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Musique des Indiens d’Amérique : aux origines du chant et de la danse

La danse, avant l'arrivée de nos civilisations.

Musique des Indiens d’Amérique : aux origines du chant et de la danse

Ce qui frappe chaque fois que l’on a des informations sur les peuples dits « primitifs », c’est leur appréhension des domaines que nous rangeons en vrac dans le « culturel » : peinture, sculpture, musique, chant, danse. Leurs approches, leurs buts, n’ont généralement rien de commun avec les nôtres. 

Les explorateurs et ethnographes n’ont souvent pas saisi le sens de ces démarches, qui visent un « ailleurs », étranger à nos modes de pensée. Un autre monde, parallèle au nôtre, inconciliable car n’ayant presque aucun point de contact, ni physique, ni mental. 

En Jamaïque, quelques érudits (ou au contraire des « anciens » isolés) m’avaient expliqué que la danse avait un but quasi médical, par le massage des organes (au niveau du ventre), comme un traitement, une pratique de guérison. 

En Chine, le tai-chi-chuan est une gestuelle dansée qui est là pour mieux répartir les fluides dans le corps (notamment vers les extrémités) comme une gymnastique de santé, ce qui n’empêche pas la spiritualité, ou le contact avec les arts martiaux.

Les Éditions Allia ressortent un petit livre de 1926 de Frances Densmore : Les Indiens d’Amérique et leur musique. Une réunion d’informations en partie issues des prédécesseurs et des archives du  bureau d’ethnologie américaine du Smithsonian Institute. Un chapitre est consacré à tous ces chercheurs ethnographes. 

D’autres chapitres nous défrichent les tribus, les mœurs, l’histoire de ces peuples, leurs grands leaders, afin d’en arriver au coeur du sujet : pourquoi et comment ils utilisaient chants, danses, instruments de musique ? (principalement flutes, tambours, crécelles, sifflets et voix, ces dernières étant aussi techniquement « autres »…)

Ce qui frappe, c’est que malgré des recherches poussées, des séjours répétés au sein des tribus, des enregistrements et des notations en grand nombre, le mystère reste entier : par exemple les chants ou mélopées n’ont quasiment pas de paroles ! Des gammes différentes de notes, des façons de chanter sans reprendre son souffle, et bien souvent un refus de révéler quoi que ce soit…

Les  « intentions » de ces chants sont souvent chamaniques, magiques, secrètes, et le sont restées. On chante pour la guerre, mais aussi la chasse, la pluie, les récoltes et surtout pour la guérison : le sorcier chamane est un « homme médecine ».

Il y a aussi chez les Indiens d’Amérique (340 tribus) des quantités de chants pour chaque tribu. La cession de ces chants d’un clan à un autre peut être rémunérée, mais on n’en cite toujours l’origine ! Et il y a autant de « danses » codées.

Au raffinement de ces psalmodies, des gestes, des rituels, s’ajoute la personnalisation pour chaque individu de l’interprétation, puisque dans bien des cas, il s’agit aussi d’invoquer, d’appeler, ou de faire naitre un « esprit » animal ou végétal ou minéral, ou encore météorologique, parfois nommé « Orenda ».

Il n’y a pas seulement un animal totem par individu, mais bien d’autres alliés ou ennemis, pouvant venir de n’importe quelle manifestation de notre environnement (éclair, vent de sable, même un buisson pouvait « parler » !) Il existait une « loge de médecine » qui reste méconnue. Les Indiens pratiquaient une sorte de bonneteau (mais les devinettes servaient à s’entrainer, à « voir » à travers).

Ce petit livre, malgré les traditions perdues et les interrogations, révèle quand même tout ce qui a été occulté sur ces natifs américains : leurs marchés, leurs grandes maisons (en dur) et tumulus, leurs règles sociales, et leurs fantastiques mémoires des chants et des vocalises, malgré leur nombre et leurs délicates nuances. Il en ressort qu’il s’agissait d’un peuple extrêmement « tellurique », inspiré, habité, construit par la nature et devenu médium à force d’expérience et de ressenti. 

L’arrivée de notre civilisation n’a été qu’un désastre pour eux dans toute l’Amérique, justement à cause des quiproquos et des incompréhensions permanentes.

Les Indiens d’Amérique et leur musique, Frances Densmore, 2017 (1926), Éditions Allia, 175 pages, 12 euros,  illustré par 30 photos (noir & blanc)

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