. La revue Limites - par exemple- se targuent d'être pro frontière, pour les cadres et les repères (même s'ils semblent prendre un malin plaisir à les bousculer) mais aussi d'être des écolo radicaux.

S'ils sont contre l'amour en capote, ce n'est pas tant pour respecter les injonctions papales, que parce qu'ils ne veulent pas donner de tunes à l'industrie du sexe ludique. Conservateurs, anti-capitalistes et écolos. Ce sont donc eux les jeunes gens modernes anti-modernes, nés pour la plupart après 1989 et qui mine de rien,  ont réussi à créer une contre-culture avec ses codes et ses références, faite d'amour de Jean-Claude Michéa, anarchiste conservateur venu des communistes et de la haine de ceux qu'ils aiment appeler "les bourgeois" et "la pensée unique".

 

 

Bref ils font dialoguer des idées qu'on ne voit pas souvent s'entrechoquer, et y trouvent une forme de cohérence, reste à savoir qui ils vont avoir en face, en adversaire.  Ils se réjouissent en tout cas que la culture antifa ait quasiment disparu.

Tout ça me fait penser - et vous allez dire que c'est capillo-tracté - à la chronique et l'interview dans Libération autour du film the fits de Anna Rose Holmer. Le pitch : "Toni, pré-ado noire du West End de Cincinatti, garçon manqué s’occupe après l’école en accompagnant son frère à la boxe jusqu’au jour où elle est tentée de rejoindre The Lionesses, équipe championne de drill qui révise ses chorégraphies dans le gymnase à l’étage du dessus."

Le drill est une danse de Chicago, athlétique, où les danseurs s'affrontent, dialoguent avec leurs corps, l'un contre l'autre. Dans le film, les filles partent parfois en transe, frénétiques, une transe contagieuse, une danse contagieuse (les contagions de danse, véritables épidémies, ça existe vraiment et depuis longtemps, regardez donc ici).

La réalisatrice compare ces mouvements, cette frénésie, à l'adolescence, où l'on se copie, se copy-cat, se ressemblent, avant finalement de commencer à esquisser quelques gestes pour se différencier.

 

 

Le lien est presque trop facile avec Podémos - et sans doute avec cette nouvelle jeunesse conservatriceanticapitalistecathoetécolo également - puisque dans l'article consacré, Elena Rodriguez, porte-parole d’un «cercle» (la cellule de base de Podemos) du quartier madrilène de Latina analyse : «Nous vivons sûrement notre crise de puberté.»

La revue de presse du 11 janvier
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