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Bertolucci, underground et Oscars

Rétrospective Bertolucci, ou l'histoire d'un surfeur branché du cinéma

Bertolucci, underground et Oscars

Bernardo Bertolucci c’est Le dernier tango à  Paris ou Prima della revoluzione, mais aussi 1900, Le dernier empereur ou Little Buddha..

Donc un réalisateur atypique, issu du gauchisme, de la révolte et de l’underground, mais qui va passer par la case Hollywood, par les succès et les prix. Comme si après avoir été un jeune homme en colère il était passé de l’autre côté du miroir, chez les nantis…

Bien qu’il ait travaillé avec Pier Paolo Pasolini ou Sergio Leone, il est loin de ces monuments italiens, un peu monolithiques, de la création cinématographique mondiale comme celle de ses confrères Rosselini, Fellini ou Risi. Mais il a aussi travaillé avec Dario Argento, le réalisateur gothique aux films sanglants, ces «giallo» un peu grand-guignolesques et Bertolucci justement arrive, dans les années 50-60, en plein changement, révolution des mœurs, des médias, du cinéma …

Il fait partie de la nouvelle vague italienne, avec Antonioni (Blow up, Zabriskie Point), tentée par Godard, et par le cinéma indépendant américain, anglais.

D’où son côté touche-à-tout, curieux, ballotté dans les grands mouvements de jeunes, de mode ou de mœurs : suit-il ses intuitions ou se laisse-t-il emporter par les grands courants et tendances des époques successives ?

De la fresque historique parfaite, belle et impressionnante comme 1900 ou Le dernier empereur, ou il est le successeur de Visconti (Le guépard, Mort à Venise, Les damnés...), des reconstitutions magnifiques et dramatiques, aux acteurs prestigieux. 

Mais avec Le conformiste ou Le Dernier Tango, on pense au cinéma indépendant américain, presque marginal, se situant aux limites du cinéma underground, avec des scènes anti-commerciales ou même carrément choquantes.

Il y a certainement chez Bertolucci, une part de cruauté, de sadisme assumé, ou de cynisme qui lui permet de filmer, et de peaufiner comme un spectacle des scènes dures, insupportables.  

Mais il parvient également à créer des moments de sensualité, de finesse ou d’intimité inoubliables entre De Niro et Dominique Sanda  dans 1900, entre Brando et Maria Schneider dans Le Tango ou même entre Jean Louis Trintignant et Stefania Sandrelli dans Le Conformiste, (film sur la montée du fascisme) et l’on a tendance à se laisser charmer.

Voilà tout le paradoxe de cet homme, entre deux époques, la classique et la moderne, la logique et la dérivante. Il est certainement un peu coupé en deux, un créateur avec une dualité marquée, à la fois enfant gâté de la liberté, et gourmand des choix qu’offrent les auteurs, lui qui a été fils d’un poète, d’un éditeur entouré d’artistes.

Ma génération a été sensible au fait qu’il faisait tourner les nouveaux acteurs, considérés comme underground : Pierre Clementi, Dominique Sanda, Tina Aumont, Depardieu à ses touts début, ou encore récemment Louis Garrel et Liv Tyler. A ses talents d’ambitieux, de curieux, de naturellement doué, il faut ajouter tout l’art italien théâtral, ces grands plans d’opéra, ce lyrisme contrarié par des psychologies souvent atypiques, brutales ou tortueuses.

Bernardo Bertolucci est cet individu déchiré entre des tensions diverses, presque opposées, mais aussi tiraillé par des évènements chaotiques, et enfin un être voyeur, sensuel, mais dont l’intellect  permettrait de contrôler tous ces messages, dans un dérapage plus ou moins réussi : un portrait de l’homme moderne. 

Enfin, un souvenir :  un ami, Pierre Edelmann (producteur, scénariste…), qui tournait seul un making-off du Dernier Empereur en Chine, me montrait les rushes superbes et jamais sortis :  on y voyait Bertolucci entre deux scènes, dans la cité interdite, atterré par les ennuis que lui créait l’administration chinoise - il y a 30 ans - et lui, bloqué avec des centaines de figurants et des équipes énormes, fulminant contre le sort.

Un aspect réaliste et pesant du réalisateur-producteur qui doit avoir le sens pratique, la volonté et la constance d’un artisan pour construire une œuvre. Ce backstage m’avait frappé. L’envers du décor.

Le métier du cinéma justement a du souvent remettre les pieds sur terre à ce « surfer branché » de la création, brillant parce qu’il fait oublier les pesanteurs du quotidien, planant grâce à des plans  qui nous emportent, même lorsqu’il se passe des choses terribles dans ces mêmes images. 

Rétrospective Bernardo Bertolucci (en sa présence)

  • Cinémathèque Française . Du 11 septembre au 13 octobre
  • 51, rue de Bercy . 75012 Paris . Infos : 01 71 19 33 33
  • métro ligne 6 et 14 Bus N° 24, 64,87
  • A4. sortie Pont de Bercy

 

 

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