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Astropolis vu de l'intérieur

Astropolis est un transport en commun. La surface de la Terre est un dancefloor géant. Les ballons de baudruche sont des bulles de sourire.

Astropolis vu de l'intérieur

Cette année encore, la programmation d'Astropolis promet une très belle fête à ceux qui savent vraiment la faire : les Brestois & par extension les Bretons et tous ceux qui les aiment. La Black Madonna sera présente, ainsi que Motor City Drum Ensemble, l'inoxydable et super fidèle Jeff Mills, le tout aussi fidèle Manu le Malin, la folie créatrice de Jacques, Barnt, Frost, Elisa Do Brasil etc.

Astropolis, en 1995, c'était une rave clandestine, depuis l'essai a été largement transformé et à Nova, on se bat pour savoir qui ira chaque année couvrir Astropolis. Comme la liste précédente l'indique, on est pas les seuls à être fidèle, Jeff Mills Elisa do Brasil ou encore Laurent Garnier et Richie Hawtin ont un abonnement et Manu le Malin participe carrément à la prog du festival.

Bien sur, le principe d'Astropolis, c'est d'ouvrir chaque année nos horizons, d'aller chercher des artistes pas vus ailleurs, de faire le pari à chaque fois renouvelé de la découverte et de la diversité. Mais si ces artistes reviennent, c'est bien qu'Astropolis est un festival particulier. Pourquoi cette envie de faire Boomerang ? Gildas Rioualen, cofondateur, codirecteur du festival et Manu le Malin, artiste devenu aussi programmateur de la scène Hardcore nous donne des indices.

Gildas Rioualen, papa d'Astropolis, co-fondateur du festival 

Comment c'était la 1ere édition d'Astropolis ?

C'était un peu comme aujourd'hui mais en plus petit, avec cette même volonté de créer de l'excitation et de la folie et puis forcément moins professionnel. Voir borderline. À l'époque en Bretagne, il devait y avoir 1500 ravers qui tournaient entre Brest, Rennes et Nantes. Pour la première, on voulait faire un truc un peu gros sous trois chapiteaux, tout en restant une fête entre amis...  C'était super excitant. On a monté une association spécialement pour la soirée : Air Phoenix … On a joué au chat et à la souris toute la nuit avec la police, on leur avait donné rendez-vous à un endroit, on savait qu'ils seraient là, en fait la fête avait lieu à 20 km de là, près de Lesneven…

À minuit, on a allumé 40 kw de son avec Liza'n'Eliaz, Laurent Hô, Acid Kirk, Manu le Malin ou Tim Taylor aux platines. Une demi-heure après le conseil municipal débarquait pour tout arrêter. Mais le champ était loué. Le propriétaire était le fils de maire. Celui-ci a prétendu qu'on lui avait dit que c'était juste une fête-anniversaire entre potes... pour une cinquantaine personnes, alors qu'on était 1200 sous les chapiteaux. Au final, personne ne pouvait arrêter la fête. On y repensant c'était de la pure inconscience… Du fun, mais risqué... On a fini au tribunal avec 3000 frs d'amende. Pas trop méchant. Mais le message était clair… Pas deux fois.

 

Gildas - Astropolis

Et c'est là qu'on s'est posé toutes ces questions : est-ce qu'on reste clandestin, dans l'underground, ou est-ce qu'on va défoncer les portes des prefectures, des mairies, pour leur dire que la musique électro, nous on y croit, et que c'est pas simplement un phénomène de mode ? Et si on fait ça, si on collabore, on doit leur dire qu'il faut qu'ils accompagnent au lieu de réprimer, qu'ils laissent les soirées durer jusqu'à 8h du matin.

Ça a été un long match, c'est comme ça qu'on s'est rapproché des artistes comme Manu le Malin, Jeff Mills, RIchie Hawtin, Laurent Garnier, parce qu'on était tous sur la même longueur d'onde et qu'on partageait les mêmes combats. 

La presse était pas tendre à l'époque ...

Ah c'est sûr qu'on était plus souvent dans les faits divers que dans les pages culture. La plupart des générations au-dessus de nous, qui avaient les pouvoirs décisionnels, ne nous comprenaient pas du tout. Pour eux on restait des branleurs et des drogués. Être crédibles auprès de ces gens-là, c'était vraiment dur.

Parmi les nombreuses claques musicales prises à l'époque, laquelle retiens-tu ?

Tout me marquait à l'époque, on trouvait tout extraordinaire, mais déjà il y avait l'excitation d'avoir réussi ce beau coup de poker, alors qu'il y avait beaucoup d'interdits et rien n'était acquis, et c'est encore le cas. Un festival comme Astropolis, il reste toujours le flip financier, on est jamais à l'abri de la pluie à Brest, comme l'année dernière à la soirée de clôture mais auparavant, le fait que tout ne soit pas dans la légalité, parce que ça servait à rien de demander, il reste vraiment cette excitation d'avoir réussi un truc clandestin tout en faisant plaisir aux gens.

Dans la programmation de cette année, qu'est-ce qui te rend particulièrement curieux ? 

Il y a beaucoup beaucoup de choses. La programmation de la cour dans le manoir de Keroual dimanche est très intéressante, que ce soit avec Objekt, mais aussi aux88, un vieux live de Détroit ...

Aux88 Live il y a déjà 10 ans ...

Il y a aussi Ben Frost au début sur la scène Mekanik que j'ai hâte de voir ... il y a également Jeff Mills, forcément qui fait partie de nos racines, mais à chaque fois c'est une claque, M. G en live aussi, il y a The Mover, le pionnier du hardcore, the Black Madonna, the Black Madonna. C'est vrai que nous on essaie de diversifier au maximum les styles musicaux à Astropolis, parce que ça m'emmerde quand je me retrouve sur un événement où il y a les mêmes choses sur chaque scène, où tout le monde se ressemble et parle de la même chose. C'est chiant. Moi je veux mélanger les genres, les styles et les générations. 

Quand Underground Resistance avec The Wizard A.k.a Jeff Mills mettaient le pied pour la première fois sur le sol breton : Aux Transmusicales de Rennes en 1992. Jeff Mills un fidèle parmi les fidèles d'Astopolis qui raconte leur 1ere rencontre ici

 

Il y a des artistes que tu as découvert en créant la programmation de cette année ? 

Dr Rubinstein, c'est une Djette que j'ai découverte il y a moins de six mois, j'ai beaucoup aimé ses playlists. Elle est généreuse aux platines, elle aime beaucoup mélanger les styles, j'ai hâte de la voir - si j'y arrive parce qu'elle joue de 5h à 7h vendredi et qu'il faut dormir quand même parfois. Surtout que le samedi est bien chargé.

Dr Rubinstein en Boiler Room 

Est-ce que tu as une image très forte en tête qui te reste ?

Oui en 2002, il y avait eu une soirée étudiante à Brest où il y avait eu un accident, du coup on a eu un arrêté pour interdire le festival trois semaines avant le festival. On a dû aller au tribunal administratif de Rennes contre le maire et contre la décision, on a gagné et on a dû tout refaire en 15 jours. Tout le monde nous a aidé : médias, salles de concerts, autres événements. C'était rude, très stressant, j'ai même eu des plaques sur le corps, des boutons partout, c'était vraiment dur et la dernière heure, c'était Laurent Garnier aux platines sur l'Astrofloor et tous mes nerfs retombaient. Il y avait une telle énergie sous le chapiteau, de gens heureux et fiers d'avoir fait partie de cette édition. On était les porte-paroles d'une culture électro, c'était important qu'on existe, qu'on gagne cette bataille. Cette énergie du public, celle que tu donnes, et celle que tu reçois, c'est celle qui permet de rebondir sur l'année prochaine. Et là j'en ai vraiment pris plein la tronche, c'était parfait. 

MANU LE MALIN, lui-même, programmateur de la scène Hardcore

À combien d'éditions du festival avez-vous participé ?

Toutes. Et à partir de 1997, ils m'ont confié officieusement le floor Hardcore, qu'on a rebaptisé ensuite le floor Mekanik d'après les sculptures de Benalo. On en voit une dans le film sous le donjon de Manu le Malin, c'est une grande dame en métal dans le jardin du château de Keriolet, où j'ai organisé ma première scène hardcore pour Astropolis. 

À l'époque, on ne disait pas que j'étais en charge de la programmation, c'était pas bien vu en France, qu'un Dj s'occupe aussi de la prog, alors que dans les pays Anglo-saxons, ça se faisait beaucoup. Parfois je disais : peut-être que je ne suis pas obligé de jouer et on me répondait : "mais t'es malade, pas moyen que tu ne joues pas". Du coup je joue chaque année, en essayant de coincer personne.

Saurez-vous retrouver la sculpture de Benalo dans Le Donjon de Manu le Malin ?

(produit par Sourdoreille productions)

 

Quelles rencontres avez-vous pu faire grâce à Astropolis  ?

Je connais beaucoup beaucoup de gens que j'ai booké sur la scène Mekanik. Mais cette année, je suis vraiment, vraiment fier The Mover en Live. Le mec c'est une légende, c'est un dieu, c'est une légende. Avant lui, avant son label PCP (Planet Core Production), le hardcore ça n'existait pas. C'est lui qui m'a fait rentrer là-dedans. Je vous jure que je n'exagère pas, pleins de gens pensent comme moi.

The Dj Producer, qui l'a vu en live il n'y a pas longtemps, dit que l'atmosphère était quasi religieuse, les gens n'avaient pas les larmes aux yeux mais presque.

Je n'ai jamais été aussi groupie que quand je l'ai rencontré, une vraie midinette. 

Un album des classiques de The Mover à trouver sur Bandcamp

 

Qu'est-ce que tu es curieux d'écouter dans la prog de cette année ?

La programmation générale, je la connais encore mal mais sur la scène Mekanik. Il y a le duo Hollandais MINDUSTRIES en live, c'est de l'indus musicale, sensible et sensuelle, pas sombre du tout, c'est bien mes goûts.

Et puis je mets un point d'honneur à inviter des Français, là c'est Casual Gabberz, j'aime beaucoup leur esprit, la manière dont ils s'expriment, j'ai trouvé leur film "Inutile de fuir" mortel, ça m'a donné envie de les inviter.

CASUAL GABBERZ - "INUTILE DE FUIR" from k.elamrani.l on Vimeo.

Toutes les infos sur Astropolis et bien plus encore, la programmation jour, la programmation nuit, le manoir, le Vauban ... c'est ici !

Visuel : (c) DR

 

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