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L’asile psychiatrique, enfin un bon moyen de se débarrasser des femmes

Et oui, c’est toujours actualité.

L’asile psychiatrique, enfin un bon moyen de se débarrasser des femmes

“Troubles féminins imaginaires”, “chute de cheval”, “débauche”, “lecture de romans”… La liste tourne depuis longtemps sur le web. Habituellement présentée comme une compilation des actes qui pouvaient envoyer une femme en asile psychiatrique au XIXème siècle, elle a attiré l’attention du site de fact-checking Snopes.com

Ce document est tiré du registre d’un hôpital psychiatrique Virginie. Il relève les causes d’internement de femmes entre 1864 et 1889. En 25 ans, la structure a donc accepté d’enfermer des femmes dites instables, voire carrément “folles“ à la suite d’actes aussi anodins que des “mauvaises fréquentations”, un “agitation politique”, ou même la lecture de romans. La subjectivité de la folie permettait d’enfermer à peu près n’importe quelle femme pour n’importe quelle raison. 

Au-delà de son potentiel comique (“lecture de romans“), la liste permet d’identifier les moeurs de l’époque, les injonctions faites aux femmes et les actions qui leurs étaient interdites par la morale, il y a à peine plus d’une centaine d’années.  

“Études acharnées” et “masturbation”

Dans le lot, des “études acharnées”, une “surchauffe” cérébrale ou une lecture trop approfondie de la religion pouvaient vous envoyer en asile. De nombreux autres chefs d’inculpation sont en rapport avec la connaissance et l’étude, et sous-entendent que le cerveau féminin est susceptible de “surchauffer”.

De la même manière qu’on aimait à dire que les femmes avaient leurs “vapeurs” lorsqu’elles s’évanouissaient à la moindre émotion parce que des corsets compressaient leur cage thoracique, on imagine que l’idée était surtout de leur faire comprendre qu’il valait mieux ne pas trop s’instruire. 

À la fin de l’ère victorienne (où, donc, le souverain d’Angleterre et de l’empire britannique était une souveraine), on tente de faire passer pour folie ce que l’éducation créait de volonté émancipatrice. Pourquoi ? Comme le notifie l’asile américain dans ses archives, “les époux utilisaient souvent la folie pour se débarrasser de leur femme et abonner leurs enfants”. Il faut dire qu’avant le droit au divorce il fallait bien trouver une manière de quitter sa femme. Pourquoi, donc, ne pas enfermer l’enfermer à vie pour “paresse” ?

La masturbation et la “masturbation réprimée” (il faudrait savoir) sont elles aussi deux causes d’internement. De nombreuses raisons à caractère sexuelles sont invoquées, voire de séduction. Au XIXème siècle, un cœur brisé ou un amour déçu sont aussi un excellent argument pour se débarrasser des femmes de son entourage. 

L’internement des femmes, une vieille histoire

On se rappelle évidemment de l’histoire de Christine Collins, relatée par Clint Eastwood dans L’Échange

Tiré d’une histoire vraie, le film raconte l’histoire, dans les années 1920, le parcours d’une mère dont l’enfant a été kidnappé, à qui la police ramène un jour un petit garçon. Christine Collins se rend immédiatement compte que l’enfant n’est pas le sien et tente de se faire entendre. La police de Los Angeles, en quête de popularité, finit par la faire interner pour ne pas ébruiter l’affaire. Collins passera plusieurs mois dans un hôpital psychiatrique californien.

Aujourd’hui, il arrive toujours que des femmes attestent de mêmes faits. Souvent réservés à la rubrique faits divers, ces témoignages passent inaperçus mais sont toujours d’actualité. Celui d’une femme battue par son mari, qui a réussi à faire interner avec “la complaisance d’un médecin de famille”, est paru l’année dernière dans l’Obs

En 2015, une banquière new-yorkaise témoignait dans le Huffington Post, avoir été internée pendant huit jours par la police, qui voulait lui faire avouer qu’elle n’était pas propriétaire d’une BMW. 

Arrêtée à un feu rouge par un policier qui lui demandait si la voiture lui appartenait, Kamilah Brock est arrêtée, internée, et  enfermée pendant huit jours. Après sa sortie, la jeune femme explique que selon elle, la police ne pouvait pas concevoir qu’une femme noire conduise une BMW. Aujourd’hui libre, elle traîne la NYPD en justice, comme Christine Collins avait attaqué et fait condamner les officiers de police californiens. Des officiers qui, quelques années plus tard, ont été réhabilités. 

Visuel : (c) DR

 

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