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J'étais à Calvi on the Rocks

Attaque de décibels, prise de la citadelle, abordage d’une scène en bateau et bataille d’eau salée...c'était la onzième édition du Calvi On The Rocks

J'étais à Calvi on the Rocks

Le Calvi On The Rocks, c’est un peu l’anti-Dour. Les bottes, le k-way et la mayo laisse place aux tongues de luxe, Ray ban et maillot. Côté prog, on s’y retrouve. Une dominante électro certes, mais aussi des lives précieux et inattendus dans un cadre fantasmagorique ! Retour sur un festival surréaliste dans l’île de beauté.

Arriver en Corse c’est plutôt simple. S’y déplacer à l’intérieur sans véhicule c’est une autre histoire. Après 18h, plus de train ni de bus de Bastia à Calvi. Alors quand ton avion arrive à 17h50 ça se transforme vite en marathon pour choper ta dernière chance de ne pas passer ta nuit dans le maquis. Un taxi est prêt à relever ce défi incroyable : 6km en 5min pour relier l’aéroport à la gare la plus proche.

Le compteur kilométrique grimpe aussi vite que celui du taro. 20€ tout rond et mission accomplie, c’est gagner pour 3 heure de TGV (train grandes vibrations) dans les montagnes et le maquis pour une moyenne cette fois-ci de 30km/h.

Dans cette Micheline remplie de 6 randonneurs allemands et 2 légionnaires, je rencontre Ed un étudiant australien qui se rend pour la quatrième fois dans « le meilleur festival du monde » (dixit lui-même). « Il y a d’ailleurs deux artistes australiens cette année, Flume et Midnight Juggernauts ». On se passe en revue la programmation, s’échange quelques mp3 et hop Calvi, terminus.

Le festival ne démarre que demain mais la ville commence déjà à être envahie par des cohortes de jeunes qui ont tout sauf un accent Corse.

Le soir on se retrouve dans le mythique club calvais Chez Tao. Perché en haut de la citadelle de la vielle ville, on monte un escalier taillé dans les remparts pour tomber dans ce repère à la fois branché et bon- enfant. Ce repère XVIème et ses belles voutes d’origine met à l’amende tous les clubs du continent. En plus, c’est pas n’importe quelle guinguette qui a eu le droit à sa propre chanson par Jacot.

Le logo sur la porte me rappelle vaguement quelque chose… mais quoi ?

On regarde le patron (Tao-by) qui s’éclate au piano et reprenant dans même ordre et comme tout les soirs ses classiques de la chanson française. Les cocktails coutent un bras mais valent le détour. 

C’est sur les coups de minuit que Tao-by lâche sa banquette à celui qui fera l’ouverture du festival le lendemain, Benjamin Clémentine.

Voix pénétrante et regard hypnotique ce jeune londonien originaire du Ghana met en quelques minutes sa petite claque à toute l’audience, même les plus entamés aux Cosmopolitans.

Quand on lui demande tout content, le lendemain sur la plage, s’il est le fils caché de Nina Simone et Screamin Jay Hawkins, il nous répond d’un air gêné : « Je comprends que les gens veulent me mettre dans une catégorie, ils ont besoin de références et ça ne part pas d'un mauvais sentiment. Mais c'est moi, mon son, je me suis construit tout seul. »

« Y'a des stéréotypes qui restent : parce que je suis noir, j'aurais du grandir en écoutant Marvin Gaye ou Nina Simone auquel on me compare tout le temps mais je les ai découverts il y a 3 ou 4 ans. »

« Les sons qui font l'histoire, qui restent en héritage pendant des centaines d'années me font le plus rêver : je pense à Chopin, Bach, leur musique est intemporelle, elle sera là encore dans des centaines d'années. Je veux que ma musique représente ça et je veux aussi qu'elle reste le plus longtemps.»

« Tout le monde est seul ». Benjamin semble aimer l'être un peu plus que les autres. « Les gens sont heureux quand je suis seul. » C'est tout le paradoxe de son succès. CORNERSTONE, son titre phare, a déjà plus de 60 000 clics sur Youtube, et les festivaliers reconnaissent le son dès les premières notes. La première phrase du titre résonne : « I am alone » mais ne semble plus vraiment d'actualité.Le metro, les bars, les espaces publics lui ont donné la dose de confiance dont il avait besoin. « Parce que justement, il faut faire en sorte que les gens s'arrêtent, prennent le temps de vous écouter, peut être de vous apprécier. J'y ai travaillé d'autant plus dur que rien n'est acquis ». La transition d'un public de passants à une foule conquise d'avance lui paraît plus simple, presque un peu moins excitante.« C'est plus simple de jouer devant ces gens, sur la scène. Mais c'est aussi un peu moins marrant, mais surtout plus stressant. Tout ce monde reste nouveau pour moi! ». 

Scène Diesel In Casa

Le lendemain, c’est l’ouverture officielle du Calvi On The Rocks ou du « festival de Rock de Calvi » comme nous l’ont assuré certains vieux corses visiblement mal informés. 

Une journée type du festival commence par les dj set en milieu d’après-midi sur les plages jusqu’à l’apéro. Les djs sont souvent issus d’une bonne cuvée et tout est entièrement gratuit. Le soir, c’est la partie live de la programmation qui s’exprime au Théâtre de Verdure, au pied de la citadelle, entre la mer et les remparts.

Enfin, la fête continue jusqu’au petit matin pour les plus téméraires, dans les différents petits club de la ville.

Les plages ont chacune un line-up bien à elles, et parfois le public qui va avec… On passe tantôt d’une ambiance branchouille parisianiste à celle de spring breakers dévergondés et bourrés au rosé pamplemousse.

Mais ce qui est vraiment important, c’est que (presque) partout où l’on va, on est bercé par du bon son, le cul dans une eau à 27° (pratique pour pisser) avec une vue sur la vielle ville à sa droite et sur le Monte Cinto encore enneigé coté gauche. Et c'est là qu'on ce dit qu'il y a probablement pire endroit au monde.

On va pas vous passer en revu toute la prog mais on peut s’attarder sur ce qu’il ne fallait pas rater (du tout) :

Le world mix en 90 BPM d’Acid Pauli et Nu

Martin Gretschmann aka Acid Pauli. On en parle parfois chez Nova pour son edit de Femmes d’affaires des Fils du Calvaire et pour nous avoir fait découvrir Man O To de NU. Les deux acolytes nous ont fait un joli mix de 3 heures en binôme sur La Plage Diesel In Casa devant à peine 150 personnes. Le pied !

Acid Pauli qui a commencé à faire de la musique électronique dans les montagnes en autodidacte fait aujourd’hui des sets « qui montent et descendent » dans une ambiance sombre et excitante.

Même s’il dit faire de la musique populaire et accessible à tous, certains festivaliers semblent un peu déroutés par ces deux ovnis de l’électro. 

Le lendemain on retrouve dOP derrière la scène du Théâtre de Verdure pour un entretien surréaliste.

A défaut d’en avoir tiré quelque chose de convenable, les trois compères du Label Circus Company nous ont offert un show « très énervé » et dégoulinant de phéromones juste après. dOP, on ne sait toujours pas si c’est « difference of perception » ou « day of payment » mais difficile d’envisager un dOP sobre et sans psychotrope. A la base c’est Nico de Nôze qui leur a conseillé de se mettre à l’électro. Ils avaient le niveau musical et le business semblait beaucoup plus lucratif.

Bref la mauvaise blague qui a bien tourné ?! Quoiqu’il en soit, même s’ils sont toujours peu connus en France, ils continuent à écumer les plus grands clubs du monde en cumulant « les trois A : Amour, Argent, Atel (ouais c’est les hôtels six étoiles…) ».

On assiste donc à un gros live (un peu sale mais tellement bon) à base « you want some boom boom ? » et de gros roulage de palots entre filles du premier rang dans le public sur kisses. C’est du joli.

dOP - Kisses

 

 

Lundi après-midi, la session sexy et chill out des Pachanga Boys sur la scène Havana Club de La Plage du Bout du Monde, nous aide - moi et mes compères festivaliers, à reprendre des forces. Ce duo allumé cache deux tronches de l’electro, (Superpitcher et Rebolledo) qui se revendiquent aujourd’hui de «La Nouvelle Eglise Hippie»… Allons bon, c’est peut-être ça le nom de ce mixe hybride techno, disco et psychée ?

Mardi 9 jullet le live de Flume valait aussi son pesant de cacahuètes ! Il faut dire qu’il fallait mériter le show : 2 heures d’attente pour les zodiacs navettes en direction de Mar a Beach, la petite plage perdue et quasi inaccessible sur la pointe de la Revelatta, à quelques kilomètres de Calvi.

Au final c’est environ 200 festivaliers téméraires qui ont pu rejoindre ce petit coin de paradis où La Villa Schweppes avait pris ses quartiers d'été. A l’arrivée, un show explosif en 90 BPM dans lequel se sont croisées bass music, voix pop et dubstep. 

Pour lire notre interview post-live de Flume c’est ici

Photo : Valentin Le Cron
 
La particularité notable de ce festival, c’est sa taille, qui est à la fois une richesse et un risque. Entre les plages, les clubs et le théâtre de Verdure, on arrive à un turn-over d’environ 15 000 festivaliers et les petites jauges ne permettent pas réellement d’envisager de grossir les rangs pour les prochaines années. Ce qui est vraiment remarquable c’est ce côté proximité avec les artistes. Rarement à plus de 20 mètres d’eux dans un cadre intime presque irréel.

Le Calvi On The Rocks fait aujourd’hui sold out avant même de dévoiler sa prog. Les festivaliers sont fidèles et majoritairement fins connaisseurs de sons. La plupart des fêtards rencontrés en étaient minimum à leur troisième édition.

Le risque donc de ce type de fonctionnement pourrait-être un manque de sang neuf et une forme de ghettoïsation du festival. Et puis il ne faut pas se leurrer, une semaine à Calvi en haute saison ce n’est pas à portée de toutes les bourses. Difficile donc d’envisager un public de fauchés… 

Pour la closing party, la plage Diesel In Casa est privatisée et l’arrivée à la nage en mode fraudeurs est à exclure. Le rivage est farouchement surveillé par un service d’ordre en maillot de bain.

Les pulsations d’infra-basses vont bon train durant ce final notamment orchestré par les vieux de la vielle de Metro Area (rentrouvez l’interview complète de la veille dès samedi). Ca commence à sentir la fin, le son est bon mais les yeux commencent à se fermer tout seuls. Après 6 jours de fête presque sans dodo.

A peine le temps de reprendre des force avec deux petites heures de sommeil, on reprend le train pour Bastia au petit matin. Les festivaliers montés en même temps que moi pioncent tous à l’intérieur. Et beaucoup ratent leur correspondances (même en aidant le contrôleur à les secouer). Le transfert de la gare à l’aéroport se finit dans la beine d’un camion de chantier rempli de gravas et je passe l’enregistrement Air Corsica couvert de poussière blanche...

Salut les festivaliers de Calvi, on se retrouve pour un tiers d’entre vous, demain, à Paris.

Merci à l'orga du Festival pour l'accueil, Virgile Guinard de SAYWHO pour les jolies photos et Flavian Charuel pour l'aide sur les interviews.

 

 

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