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Ghosts of America

Deux BD plongent leurs encres dans l'infernal quotidien des Vétérans d'Irak

Ghosts of America

A l'aube du cinquantenaire de la guerre du Vietnam (Relire l'entretien avec l'auteur Kent Anderson ex béret vert ici), deux bande-dessinées mettent en cases les vétérans.

Sur le sol américain, ils fourmillent ces fantômes de deux guerres qui ont en commun l’illégitimité de leur déclanchement. Le Vietnam et l'Irak se ressemblent et rassemblent leurs victimes : les morts, les survivants, les mort-vivants aussi. L ’enfer, on le sait, ce n’est pas seulement la guerre, mais la résurrection qu’elle demande lorsqu’on en revient.

Deux BD qui sortent mettent donc l’accent sur les destins de ces vétérans souvent à peine adultes, complètement déconnectés, paumés, rongés, et parfois parfaitement tarés.

 Uriel Samuel Andrew, de Will Argunas est sortie chez Casterman écritures et se concentre tout en simplicité noir et blanc sur ces 3 personnages qui chacun à leur manière, à travers les gestes les plus quotidiens, les expériences les plus banales, vivent le traumatisme du retour. Faire les courses, chercher du travail, devenir père, autant d'étapes ordinaires devenues combat plus déchirant encore que la guerre elle-même. Au chômage, inadaptés, harcelés par des hallucination, addicts au médoc, à l'alcool, à tout ce qui peut les faire oublier, ces 3 garçons, violents parfois et toujours perdus, sont revenus meurtriers dans un monde qui ne peut moralement s'empêcher de les condamner. Ils errent entre culpabilité et désespoir sans plus rien reconnaître d'un univers autrefois confortable, et où les proches qui les entourent sont devenus miroirs de leur absence à eux-mêmes.

 

Olivier Morel, lui, se penche avec humanité et philosophie, sur ce qu’on appelle souvent « une génération sacrifiée », Dans une BD remarquable, préfacé par Marc Crépon et dessinée par Maël Morel :  Revenants.                        

Le retour y est une notion ambiguë, tout dépend finalement d’ où on revient. Un joyeux événement qui peut facilement se faire cauchemar, à fortiori quand ces derniers ne cessent de vous hanter sous la forme de ceux qu’on a du exécuter. Survivre à la guerre est alors une guerre sans ennemi palpable et les revenants sont à la fois les fantômes désincarnés des victimes et les carcasses vidées des survivants. C’est à ces dernier qu'Olivier Morel a consacré un documentaire "Forgive me for I have sinned" (Un tatouage aux mains ensanglantées sur le dos d'un jeune vétéran) ou "L’âme en sang" présenté en 2011.

Ces hommes et femmes qui ont survécu à l’Irak pour mieux se dissoudre, disparaître, sur leur propre sol, y sont autant de silhouettes invisibles qu’une barrière sépare des autres. Ils sont les morts-vivants, des âmes en errance dans l’ether de grandes villes qui les ignorent, dans des foyers qui ne les reconnaissent plus, qui ne parviennent pas à les retenir loin de l’enfer, loin de la mort qui se donne au bord d’un chemin autrefois familier.

A cette époque, une dizaine de vétérans se suicident chaque semaine aux Etats-Unis et plus de 100 000 sont sans-abris, tels sont les chiffres qui déclenchent l’action d'Olivier Morel. C’est peu dire que de dire que c’est beaucoup. Revenants, c’est le récit de cette prise de conscience et de contact par le cinéaste qui y devient personnage sous les trait de Maël Morel :  de magnifiques, parfois déchirants, dessins, un noir et blanc précis dans lequel s’invite parfois le flou violent d’un rouge ocre : sable du désert, sang versé, et souvenirs dévastateurs qui effacent les contours d’un normal retrouvé, les contours de la raison qui, elle, ne se retrouve pas.

En 3 chapitres: hantise, fantôme et minuit, on y suit le parcours très intime du réalisateur confronté à un sujet qui le dévore, en prise avec la face sombre d’un pays dont il vient d’obtenir la nationalité. C’est une plongée vertigineuse dans la réalité que les discours patriotiques veulent oublier qu'un glossaire passionnant nuance d'optimisme nécessaire. On y croise ceux qui se battent pour que cesse la légende hollywoodienne d’une guerre sans conséquences, les Veterans against the war par exemple, très actifs au sein d'Occupy Wall Street, mouvement qui avait secoué New-York en 2011. Howard Zinn y apparait également, vétéran de la seconde guerre mondiale devenu étudiant modèle, penseur activiste qui aurait même inspiré Martin Luther King. On y découvre aussi les winter soldier, séances publiques où d’anciens soldats disent haut et fort la vérité de guerres qu’on préfère murmurer.

 

Uriel, Samuel, Andrew, de Will Argunas, Casterman Ecritures, 207 pages, 16€

Revenants, Maël & Olivier Morel, Futuropolis, 116 pages, 19€

Chronique passée ce dimanche dans le Néo Géo de Bintou Simporé >> en podcat ici.

 

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