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Musique

Une Sud-Africaine à Paris

Nicky B, dj de Kaya FM, sème le groove ce soir à la Bellevilloise et dimanche sur Nova ! Interview.

Une Sud-Africaine à Paris

Nicky Blumenfeld, aka Nicky B. est une dj, artiste et animatrice de radio sud-africaine… A l’occasion de la saison croisée France-Afrique du Sud 2013, elle participe à une série d’afromix entre Johannesburg et Paris. Elle co-présentera notamment une série de magazines musicaux en compagnie de Bintou Simporé et l'équipe de Nova. Ces émissions seront diffusées de part et d’autre de l’Equateur : à Paris dans l’émission Néo Géo de Radio Nova et à Johannesburg dans le World Show de Nicky B. 

Nicky sera également en dj set vendredi soir au Festival “L’Afrique dans tous les sens”. Et dimanche dans Néo Géo !

 

Bonjour Nicky, pourriez-vous vous présenter succinctement ?

C’est drôle, c’est moi qui suis à votre place d’habitude.

Je suis sûr que vous serez parfaite dans ce nouveau rôle…

Reprenons, je m’appelle Nicky Blumenfeld, mais on me surnomme Nicky B à la radio. Je produis et j’anime une émission sur Kaya FM, radio sud-africaine. L’émission s’appelle “The World Show”. C’est un voyage musical hebdomadaire de 4 heures (le dimanche de 18h à 22h) qui brasse un public très large et des styles de musique divers et variés : de la musique underground au mainstream en passant par des archives inédites et des pépites du monde entier. L’audience est plutôt bonne. Mes auditeurs sont majoritairement jeunes, mais j’ai globalement un public hétéroclite.

Vous exercez d’autres activités ?

Oui, j’écris sur la musique dans des revues. Je donne aussi des cours d’art. J’ai fait les Beaux Arts à l’université, c’est pour ça que je l’enseigne désormais. J’ai surtout tendance à me rapprocher de la radio, des communautés radiophoniques, à faire des workshops, mettre en place des programmes d’études… etc.

Je suis aussi DJ, MC… Et puis je suis mère !

Peut-être le boulot le plus compliqué ?

Sans aucun doute (Rires)

Comment est née Kaya FM ?

Kaya FM est née en 1997. C’est la première radio indépendante détenue par des Noirs. Elle n’a aucun rapport avec l’Etat ; elle est totalement indépendante.

1997, c’est quand même 6 ans après l’abolition de l’Apartheid. Pourquoi a-t-il fallu attendre tout ce temps pour mettre Kaya en place ?

La fin officielle de l’Apartheid date de 91, mais l’Afrique du Sud n’est réellement devenue démocratique qu’en 94 (premières élections multiraciales dans le pays). Au final, ça ne fait plus que 3 ans. Comptez, en plus de ça, le temps de mettre en place des appels d’offre pour distribuer les fréquences et de promulguer de nouvelles lois relatives à la radiodiffusion. Le compte est bon !

Pendant l’Apartheid, la SABC (South African Broadcasting Corporation, compagnie nationale de radio et de télévison) avait le monopole du secteur. Elle était très stricte sur ce qui pouvait et ce qui ne pouvait pas être joué. Ca a bien pris 2 ans pour que Kaya obtienne sa fréquence. 

Au passage, Kaya signifie “home” (= maison, foyer) dans la plupart des langues sud-africaines, Zoulou, Xhosa, Sotho… L’idée d’appeler la radio Kaya est venue de quelques vétérans de la radio, des gens qui avaient travaillé pour la radio d’Etat pendant des années, et  qui rêvaient de lancer une radio indépendante qui célébrerait l’avènement de la Nouvelle Afrique du Sud.

 

Le trompettiste Hugh Masekela était de ceux-là ?

Ah, le grand Hugh Masekela ! Il avait une émission avec la chanteuse Sibongile Khumalo sur Kaya FM aux premières heures de la radio. Il jouait notamment de vieux morceaux, toujours d’une grande qualité. L’émission, cela dit, n’a dû durer qu’un an car ils étaient chacun engagés dans une carrière musicale. Difficile de faire les 2 à la fois.  Hugh était par ailleurs actionnaire de Kaya FM. 

Et vous, comment êtes-vous arrivée à la radio ?

J’ai commencé le World Show dès 1997. J’étais DJ et j’avais été recommandée pour le job. Ce qui est très bizarre, c’est que j’étais la seule à jouer de la musique africaine – alors que je suis blanche. Tous mes collègues noirs jouaient de la musique américaine, du R’n’B, de la soul… etc. C’est un peu paradoxal. Mais ça me paraissait évident de jouer de la musique africaine sur une radio… africaine. C’est vraiment la musique de chez moi !

Vous avez toujours vécu en Afrique du Sud ?

Non, je suis né là-bas. Mais j’ai vécu un certain temps aux Pays-Bas, aux Etats-Unis, en Angleterre et au Swaziland où j’ai enseigné et dirigé le département des arts d’une école internationale pendant quelques années. Puis je suis revenue en Afrique du Sud en 1990.

A ce moment-là j’ai commencé à faire du public art (= street art, art de rue), une forme d’expression qui me tenait à cœur depuis longtemps.

Il faut bien se rendre compte que l’art était réservé à une élite en Afrique du Sud jusqu’à la fin des années 80. Ce n’est qu’autour des années 86-87 que les Noirs ont obtenu le droit de fréquenter les galeries nationales. Et encore, ils devaient être accompagnés par des Blancs. C’est complètement fou !

A mon retour dans le pays je nourrissais le dessein de reprendre mes études, de faire un master, un doctorat…etc. Mais ça ne l’a pas fait. J’avais toujours été fasciné par les muralistes mexicains.

Comme Diego Rivera ?

Exactement ! J’adore la philosophie sous-tendue par ses œuvres murales : des œuvres publiques, exposées au regard de tout le monde. J’ai donc étudié ce type d’œuvres. Puis je suis passée à la pratique, en 1990, en collaborant au festival Arts Alive, un festival sud-africain qui existe encore. C’était assez génial car on pouvait peindre des murs devant un public sans risquer la prison, comme du temps de l’Apartheid.

Pendant 7 ans, j’ai sillonné le monde et réalisé près de 70 œuvres : des fresques, des sculptures publiques, des mosaïques…

 

Et la France dans tout ça ? Vous y avez déjà posé vos valises ?

J’ai pas mal de liens avec la France. Je venais régulièrement avant la naissance de mon enfant. Notamment du fait de mon amour pour la musique africaine… (Rires) En 1999, j’ai même été jury aux Kora Awards. Je représentais l’Afrique du Sud. Il y avait des jurys pour chaque région africaine, Est, Ouest, Nord, Sud. J’ai eu la chance de rencontrer des gens extraordinaires, des artistes vraiment talentueux, avec qui je suis toujours en contact d’ailleurs. Ça doit vous paraître bizarre que je fasse un tel distinguo entre musique africaine et musique sud-africaine. En Afrique du Sud, on parle de musique locale pour désigner nos artistes nationaux et de musique africaine pour désigner les autres artistes du continent. La musique africaine, c’est la musique qui vient d’en dehors de nos frontières.

Donc la musique que vous jouez sur Kaya…

Est panafricaine ! Pas seulement sud-africaine. Ni uniquement mainstream (grand public). Ça va du jazzman Hugh Masekela au prince de la house sud-africaine Black Coffee, de Salif Keita à Blundetto !

L’histoire de Kaya FM, comme du reste l’histoire récente de l’Afrique du Sud, est émaillée de changements subits, de transformations inattendues… Il a parfois été très dur de maintenir la radio à flots. Pas mal de directeurs d’antenne se sont succédé. Certains, très formels, étaient  obnubilés par des objectifs de rendement économique et faisaient tendre la radio vers un format très consensuel. Kaya a ainsi pu ressembler à n’importe quelle radio, passant en boucle des tubes américains.

Mais depuis 3 ans, on a un très bon patron. Comprenez, pendant des années, j’ai eu un mal fou à passer mes sons, même s’ils avaient vraiment besoin de moi. En effet, la radio a des quotas de musique africaine à respecter. Je les remplissais presque à moi toute seule ! Désormais, j’ai vraiment l’impression qu’on invente de nouvelles manières de faire de la radio et j’en suis ravie ! 

On a abordé le côté artistique. Qu’en est-il du de l’aspect économique ?

Kaya se porte très bien ! Elle ne s’est jamais aussi bien portée, à vrai dire. En pratique, elle est classée dans la catégorie “Adult Contemporary”, et vise un public de 28 ans et +. Mais l’audience augmente constamment chez les moins de 30 ans, notamment dans mon émission. Plus globalement, l’audience des radios augmente dans tout le pays chez les moins de 30 ans.

Un dernier mot, vous connaissez évidemment Sixto Rodriguez. En France, le grand public l’a découvert il y a 6 mois, à l’occasion de la sortie de Searching for Sugar Man, le documentaire de Malik Bendjelloul. Comment voyez-vous ce succès mondial d’Afrique du Sud, où tout le monde le connaît depuis 1974 ?

C’est vraiment génial cette renaissance à l’échelle mondiale. Le documentaire a même été primé aux Oscars. Apparemment, il n’arrête pas de tourner en Europe et aux Etats-Unis en ce moment. J’ai toujours mon vinyle de Rodriguez qui date des années 70. Tout le monde le connaissait, chantait ses morceaux à tue-tête… C’est vraiment un être fantastique, un superbe compositeur…etc.

Parlons, pour finir, de votre collaboration avec Bintou Simporé de Néo Géo…

Ça fait longtemps qu’on prévoit de travailler ensemble. On aurait dû le faire l’année dernière, mais on n’a finalement pas pu.

Mais cette année, ça va le faire. On va travailler ensemble durant les 4 prochaines semaines. On apparaîtra chacune dans l’émission de l’autre. Elle va passer des musiques que j’ai ramenées dans Néo Géo, et moi je ferai mon émission d’ici dimanche, dans laquelle elle va intervenir. 

Je fais aussi un dj set vendredi 24 mai au festival l’Afrique dans tous les Sens et je vais revenir en Afrique du Sud avec une tonne d'interviews et de disques !

Merci à Radio Nova, à l'Institut Français et au National Arts Council d'Afrique du Sud d'avoir favorisé une telle collaboration !  

 

 

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