Et Pa(ta)tras !
J'ai décidé de transformer mes semaines de vacances annuelles en mission spéciale d'investigation façon Actor Studio ou Gonzo, je sais plus lequel.
C'était en mars 2010. Je suis partie en Grèce au moment où la crise leur tapait sur les doigts et où l'Allemagne proposait de racheter le Parthénon pour en faire une piscine olympique Est-Allemande. Bref ça allait pas fort.J'ai opté pour une plongée pour une semaine reposante dans le microcosme anarchiste de Patras, 3eme ville grecque, la plus jeune et la plus pauvre, autrement dit ville à gros potentiel d'implosion. J'ai passé trois semaines semaine à suivre les tribulations d'un groupuscule de squatteurs en Achaie. Et entre ce que j'ai lu à l'aéroport et ce que j'ai vécu, la large est marge.
Après ... y a comme un air de "ça va péter" qui traîne. Un truc latent, que le marc de café qui tapisse les fond de tasse et la douceur du rythme quotidien ne traduisent pas bien mais qu'on peut lire sur les murs, littéralement : entre deux tags "No more war between nations, no more peace between classes" et du moins classique, exemple :
Jeudi soir je suis allée voir une pièce de théâtre dans le squatt(photo du squatt ci-dessus, affiche de la pièce ci-dessous). Il était aménagé pour l'occasion et la pièce commençait par un petit parcours de petites pièces et couloirs fait de bric et de broc, surtout de broc.Dans le premier petit espace, des scènes des émeutes d'Athène de décembre 2008 étaient projetées au mur. Au sol des caisses remplies de bières vides. Et pourquoi ?Pour le plaisir de lancer des bières le plus fort possible contre les murs afin qu'elles viennent se briser sur les silhouettes de policiers en goguette sur les murs.
Cette scène peu exceptionnelle pose d'ailleurs problème à mon ami Alexandros, anarchiste convaincu mais aussi fils de commissaire, neveu et cousin de policiers qui parvient au prix de négociations intérieures que j'imagine complexes, à cacher ses origines honteuses.Et ça doit pas être facile parce que la haine de la maréchaussé est clairement revendiquée, criée sur les murs comme sur les toits et que la violence à son encontre est tout en haut dans la liste des trucs à faire pour installer le nouveau monde.
Et quel nouveau monde ? En ce qui concerne le groupuscule que j'ai activement fréquenté on constate que, finalement, ce à quoi ils aspirent, c'est un retour à des valeurs limites rousseauistes.
Le plan de vie d'Agelos, 25 ans est simple : se battre pour ses idéaux, et y sacrifier son idéal en vivant dans de grandes villes pendant encore une bonne dizaine d'année, mener les combats, être au coeur de l'action, puis se retirer dans village à la campagne, près de la mer, en total autonomie, produire tout ce qu'il mange et être une sorte de modèle de vie pour les autres. Agelos est ingénieur de la route, musicien, amoureux du voyage et des voyageurs pourtant il veut retourner vivre près de là où il a grandi, dans sa région.
Cet attachement aux racines revient tout le temps, on sent une certaine nostalgie pour une Grèce traditionnelle qu'ils n'ont pas connue. Mes oreilles ont passé leur semaine à naviguer entre métal et chants grecs traditionnels (bonzouki, mecs avec des barbes millénaires qui chante sur les aigles et Zeus ...)
Tous les membres du groupe que j'ai rencontré font partie de la classe moyenne supérieure, et parfois, si on oublie leur crâne rasé habillé d'une dread ou deux, on le sent.
Le plan de vie d'Agelos, 25 ans est simple : se battre pour ses idéaux, et y sacrifier son idéal
A part pour les immigrés et clandestins que le squatt s'emploie à aider en organisant des concerts-distribution de repas . J'y ai rencontré Mohammed, 42 ans, algérien qui rêvent de quitter la Grèce pour la France ou la Belgique ou l'Angleterre; partir en tout cas.
Y a plus de boulot et les grecs qui galèrent de plus en plus commencent à manifester un ressentiment certain à son égard. Pour la petite histoire il s'est adressé à moi parce qu'il m'avait entendu parler français, et pour cause je ne voulais pas traduire mes problèmes gastriques en anglais.
Tout ça étant dit, il faut bien reconnaître que Trois semaines c'est peu pour comprendre un mouvement que certains décrivent comme le fer de lance d'une insurrection à l'échelle européenne.
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