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Un état des lieux (catastrophique) six mois après l'évacuation de la "jungle" de Calais

Un rapport signale les violences policières et civiles subies par les enfants.

Un rapport signale les violences subies par les enfants migrants à Calais

Six mois après la démolition de la « jungle » de Calais, en octobre 2016, un rapport vient dénoncer les violences que vivent au quotidien les migrants, enfants comme adultes qui vivent dans cette zone. 

Le Refugee Rights Data Project est une étude menée par trois organismes d’aide aux réfugiés. Son but, récolter des données chiffrées pour informer les gouvernements et les organisations sur la situation dans la zone de Calais. 

Les données qui ont servi à cette étude ont été collectées entre le 5 et le 9 avril 2017, six mois après l’évacuation d’environ 7000 personnes qui vivaient dans le bidonville. L’étude se concentre spécifiquement sur les violences policières, mais aussi celle des citoyens français, et la condition des jeunes adultes et des enfants, souvent isolés. 

"Un soir, un homme adulte a emmené un jeune garçon en voiture"

« Suite à la démolition, qui s’est faite dans un chaos généralisé, 1 500 enfants non-accompagnés ont soit été transférés dans des centres d’hébergement Français, soit se sont cachés aux alentours, soit on tout simplement disparu », indique le rapport, qui tire la sonnette d’alarme sur le risque de violences sexuelles qui menacent les enfants. L’équipe qui a récolté ces données auprès de plus de 200 personnes raconte dans le rapport qu’elle a notamment assisté à une scène inquiétante. 

« Un soir, en la présence de l’équipe, un homme adulte a emmené un jeune garçon en voiture. Aucun des groupes actifs sur la zone ne connaissait cet homme ni ne voyait pour quelle raison il aurait pu l’emmener. Cet incident a été rapporté à la police, suite à des suspicions d’abus sexuel », explique le rapport.

Les violences policières sont dénoncées, mais 56% des enfants interrogés disent aussi avoir été victimes de violences de la part de citoyens. 62% d’entre eux parlent de violence verbale, 51% de violences physiques. 

 

À gauche : « Avez-vous déjà subi des violences citoyennes ? ». À droite : « Quel type de violences ? Verbale ou Physique ». En bas à droite : « Ils m’ont frappé, et finalement, ils ont pris mon téléphone. Garçon, 14 ans, Érythrée ».

Un érythréen de 21 ans explique également que les insultes racistes sont monnaie courante, mais qu’une fois, « ils m’ont jeté quelque chose d’explosif. Une autre fois, ils m’ont jeté des ordures au visage. C’était horrible, à tel point que je me suis demandé si j’étais vraiment en Europe. Je n’ai jamais connu ce genre de traitement, même lorsque j’étais en Libye. »

Un autre raconte qu’on leur jette souvent des bouteilles en verre depuis les voitures, et qu’une fois « les racistes étaient à vélo et ont frappé quelqu’un à la tête avec une bouteille. Ils couvrent leurs visages. »

"La police m'a battu au milieu de la nuit alors que j'étais tout seul"

Les violences policières sont aussi largement dénoncées, sur les enfants comme sur les adultes. Parmi les mineurs interrogés, 96% disent avoir subi des violences policières. 79% en raison de gaz lacrymogènes, 56% parlent d’autres formes de violence, 21% parlent d’insultes de la part des forces de l’ordre. 

 

Ce témoignage est celui d’un garçon de 17 ans. Un autre raconte que la police l’a un jour réveillé en pleine nuit en l’aspergeant de gaz lacrymogènes alors qu’il dormait sous un pont. Il raconte aussi une autre nuit durant laquelle deux officiers l’ont frappé sans raison. 

Le rapport insiste sur le fait que si une majorité des violences policières - de toutes façons inexcusables - ont lieu alors que les enfants tentent de passer au Royaume-Uni, « une proportion alarmante de ces violences a aussi lieu sans aucune provocation préalable ».

91% de ces enfants racontent avoir été réveillés par la police qui leur demandait de partir. Dans la plupart des cas, la police ne leur indique pas d’autre endroit où ils pourraient dormir. Elle leur demande simplement de partir, en pleine nuit. 76% décrivent cet incident comme « violent ». 

« Combien de fois par jour recevez-vous des gaz lacrymogènes ? » (Question adressée à des mineurs) « Plusieurs fois par semaine : 41% », « Une fois par semaine : 20% », « Rarement : 19% », « Tous les jours : 20% ».

75% des enfants déclarent également avoir été détenus ou arrêtés. Un adolescent raconte avoir donné à la police un papier attestant de son âge, inférieur à 18 ans. « Les forces de l’ordre l’auraient déchiré avant de le placer en détention pendant plus de 12 heures sans le laisser aller aux toilettes. Il dit avoir été battu et finalement libéré avec un genou blessé. »

63% des enfants interrogés ont (ou ont eu) des problèmes de santé

À peine la moitié d’entre eux ont reçu une aide médicale. 50% déclarent que ces problèmes sont (ou étaient) dûs aux violences ou aux gaz lacrymogènes. 

« Comment décririez-vous votre problème de santé ? » (Question adressée à des mineurs) « Ça a commencé avec la violence ou les gaz lacrymogènes » : 50,9%, « Ça a commencé à cause de l’environnement malsain » : 30,2%, « C’est un problème de santé courant qui aurait pu m’arriver n’importe où » : 32,1% « Ce n’est pas un problème physique, je me sens très triste ou déprimé » 18,9%, Autre : 7,5%

Une grande partie de ces enfants sont en France depuis plus de six mois et pourraient avoir le droit de rejoindre leur famille sur le sol britannique. La plupart ne veulent pas rester en France, et considèrent le Royaume-Uni comme leur destination idéale, souvent pour y rejoindre des proches.

Ils n’ont pas d’autre alternative que de tenter le dangereux passage de la frontière. Et en attendant, de subir la violence et le manque d’assistance flagrant que leur réserve la France.

Visuel : (c) DR

 

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