Sur la route
Drugs, jazz and poetry : du roman culte au DVD
« … Alors je pense à Dean Moriarty, je pense même au Vieux Dean Moriarty, le père que nous n’avons jamais trouvé, je pense à Dean Moriarty…»
Cette phrase, familière, résonne encore dans l’esprit de tous ceux qui ont un jour lu Sur la route : c’est celle qui conclut presque cinq-cents pages de pérégrinations jazzy, de voyages poétiques et d’aventure débridées à travers les Amériques. La boucle est bouclée : si le roman s’ouvre sur la rencontre avec Dean, c’est avec la fin de l’amitié qu’il se termine.
Roman-fleuve autobiographique en forme de manifeste d’une génération, Sur la route de Kerouac est devenu un véritable mythe : c’est à la fois un récit initiatique, un acte de rébellion et l’incarnation d’un style de vie (voyages, sexe, jazz, poésie et drogues : les carburants de la bohème à l’américaine).
Le livre fut écrit en 1951, en seulement trois semaines de travail effréné. Tapé à la machine sur un rouleau de papier de 36,5m de longueur, il ne comportait à l’origine ni chapitres, ni paragraphes, ni retours à la ligne, à l’image de la route infinie qu’avait parcourue Kerouac pendant des années. Un style inspiré par le Bebop, courant jazz basé sur l’improvisation, que l’écrivain revendique comme une « prose spontanée ».

Dans son roman, Jack Kerouac met en scène les principaux protagonistes de la Beat Generation, tous cachés derrière leur alter-ego littéraire : Kerouac lui-même devient Sal Paradise, Neal Cassady est rebaptisé Dean Moriarty ; on retrouve également Allen Ginsberg et William Burroughs sous les noms respectifs de Carlo Marx et d’Old Bull Lee. Des noms entrés dans l’inconscient collectif, à tel point qu’on se demande parfois si Dean Moriarty n’aurait pas vraiment existé – en tout cas, parfois le doute me vient.
Sur la route, c’est l’histoire d’une quête de sens et d’appartenance dans l’Amérique de la fin des années 40, une société conformiste, bien-pensante et puritaine où la jeune génération peinait à construire sa propre identité. Le groupe de jeunes écrivains et poètes en rébellion formé par Kerouac et ses acolytes s’est vu baptiser la Beat Generation, « beat » parce que fatiguée, abattue en argot américain.
I think of Dean Moriarty
Mais Kerouac, à l’origine francophone, aimait souligner l’ambigüité sémantique du terme : « beat », c’est aussi « béat » en français, en anglais « upbeat » signifie optimiste, et le battement du cœur est également appelé « beat ». Une génération fatiguée donc, mais qui plutôt que de se laisser abattre (attention, ce n’est pas la beaten génération), va de l’avant et cherche des réponses aux questions existentielles qu’elle se pose.
La Beat Generation, si elle s’apparente plus à un groupe d’amis écrivains qu’à une véritable génération, s’est érigée en symbole d’une époque. Son influence est immense, des hippies à Mai 68 en passant par la folk music – Bob Dylan comme Tom Waits se réclament de Sur la route.
Une œuvre en perpétuel mouvement, écrite au même rythme que Dean Moriarty conduisait sa voiture (et c’est dire), qui a également donné naissance au genre cinématographique du road-movie – Easy Rider en premier lieu – sans jamais avoir eu le droit à son propre film.
C’est chose faite depuis mai dernier, avec la sortie de salles de l’adaptation cinématographique de Walter Salles. Un film qui a connu une très longue gestation : Kerouac lui-même aurait voulu porter son œuvre à l’écran – avec, s’il vous plaît, Marlon Brando et James Dean en tête d’affiche. Le projet n’aboutit pas, mais Francis Ford Coppola rachète les droits du roman à la fin des années 60, sans jamais réussir à mener son envie à bien.
Coppola finit par confier la mission de réaliser le film à Walter Salles, cinéaste brésilien que l’on connaît pour son magnifique Central Do Brazil et plus récemment pour Carnets de Voyage, film qui retrace la jeunesse voyageuse de Che Guevara.
Plus de 50 ans après la publication du roman, voici donc la première adaptation de Sur la route.

Le résultat : un road-movie bohème, aux rythmes jazzy et à l’ambiance enfumée, une fresque réalisée avec respect et admiration pour l’œuvre originale.
Bien qu’un peu édulcoré et moins subversif que le livre, grand public oblige, le film réussit à plonger le spectateur dans l’ambiance et l’essence d’une époque, dans un moment de l’histoire américaine qui annonce le rock’n’roll, la libération sexuelle, la contestation politique. Le tout porté par les impeccables Sam Riley, Garrett Hedlund, Kristen Stewart et Kirsten Dunst.
Sur la route est sorti en DVD la semaine dernière et Nova vous en offre : c’est gratos, il suffit de guetter le mot de passe à l’antenne et de foncer dans les bons plans de Novaplanet.
Vous pouvez également retrouver en podcast l’émission spéciale Jack Kerouac préparée par Richard Gaitet : lectures et discussions autour de l’œuvre effrénée et multiples de Kerouac avec Rosemary Standley du groupe Moriarty, l’écrivain Guillaume Chérel, le journaliste Jean-François Duval, le photographe Jean-Luc Bertini, le songwriter Piers Faccini ainsi que l’artiste Jean-Louis Costes.
« I think of Dean Moriarty, I even think of Old Dean Moriarty the father we never found, I think of Dean Moriarty. »


























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Voyage!
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