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Le Dernier Des Damnés de Gerald Locklin

"L'un des grands talents méconnus de notre temps...Gerald Locklin me botte. Ce qu'il écrit me botte." C. Bukowski

Le Dernier Des Damnés de Gerald Locklin

Gerald Locklin n'est pas véritablement connu en France. Né en 1941, Gerald Locklin est pourtant une légende de la scène littéraire californienne, un professeur d'université adulé, un "people's writer", un essayiste et plus certainement encore, un de ces rares poètes qui conjuguent humour, satire sociale et simplicité.

Le recueil Le Dernier des Damnés publié en français chez 13ème note, rassemble des textes de quatre différents ouvrages parus entre 96 et 2003, et vous offre, en trois parties, un petit tour du propriétaire.

Entre Bukowski, le solitaire qui ne déteste pas les gens mais semble mieux se porter quand ils ne sont pas là, et Gerald Locklin, l'académique, c’est une amitié littéraire solide. 20 ans de correspondances, 20 ans de bouteilles et de vers qui s’entrechoquent dans un tintement qui se suffit à lui-même. C'est d'ailleurs Locklin qui signe la préface de l'inédit Shakespeare n'a jamais fait ça... Ils partagent, outre un amour du comptoir et de ce qu'on y boit, une passion du mot écrit, de la pensée qui refuse à se borner d'une quelconque manière.

Le recueil Le Dernier des Damnés, consacre une de ses trois parties à cette relation. Bukowski: On gagne à tous les coups, alterne anecdotes, extraits de lettres, nouvelles, analyses de sa poésie, et poésie sur sa poésie aussi…

 

Cette amitié, prestigieuse et peu commune, classe de prime abord Locklin dans une littérature de pilier de comptoir trashi-underground, à laquelle Bukowski lui-même n'appartient pas vraiment. Leurs écritures peuvent se dire, on en convient, typiquement américaines, faites  de phrases courtes et percutantes, d’argot, de scènes directement prises à la vie quotidienne, de dialogues laconiques qui, laissant l'essentiel se deviner, parviennent à tout dire.

Mais si Charles est bien plus "l'enfant de Dostoïevski et de Mahler" que de la Beat Generation, Gerald Locklin se range, quant à lui, du côté d'une forme de légèreté apparente, sa poésie narrative raille avec douceur et son rire désabusé n'exclut pas une tendresse latente.

 

Locklin offre en quelques lignes une nature humaine grimaçante, parfois tordue, déformée, distancée ou grossie, comme observée à travers le fond d'un verre. Si son tableau est moins évidemment tourmenté que celui de son illustre ainé, il n'en n'est pas moins incisif. Il y a chez Locklin une facétie de la médiocrité, un élargissement de la petitesse, il joue avec les ordres de grandeurs pour créer une étrangeté qui appelle parfois au ressenti fantastique. 

Le tristement banal à force d’être observé et souligné, s'autonomise, grossit, grandit, mute et devient une espèce à part, grotesque, inconnue et pourtant familière, qu’on contemple fasciné, un sourire incrédule aux lèvres, derrière les barreaux d’une cage de freak show. Mais ne jamais se croire complètement à l'abri, Locklin ne le permettrait pas.

Dans la partie plus narrative, Histoires de Californie du sud, la révolte contre le rampant animal de la norme existe, elle peut être parfois douce, anodine mais d’autant plus définitive et démesurée. C'est là la véritable arme de Locklin, un humour poétique redoutable qui s'affirme lorsque Bob MacGregor assureur un peu terne se prend d’affection pour une chemise de Hippie qu’un auto-stoppeur lui a donné. Il s accroche à cet intrus vestimentaire tant et si bien que se réveillent les bêtises et les hypocrisies qui l'entourent. Cette fameuse chemise brodée, devient un talisman, sa plume de Dumbo permettant un envol pour un meilleur retour. Après tout une des nouvelles s'intitule "Le retour de la chemise Hippie."

 Le Dernier des Damnés est une porte ouverte sur un univers littéraire qu'on ne voudra plus refermer.

Le Dernier des Damnés, 13ème Note, 22,90€, disponible depuis le 22 mai 2013

 

 

 

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