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Air : twenty years plus tard

Tête à tête avec Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel par une chaude après-midi de septembre.

Air : twenty years plus tard

Le 10 septembre dernier, le duo Air était à l’affiche du Darwin Ocean Climax Festival à Bordeaux et cela après six longues années d’absence en terre girondine. Quelques heures avant de monter sur scène, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel ont accepté de se livrer au jeu des questions-réponses. L’occasion était donc toute trouvée de revenir sur plus de deux décennies de carrière et d’aborder le futur de la formation.

Le 10 juin dernier sortait l’anthologie Twenty years revenant sur vos 20 années de carrière, pouvez-vous nous parler de la genèse du projet ?

Nicolas Godin : C’est une première pour nous. On a dû choisir dans notre répertoire des morceaux pouvant être représentatifs de ce que l’on a fait depuis 20 ans - il y avait plein de morceaux que j’avais oublié d’ailleurs. C’est assez dur car il y a tellement de paramètres pour choisir un morceau. Certains groupes choisissent les morceaux qui ont le mieux marché, notre démarche est un peu différente.

Parmi les morceaux figurant sur l’anthologie, il y a des morceaux qui auraient dû marcher mais qui n’ont pas rencontré le succès que l’on espérait. On a voulu leur donner une seconde vie avec cette compilation. Je pense à Run qui, à mon avis, est l’un des morceaux les plus réussis d'Air, alors qu’il n’est jamais sorti en single ! Idem pour Le soleil près de moi. On a aussi été « furter » sur les sites de streaming pour voir quels étaient les titres les plus écoutés. On a eu des surprises, c’était marrant ! Il y a aussi nos goûts personnels.

Ça a été un mélange de ces différents critères. Ce fut un travail assez laborieux car on a dû laisser sur le côté des morceaux que l’on aime beaucoup. 

Vous avez des exemples ? 

Nicolas Godin : Il y en a beaucoup, on a fait pas mal d’albums. Pour la compilation, on était limité par la durée des CD, je ne sais pas qui a décidé de la durée d’un CD… je crois me rappeler que le PDG de Sony s’est basé sur la durée d’une symphonie de Beethoven…

Qui est à l’origine du projet ? Est-ce vous ou la maison de disque ?  

Jean-Benoît Dunckel: Tu veux savoir si on est des parvenus, c’est ça ? On a collaboré avec notre maison de disques, c’est vrai. C’est important de sortir une compilation car elle permet une écoute transversale d'Air. Tu « skippes » les années et finalement il reste nos meilleurs morceaux, les grands tournants et les grands virages artistiques. Quand tu écoutes chronologiquement la compilation, tu vois l’évolution du son aussi, c’est intéressant. 

Sur Twenty years, on retrouve 5 morceaux de Moon Safari, 5 de Talkie Walkie, et finalement peu de morceaux de Pocket Symphonie qui est pourtant un très bon album.

Nicolas Godin : Pocket Symphonie a bien vieilli, c’était une agréable surprise. En fait, je réécoute les morceaux avant de partir en tournée pour les apprendre. C’est un album que je connaissais peu.

Comment peut-on « oublier » ses propres morceaux ?

Nicolas Godin : Ce que j’aime, c’est le moment de les faire, c’est vraiment l’instant présent. Une fois terminés, je m’en fous un peu. Quand j’étais petit, on installait tous les jouets pour jouer et une fois installé, je n’avais plus envie de jouer…Pour l’enregistrement d’un disque, c’est l’expérience qui compte, c’est le plaisir à le faire, c’est la magie de la confection…

Vous préférez le studio à la scène ?

Jean-Benoît Dunckel : Ce n’est pas la même expérience. J’adore le studio car on peut trouver des choses, on peut recommencer. L’atmosphère, le soir ou la nuit, est tellement géniale. C’est différent de « bien jouer », il est question de créer une œuvre originale et émotionnelle. On n’a pas de contrainte, on peut rêver soniquement et enregistrer.

Sur scène, ce n’est que des contraintes. On arrive sur le lieu, on est crevés du voyage. Quand tu es musicien, tu es payé pour les voyages, mais tu n’es pas payé pour jouer sur scène. Tu joues gratuitement.

Payer pour attendre ?

Jean-Benoît Dunckel : Payer pour attendre aussi, ce n’est que de l’attente. 

C’est ce qu’il a de plus fatiguant, l’attente ? 

Nicolas Godin : C’est pour ça qu’on tourne de moins en moins en vieillissant. Quand tu es jeune, tu as l’impression que tu as la vie devant toi. Passé quarante ans, tu te demandes : « Est-ce que vraiment j’ai envie de foutre un an de ma vie en l’air pour une tournée ? ». Sur scène tu as une heure de plaisir mais le reste de ta journée est foutue. Tu ne peux rien faire, tu passes ton temps dans les transports ou à attendre quelque part dans une loge… il n’y a rien. Dans le futur, je pense que l’on va tourner intensément mais de manière plus espacée pour pouvoir plus profiter de la vie quotidienne.

J’ai lu que vous alliez au studio tous les jours comme n’importe quel travailleur. Est-ce vrai ?

Jean-Benoît Dunckel: Oui, on va au studio aux horaires de boulot, parce que notre bureau, c’est le studio. Parfois, lorsqu’on est charrette pour finir quelque chose, on peut y rester le tard le soir, y passer la nuit ou arriver de très bonne heure.

L’important en studio, c’est l’intensité : les musiciens travaillent de nuit car on ne leur téléphone pas, on ne les attend pas. Pour ça la nuit, c’est génial. En journée le téléphone sonne sans arrêt, on te demande des choses d’ordre logistique, c’est pénible car ça perturbe ta concentration.

Enregistrer, c’est se laisser aller, rêver, lâcher prise complètement… C’est passer par des phases folles et inutiles, faire de la musique qui ne ressemble à rien… et puis… finalement au bout de cinq heures de travail, on obtient une superbe prise. C’est totalement s’oublier. Enfin pas totalement (rire)…

Depuis Love 2, sorti en 2009, vous avez composé, pour sa seconde sortie en salles, la bande-originale du film de George Mélies Voyage dans la lune, ainsi qu’un album pour une exposition. Votre musique semble tendre vers une forme d’ascétisme, de minimalisme. Est-ce volontaire ?

Jean-Benoît Dunckel: Oui on peut dire ça. Disons qu’elle tend à être plus instrumentale, plus dirigée vers la musique à l’image et plus expérimentale…

Nicolas Godin : Ces deux projets nous ont attiré artistiquement. 5 minutes avant que l’on nous fasse ces propositions, on ne pensait pas le faire. Tout à coup, quelqu’un nous a demandé, on a trouvé que c’était une bonne idée.

Pour l’exposition, l’idée était de créer une bande son, comme au cinéma. On se demandait quel genre d’expérience cela serait de regarder un tableau en écoutant la musique créée pour ce tableau et pour la salle d’exposition. Aucun musée ne fait ça !

Cet album Music for museum fait-il référence à l’album Music for airports de Brian Eno ?

Jean-Benoît Dunckel: Non pas trop (rire). On adore cet album, je suis très, très fan de Brian Eno, j’adore ce mec, j’adore son utilisation des synthétiseurs. Il a un petit peu importé la musique allemande et européenne dans le monde anglais. Pour Music for museum, c’était vraiment lié à l’expérience du musée. L’album a été fait pour traverser les différentes salles et n’a pas pour vocation d’être écouté en dehors du lieu. C’est important de le comprendre. Quand tu écoutes le vinyl, il y a plein de petits détails comme des arpégiateurs qui passent dans plusieurs enceintes… 

Nicolas Godin :Il fallait aussi penser aux gardiens, qui écoutent la musique de l’ouverture à la fermeture du musée. On ne pouvait pas faire de mélodies sinon cela aurait été un peu comme de la torture à Guantánamo. Il fallait faire quelque chose d’évanescent afin d’éviter qu’ils deviennent fous en écoutant pendant deux mois la même chose.

Ce projet est donc très spécifique et lié à une expérience in situ. On a gravé un vinyl pour que les gens puissent repartir de l’exposition avec ce qui pourrait s’apparenter à un catalogue. Pour la compilation, on a quand même extrait le morceau le plus mélodique, pour témoigner de ce que l’on a fait récemment. Il s’agit du morceau Land Me réalisé dans le cadre du travail avec Linda Bujoli.

Quant au Voyage dans la Lune de Mélies, c’est un disque assez pop et coloré, comme les BO sur lesquelles on a pu travailler. C’est un travail artistique associé à un autre travail artistique, c’est le film de Méliès et la musique de Air.

Ces deux projets sont particuliers car ils ont besoin d’un autre médium pour pouvoir être écouté. 

Dans le documentaire Eating, sleeping, waiting and playing réalisé par Mike Mills, à qui vous avez dédié un morceau sur  Talkie Walkie, l’un de vos musiciens dit de vous : « Ils sont de très bon arrangeurs et compositeurs mais ils débordent de romantisme ». 20 ans après, considérez-vous cette remarque toujours pertinente ?

Nicolas Godin : Oui, on est des grands romantiques. Souvent, j’ai des raisonnements intellectuels, directement inspirés par une certaine idée du romantisme, qui ne sont absolument pas logiques.

Je vis quand même dans un monde imaginaire et j’ai tendance, parfois, à prendre des décisions basées sur une idée romantique des choses.

Avis partagé ?

Jean-Benoît Dunckel : Oui, plutôt influencé par le romantisme allemand : les grands espaces, le retour à la nature, les sentiments exacerbés.

On a utilisé des instruments électroniques pour faire de la musique émotionnelle, qui décrit des sentiments amoureux, des sentiments fins où il est question de déclarer son amour à quelqu’un ou de faire part d’une émotion intime, très fine, particulière.

Bref, c’est vrai que c’est plutôt fin, ce n’est pas très techno/house, ce n’est pas très punk non plus (rire).

 Votre discographie est sans accro, avez-vous peur du disque de trop ? 

Nicolas Godin : Oui, je trouve que les groupes font généralement trois bons albums, dans le meilleur des cas, après c’est horrible. Même les groupes que l’on adore.

Chez les bons, il y a une fenêtre de dix ans et après c’est foutu.

En 2006, vous avez sorti une compilation Late Night Tales sur laquelle on retrouve de superbes morceaux de Jeff Alexander, Minnie Ripperton ou encore Japan. Un Late Night Tales 2 est-elle envisageable ?

Jean-Benoît Dunckel: On adorerait faire un Late Night Tales 2, il faudrait nous proposer (rire).

Un Late Night 2 pour Radio Nova ?

Jean-Benoît Dunckel: Pourquoi pas (rire), oui pourquoi pas ! C’était une super expérience.

Nicolas Godin : On l’a vraiment pris au pied de la lettre, le concept était de s’intéresser à la musique qui peut être écoutée au milieu de la nuit. On a vraiment bossé dur pour cette compilation.

 

 

 

 

 

 

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