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Et si on était devenu aussi sexiste que Donald Trump ?

Pas de panique, Melania Trump donne des cours de féminisme.

Et si on était devenus aussi sexistes que Donald Trump ?

Ivanka Trump a la dalle en voyant Justin Trudeau”, “Les photos d’Ivanka Trump en pâmoison”. La semaine passée, les photos du meeting entre le Premier ministre canadien et la fille de Donald Trump faisaient le tour du web. Parmi les médias les plus respectables, le Guardian en tête, chacun y est allé de son petit commentaire pour décrire “le gros crush” d’Ivanka Trump sur le chef du gouvernement voisin. 

Parce qu’elle tournait la tête pour le regarder, et que les deux protagonistes ont été gâtés par la nature, cette discussion à propos des femmes en entreprise s’est muée en rencontre entre Ken et Barbie. Qui sait ce qu’il s’est dit autour de cette table ? Le plus important était de détailler le regard ténébreux d’Ivanka Trump observant Trudeau. Sans doute était-elle simplement en train de l’écouter. Mais parce qu’elle est une femme, on a préféré en déduire qu’elle lui faisait les yeux doux. Et parce qu’elle est Ivanka Trump, les commentaires sont rapidement devenus effroyablement sexistes.

Les rencontres diplomatiques de Justin Trudeau produisent souvent des mèmes de ce genre. La petite blague aurait pu n’en être qu’une. Certains en ont ri comme ils avaient ri de la Duchesse de Cambridge dans la même situation. Pourtant, personne ne se serait jamais permis d’écrire “Kate Middleton a une putain de dalle en regardant Justin Trudeau”. Lorsqu’il s’agit des femmes de la famille Trump, le respect manque de plus en plus souvent à l’appel. Le 13 février dernier, la mannequin Emily Ratajkowski dénonçait sur Twitter les propos d’un journaliste du New York Times ayant qualifié, au cours d’une soirée, Melania Trump de “pute”. 

Dès le lendemain, la jeune femme avait balancé sur Twitter les commentaires dudit journaliste (qui s’est plus tard dénoncé comme étant Jacob Bernstein), et clarifiant les doutes s’il y en avait. “Peu importe de quel bord vous êtes, il est crucial d’appeler cela par son nom : c’est du slut shaming. Je me fiche de ses photos nues ou de son passé sexuel, et tout le monde devrait en faire autant. Les attaques genrées sont des conneries dégoûtantes et sexistes.

Deux poids, deux mesures

Les journalistes américains, New York Times en première ligne, avaient été prompts à dénoncer chaque attaque sexiste, et chaque accusation d’agression sexuelle du candidat Trump. Mais depuis son élection, il arrive de plus en plus fréquemment que le sexisme change de camp. 

Difficile, évidemment, de défendre la famille d’un homme pour qui le respect a autant de signification que la démocratie pour Kim Jong-un. S’opposer à une attaque envers la famille Trump est rapidement considéré comme un soutien à la politique du Président de la honte. 

D’aucuns justifieront qu’il n’y a rien de respectable chez une femme qui accepte de travailler main dans la main avec un gouvernement xénophobe et islamophobe (entre autres joyeusetés). Mais les médias américains risquent bientôt de compter parmi les derniers garants de la démocratie américaine. Quelle légitimité auront-ils si certains tombent dans les mêmes travers ? S’ils s’abaissent au niveau d’un président qui pense que “quand on est célèbre, elles nous laissent tout faire” ?

Et si Melania Trump avait finalement tout compris ?

Certains poussent même la rhétorique un peu plus loin. Aux États-Unis, on commence à se demander si Melania Trump, dans son refus d’accepter le rôle de Première dame, ne serait pas un peu féministe (calmez-vous, on vous explique).

Alors qu’Ivanka Trump a déménagé à Washington (au coin de la rue de la nouvelle demeure des Obama - bonne ambiance), Melania Trump a annoncé qu’elle resterait à Manhattan, au moins jusqu’à la fin de l’année scolaire de son fils.

Exit le statut de Première dame, Melania Trump a dit non aux fleurs, aux décorations et aux engagements caritatifs. Depuis longtemps, ce job (non-rémunéré) qui consiste à remplir et décorer (comprenez faire tapisserie) l’espace qui entoure le Président. Si certaines ont réussi à réinventer cette fonction avec classe (on ne cite personne, Michelle Obama) d’autres se sont clairement résignées aux tailleurs et sourires immaculés, à couper de gros rubans avec de gros ciseaux et à choisir la couleur des rideaux du bureau ovale.

Mais très peu pour Melania. Mariée à Donald depuis 2005, elle préfère l’anonymat et sa penthouse dorée de Manhattan aux obligations diplomatiques de Washington. On la dit également assez mal reçue au sein du parti Républicain. Pour justifier son absence (déjà) de la campagne de Donald Trump, un officiel du Parti Républicain avait expliqué que “Les Républicains ont une vision traditionnelle du mariage. Et elle n’est pas une épouse traditionnelle.

#FreeMelania

Pendant la marche des femmes qui s’est tenue le 21 janvier dernier, de nombreuses pancartes portaient l’inscription #FreeMelania, ou des slogans comme Melania, cligne deux fois si tu as besoin d’aide. “Ces pancartes étaient parmi les plus populaires”, note la journaliste américaine Noreen Malone dans le podcast DoubleX.

 

“Pour une raison étrange, tout le monde se sent proche de la douleur fantasme de la femme d’un tel Président. Cela donne une scène incroyable, comme si une Reine saluait la foule du haut de son balcon et que tout le monde lui demandait si elle voulait être sortie de là.

 

Mais visiblement, Melania Trump n’a besoin de personne pour refuser un système dans lequel elle ne veut pas mettre un orteil. Par ailleurs, comme le rapportait le New York Times le 5 février dernier, Donald a l’air ravi de choisir lui-même les rideaux du Bureau ovale.

M.Trump était aux anges de pouvoir feuilleter un catalogue lui offrant dix-sept options différents de rideaux”, explique le quotidien. Un invité de la Maison-Blanche aurait rencontré un Donald très fier de son choix de rideaux dorés “utilisés par Franklin Roosevelt” (Selon le NYT, ils ont en fait été créés pour Bill Clinton, mais ce ne sont probablement que des faits alternatifs). 

Le couple Trump, en apparence profondément conservateur, est en train de créer une petite révolution dans le fonctionnement traditionnel de la présidence. Si Michelle Obama avait fait cette démarche, on aurait probablement qualifié le geste de féministe.

Certains rappellent qu’il y a plusieurs années, lors d’une interview, un journaliste avait demandé à Melania Trump : “Auriez-vous épousé Donald Trump s’il n’était pas riche ?” Ce à quoi la future Première dame avait rétorqué : “Pensez-vous qu’il m’aurait épousée si je n’étais pas belle ?” Féministe ou pas, Melania maitrise parfaitement l’art de la punchline. 

Visuels : DR

 

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