The Proposition, de John Hillcoat
Hollywood se trompe : l’ouest américain n’a plus rien à raconter, c’est dans le désert australien qu’il faut aller chercher de nouvelles racines au western. « Je vais civliser ce pays ». Le pays en question c’est l’Australie de la fin du 19e siècle. L’homme qui se fait cette promesse est le capitaine Stanley, un officier Anglais envoyé par sa gracieuse majesté faire régner l’ordre dans l’Outback. The proposition en fait une autre, celle de ressusciter le western, ce genre où il n’a finalement toujours été question de frontières à conquérir, qu’elles soient géographiques ou morales. Stanley aimerait que le reste du monde ressemble à la maison qu’il partage avec sa femme, cette belle bicoque avec jardin de roses, reproduction miniature de son chez soi natal qui fait tache au milieu du désert australien. D’autant plus quand ce capitaine est déjà contaminé par les manières rugueuses locales. Par exemple en décidant que le meilleur moyen d’imposer la loi dans son bled est de demander au frère cadet Burns, hors-la-loi notoire, d’aller tuer son ainé, réel psychopathe, pour sauver son benjamin emprisonné de la pendaison. The proposition est un western comme l’étaient Impitoyable ou Dead man, des films qui se décalent des canons du genre, élargissent le champ pour rejoindre des figures plus classiques. Pourquoi pas celle d’Abel et Caïn ? Ou celle d’autres frères que la cinéphilie officielle à rendus ennemis alors qu’ils sont si proches : Sam Peckinpah et Sergio Leone. John Hillcoat unit la violence opératique de l’un et la gestion du temps de l’autre. Mais aussi leur sens commun de la mélancolie. A laquelle s’additionne celle de Nick Cave, auteur du scénario. The proposition peut donc aligner une cataclysmique scène de fusillade comme des instants de contemplation méditative. Dans les deux cas avec un incroyable panache, celui qui fait le souffle des légendes ancestrales voire primitives. Celles qui ne sont pas expurgées de leur part sombre. The proposition est une ballade (pas au sens de la promenade, mais plutôt de celle de Villon, dite des Pendus) funèbre où derrière des scène de carnage se dissimule le massacre plus douloureux d’âmes humaines. Il y a vingt ans, John Hillcoat traumatisait un petit cercle de cinéphiles avec Ghosts of the civil dead – visite dans une prison souterraine, préfigurant un sommet comme Oz. The proposition a mis quatre ans à arriver sur nos côtes. Le nom d’Hillcoat risque d’enfin trouver la place qu’il mérite dans la presse cinéma avec son adaptation de La route, le roman de Cormac McCarthy, prévue sur les écrans d’ici la fin de l’année. Il serait de bon ton de déjà rattacher les wagons en ne loupant pas The proposition, fascinant Il était une fois dans l’Outback. The Proposition, de John Hillcoat Sorti le 16/12/09
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