Juliet, Naked
gusontherocks
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mardi 10 mai 2011
Vive le rock’n’roll et ses vieilles mythologies tant qu’on y glisse un soupçon d’ironie. C’est tout le talent Nick Hornby dans ce roman doux amer qui aurait pu s’appeler Vingt ans après bien que son trio de héros n’ait rien des trois mousquetaires.
Juliet, Naked, c’est la démo de Juliet, une obscure maquette du chef d’œuvre de Tucker Crowe, ce vieux rocker américain qui aurait eu sa gloire dans les années 80. Lorsque Duncan, son plus grand admirateur, découvre cet objet rare, il a vite fait de crier au chef d’œuvre sur le fan-club qu’il a lui même crée. Depuis sa petite ville balnéaire au nord de l’Angleterre, cet émérite « crowologue » consacre à son idole à peu près toute sa vie, au désespoir de sa compagne Annie. Récapitulons : un rockeur sur le retour, un ado attardé et une épouse délaissée. Trois personnages qui vont se croiser, d’abord virtuellement puis en personne, pour se rendre compte qu’ils ont laissé filé une bonne partie de leur vie.
De misères conjugales en crises de la masculinité, Nick Hornby rejoue volontiers ses thèmes fétiches dans la droite lignée de Haute fidélité. Si cela semble un rien passé, c’est que Juliet, Naked explore justement la vanité des vieilles mythologies, qu’elles soient personnelles ou collectives. Ce qu’il nous dit à demi-mot, non sans une pointe d’autodérision, c’est d’abord l’impossibilité d’écrire ce Grand Roman Rock qui saurait capturer l’essence et l’effervescence d’une époque passée. Loin de l’hommage larmoyant ou de la pose du « c’était mieux avant », il révèle en passant tout ce qui manquait notamment à l’Autobiographie de Keith Richards. La prise de conscience, en somme, que le rock’n’roll ne sait pas vieillir.
Augustin Trapenard
Juliet, Naked de Nick Hornby
Traduit de l’anglais par Christine Barbaste
Éditions 10/18, 315 p.
Lire un extrait de "Juliet, Naked" de Nick Hornby
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