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Lettres à Paris, hommage du 13 novembre

Lettre à Élodie

Lettre à Élodie
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Présenté par Élodie Font
Lundi-vendredi entre 13h et 18H
"Plusieurs fois par semaine, Elodie Font lit des lettres. Des lettres de colère, de tendresse, des lettres d'amour, d'angoisse aussi. Leur seul point commun : toutes ces lettres ont moins de 30 ans. Pour contacter Elodie > elodie@radionova.com."

Lettres à Paris, hommage du 13 novembre

Comment rendre hommage aux victimes des attentats du 13 novembre dernier ?

Pas de pathos mais de la poésie, de l'amour, de la tendresse. Élodie Font et Camille Diao ont exhumé les lettres à Paris envoyées par centaines par les auditeurs de Nova.

C'était un samedi, le 14 novembre, lendemain des attentats. Les rues du 11e arrondissement de Paris désertes, pas un bruit. Un besoin d'en parler. Mais comment ?

Un tweet, pour appeler chacun de vous, les auditeurs de Nova, à nous écrire. Vous nous aviez envoyé vos mots doux, vos mots tendres, vos mots tristes. Vos lettres à Paris. Nous avions tout lu, nous étions si émues. Un an plus tard, nous relisons, pendant une heure, certains des textes qui nous ont le plus touchées. 

Faufilez-vous sous la couette et laissez-vous envelopper. Et, bien sûr, encore mille mercis à vous, auditeurs.

Au micro, Camille et Elodie, mais aussi Frédérique Labussière, Hugo Malpeyre, Emilie Duchange et Rachid Fadlaoui. Une lecture accompagnée par la voix et la guitare de France de Griessen et par Scott Taylor et son accordéon.

Les lettres par ordre d’apparition:

#1 Mathias, 24 ans - “Tu chantes, tu bois, tu jouis.”

#2 La vie en rose

#3 Je suis vous

#4 Émilie, 29 ans

#5 salut

#6 Prokrast, 38 ans - “Pas Dame”

#7 Rachida - “Paris est ma liberté”

#8 La nécessité de vivre pleinement

#9 Fatigué

#10 Faire des folies avec tes bergères

#11 Langage

Lettres à Paris
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1 commentaires

EN LETTRE 11
Celle de Frédérique >

J'ai PARIS

J'ai Pa RIS
J'ai pas pleuré non plus. J'ai pas compris.
J'ai pas pu reprendre mon souffle.
La sidération m'a clouée, littéralement, le bec et le corps.

Le cerveau aussi. Les impulsions électriques qui l'animent et créent ma pensée ont du disjoncter. L'esprit sait mettre en place de fulgurants boucliers pour couper la route à la folie qui précède l'anéantissement.
Je me suis désactivée.
La seule zone de ma conscience qui reste irriguée, c'est celle qui n'a aucune connexion avec mon cœur, un territoire comme une forteresse vide.
Une zone de confort éphémère et illusoire où ne vivent que des écrans de pixels surexposés, hypnotiques.
Les images percutent mes rétines sans se fixer.
Des gyrophares, la nuit, des visages blêmes, des regards éperdus, éperdus comme jamais.
J'ai Paris. J'ai pas compris. J'ai pas le son.
Mes oreilles refusent de coopérer avec mes yeux qui piquent.
Fermez les écoutilles, tous aux abris, sauve qui peut.
Dans une brèche auditive j'entends Petit Cambodge, Belle équipe...je suis tombée par terre c'est la faute à Voltaire...Carillon, maudit sois tu carillonneur. Je suis sonnée. J'ai Paris. J'ai pas compris.
Bataclan, le mot a claqué. Bataclan, Patatras.
Uppercut dans ma chair, Bataclan, le mot comme un sésame a ouvert ma forteresse vide et l'a remplie, un tsunami.
Rempli de l'air que j'avais oublié d'inspirer, rempli des larmes que j'avais empêchées, rempli d'électricité pour ranimer mon cortex.
Uppercut. Soigne ta droite, soigne ta gauche, soigne tes enfants, soigne tes survivants.
Pleure, tremble, transpire, hurle, toi tu es vivante, alors éteins la télé, prends ton homme dans tes bras, demain on sait pas, demain on verra.
Putain de nuit de novembre dans les draps d'une insomnie comateuse pâteuse qui se traine jusqu'à une aube au gôut de paradis perdu...Paris Paradis, un jour je te raconterai comment c'était avant le Bataclan...pas tout de suite, avec le temps, va, tu verras.
Le temps, les saisons qui continuent leur petit bonhomme de chemin, l'air de rien … quel culot !
Alors j'ai planté des arbres, puisque c'est comme ça.
J'ai creusé la terre, des trous de vie, avec l'homme de ma vie.
Je me suis mis de l'humus jusqu'aux coudes, j'ai respiré les feuilles mortes jusqu'à l'ivresse. Tu retourneras à la terre, oui mais pas sans avoir érigé, enraciné mon espoir.
Deux amandiers, oui deux, parce qu'un amandier solitaire restera stérile, il a besoin de l'autre pour donner du sens à ses fruits.
Des ginkos, l'arbre séculaire, increvable, le seul qui ait survécu à Hiroshima.

Hiroshima mon amour, Paris mon amour, ma belle équipe, mon carillon, mon petit Cambodge, mon amour, mon Bataclan.

J'ai Paris mais je suis Paris.

EN LETTRE 11
Celle de Frédérique >

J'ai PARIS

J'ai Pa RIS
J'ai pas pleuré non plus. J'ai pas compris.
J'ai pas pu reprendre mon souffle.
La sidération m'a clouée, littéralement, le bec et le corps.

... Lire la suite