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DIAZ, histoire d'une bavure policière

Que s'est-il passé au G8 de Gênes ? Rien de moins qu'un attentat à la démocratie

DIAZ, histoire d'une bavure policière

Le G8 de Gênes restera dans l'histoire comme celui d'une énorme bavure policière.  19  juillet 2001: le 27e sommet est émaillé de manifestations, notamment pour protester contre la politique d'immigration des huit pays les plus puissants. Elle est pacifique au départ, dégénèrera les jours suivants.

Emeutes violentes le 20, retour de bâton des carabiniers le 21. Les forces de l'ordre feront un incroyable excès de zèle le 22 en prenant d'assaut l'école Diaz.

Des centaines de manifestants anti-mondialisation y étaient hébergés, mais le bâtiment était surtout devenu la base des médias alternatifs et leur centre de communication. A ce jour, on suppose que ce raid a été mis en place pour détruire tout enregistrement audio et vidéo des brutalités policières de la veille.

Les matraques ne se sont malheureusement pas uniquement abattues sur ce matériel, mais aussi sur les manifestants. La plupart seront frappés, interpellés puis emmenés dans une caserne voisine. Pour y subir une longue séances d'humiliations et de sévices.  Bilan : six cent manifestants blessés, des émeutes plus intenses et un mort, Carlo Giuliani.

15 mai 2012. Le procès a eu lieu quatre ans plus tôt, mais pour ne pas oublier ce qui s'est passé et qu'Amnesty International a qualifié  de  «plus grave atteinte aux droits démocratiques dans un pays occidental depuis la fin de la seconde guerre mondiale »Daniele Vicari a réalisé Diaz, film qui est projeté ce jour-là au Parlement européen.

Diaz fonctionne par un principe de boucles concentriques, partant de ce qui aurait déclenché la charge policière (une bouteille jetée contre une de leurs voitures) pour l'élargir à une des plus brutales violations des droits civiques. Mais avec l'intelligence de collecter tous les points de vue. Autant celui des militants que des casseurs, d'un journaliste que des carabiniers, d'un syndicaliste que de mômes sur place par hasard. Le film de Vicari part du principe de la survie de la liberté d'expression, quel que soit son camp.

Mais aussi de celui de la colère face à ce qui s'est passé; ce que se sont pris littéralement dans les dents, ceux qui ont tenté de s'opposer au système capitaliste en place. Celui qui se joue d'une justice censée être indépendante, qui brouille les médias, a fini par museler la vox populi par la simple peur du gendarme, de la sanction.

Le plus terrible dans Diaz reste ce portrait d'un asservissement généralisé Au point que Vicari écarte l'idée d'un pamphlet politique. S'il a la même puissance d'impact qu'un Z à son époque, Diaz n'est pas un héritier du cinéma de Costa-Gavras. Il n'est pas tant question de marteler, au sens propre comme au figuré - vu la violence récurrente du film, les évènements que leur signification. Les faits sont avérés, reste à la décrypter, en extraire leur sens.

Relater qu'en 2001, l'appareil policier peut arbitrairement réduire des citoyens lambda à des terroristes, les torturer  (comment qualifier autrement ce que les actes du procès ont révélé, de coups aux brûlures de cigarettes, pour les pratiques les plus douces ?) c'est déjà raconter l'époque et son idéologie.

Diaz renforçant cet effet en ayant recours à des archives, captation sur le vif de l'assaut et des émeutes - près de trois mille heures d'images ,chopées par des portables comme par des équipes de journalistes lors de cet explosif G8 ont inondé les réseaux sociaux et You Tube. Même s'il n'en reste que trois minutes sur les deux heures que durent Diaz, la vérité factuelle ainsi intégrée confirme que la réalité pulvérise plus que jamais la fiction.

La peinture de l'organisation policière rappellera elle une autre période, celle d'un cinéma italien virulent, contestataire des années 60-70, lorsque les Pietro Germi, Elio Petri et quelques autres, faisaient de leurs films d'incendiaires cocktails Molotov lancés sur des dérives et autres abus de pouvoir.

Mais surtout, même si c'est toutes proportions gardées, Diaz n'est pas si éloigné que ça de Salo quand il décrit une forme contemporaine de totalitarisme s'attaquant aux principes de la démocraties - les humiliations mise en place à la caserne de Bolzaneto - manifestants obligés de chanter des hymnes fascistes, arrachage de piercing génital, mise à nu forcée de garçons et filles- ne peuvent que faire écho au monument signé Pasolini.

Avec une couche de nausée supplémentaire lorsque l'on pensait que ce cauchemar là était derrière nous, faisait partie du passé. Diaz rappelle à quel point, il est nécessaire aujourd'hui d'être vigilant, combien l'édifice social du XXIe siècle est fragile, peut facilement s'écrouler et à ramener à une terrible case départ.

En salles le 5 juin

 

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