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Gonzo

Keith Haring, une rétrospective politique

Excursion imagée au coeur des deux expositions parisiennes consacrées à l'artiste

Keith Haring, une rétrospective politique

Jeudi 18 avril, 17h devant le MAM (Musée d’Art Moderne de la ville de Paris). Je retrouve ma chaperonne d’expositions préférée. Un heureux concours de circonstances fait qu’elle nous a dégoté 2 places pour le vernissage de The Political Line (la ligne politique), rétrospective consacrée à l’artiste Keith Harring.

A l’entrée, une file d’attente grêle et bigarrée, internationale et endimanchée. Déliées, les langues fusent de toutes parts. De l’italien par ci, de l’espagnol par là, quelques notes d’anglais US couvertes à intervalles réguliers par le rire tonitruant d’un germanophone en goguette – oui c’est possible ! Des Asiatiques se partagent les quelques décibels restants. Une cacophonie feutrée et mondialisée !

On évite la queue, la devançons même, grâce au fameux concours de circonstances, Ombline de son précieux prénom, responsable de la com’ du musée. Accueillis à bras ouverts, on ne tarde pas à rallier l’entrée de l’expo elle-même. Pause introductive devant la bio de Keith et coup d’œil sur l’organisation thématique de la rétrospective.

Une vie engagée

Les 2 encarts se répondent : aux grandes étapes de la vie fulgurante de Keith (mort à 31 ans) correspondent une série d’engagements, prises de position et combats publics.

Aux premiers rangs desquels, ses luttes contre le capitalisme, le colonialisme, l’Eglise, les médias de masse, la société de consommation (problématique, nous y reviendrons), la propagation du Sida (dont il mourût lui-même), le racisme, l’Apartheid, l’homophobie, les dangers de l’atome… Bref, à peu près tous les “maux” de l’Amérique des années 80.  

 

Mythologies canines et herméneutique de l’Etat policier

On entre pour de bon cette fois. Quantité d’œuvres jonchent les murs de la première salle. Des story boards surtout, 5 ou 6 cases par planche, tracé minimaliste et motifs récurrents : chiens, personnages, verges, ventres troués, gorgones… L’occasion de se rappeler que Keith Haring est d’abord un dessinateur – héraut génial de cet art modeste où l’expressivité se fait incisive, percutante, immédiate. 

Ici, un chien attaque un homme à terre ; là, il traverse son ventre béant, troué. Le chien est un motif récurrent dans l’œuvre de l’artiste. On se gardera bien de sur/més-interpréter les œuvres de Haring, comme nous y invite l’incipit muséal ; mais quand même, comment ne pas voir dans ces canidés énervés, l’image d’un Etat policier, malade et autoritaire ? Le chien pour le maître, la métonymie fonctionne.

A côté de ses planches moyen format, de grandes toiles et déjà un style aisément reconnaissable. Un trait unique, continue, linéaire et des formes géométriques aléatoires. Quelques coulures apparentes… sans doute un héritage de Pollock. Le tout pour un rendu labyrinthique appliqué d’une seule traite, sans pause ni levé de pinceau. Du moins en surface ; à l’arrière plan d’autres labyrinthes jouxtent les premiers.

 

Chose frappante : toutes les toiles, bâches et sculptures de Haring tendent à la saturation : saturation des couleurs, des formes, des motifs… Tout se passe comme si l’artiste voulait remplir intégralement les surfaces qu’il a sous le nez. Un peu comme un enfant gribouillant une feuille de papier jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un seul blanc. Phobie du vide ou réminiscence des diktats plastiques de sa prime jeunesse ?

 

Caricatures et consommation

Suite de l’expo : des toiles grands formats, encore et toujours, mais pas seulement. Des bâches aussi, un paravent taggué, des photos “historiques” de fresques géantes : dans une rue à NYC, sur le mur de Berlin, à l’Hôpital Necker, sur un dirigeable… ! Par endroits, ce melting pot de formes aléatoires révèle des objets du quotidien : ordinateurs, téléphones, tiroirs-caisses… etc, autant de nouvelles idoles pour la société du spectacle (cf. Guy Debord) ou de symboles du « Cycle morbide de la consommation » ; tout juste bons à être vomis par une truie capitaliste…

Haring est également adepte des reprises, pastiches, caricatures : ici une tête de David (Michel-Ange) pimpée en fluo, là un sarcophage de Toutânkhamon taggué. L’artiste ne manque pas non plus de régler ses comptes avec ses anciens amis. Warhol se retrouve grimé en Mickey Mouse : Andy Mouse ou l’ambivalence du pop art – qui dénonce la pub, la consommation à outrance, la surexposition aux images… tout en en copiant les codes. Ce faisant, Keith Haring lui-même reproduit les techniques du maître et tombe sous le coup de sa propre critique.

Sans compter qu'il créera des Pop Shops à New York (1986) et Tokyo (1988) pour vendre ses produits griffés... On a connu plus féroce comme critique du capitalisme et de la société de consommation...

 

Parenthèse (dés)enchantée : au détour de la visite je croise mon prof’ de français de 4e, un ancien à l’allure “quelque peu négligée” (c’est de lui que me vient ce goût prononcé pour l’euphémisme…). Au moment d’aller le saluer, quelques souvenirs me reviennent. C’est bien lui qui, 13 ans auparavant, balançait des sentences mémorables du genre :

« Mes petits chéris, sachez qu’il n’y a que 2 choses dans la vie : le sexe et la mort. » Pas la peine de citer Freud, on connaissait pas. Et ce genre d’énoncé suffisait amplement à susciter notre hilare curiosité. Et lui d’enchaîner :

« La seule différence entre la femme et l’homme, celle qui entérine pour de bon la supériorité de la première, c’est le caractère ostentatoire du désir du second ». A voir toutes ces verges turgescentes dessinées autour de moi, je commence à comprendre pourquoi il est venu à l’expo.

« Tintin est raciste » Oh mon Dieu ! Tintin vraiment ? Le journaliste qui part éduquer des “nègres” au Congo ? Sapristi, comme dirait Haddock.  

Bref échange de politesses… je l’ai moins marqué que lui ne l’a fait… Tout juste se rappelle-t-il que j’étais un mini cancre doublé d’un gros flemmard. Passons.

Un artiste dans le métro

Cette rencontre aura au moins eu le mérite de susciter un parallèle éclairant pour comprendre la démarche de Haring : à l’instar d’un professeur qui s’adresse à chacun de ses élèves, Haring souhaitait toucher le plus grand nombre, individuellement. Moins militant qu’éloquent, l’artiste visait « l’adresse universelle » ; il avait le souci de s’adresser à chacun en sa singularité et sans distinction de classes, genres, âges…etc. Ainsi se comprennent les « Subway Drawings », ses dessins rapidement esquissés à la craie sur les tableaux noirs (en attente de pub) du métro new-yorkais. Par là même, il occupe l’espace public, l’investit, le mobilise pour éveiller les consciences.

 

L’expo s’achève sur une série de peintures et de sculptures relativement macabres. Les thèmes de la mort, du sida et des accidents atomiques y sont prégnants, la surenchère de couleurs criardes assurant le contraste entre le fond et la forme. Rappelons, à propos du nucléaire, que le souvenir du désastre de Three Mile Island (1979) reste dans toutes les têtes à cette époque. 

Au 104

Quelques jours plus tard, c’est au 104 qu’on renoue avec l’esprit chérubin et transgressif de Haring. De majestueuses statues – bien 7 ou 8 mètres de haut – sont exposées sous une verrière ouverte sur les côtés. D’un côté, 2 personnages s’enlacent langoureusement (« Roi et Reine » : rendu minimaliste et rhétorique peu ou prou primitiviste) ; de l’autre, un coup de boule qui laisserait Materazzi rêveur : l’agresseur (en jaune) passant au travers du ventre troué de l’agressé (en blanc)… 

 

Dans une salle au fond du centre culturel, un grand quintyptique (5 panneaux), initialement déployé dans un club de San Francisco. C’est kitsch, mais pas autant que la salle des Dix commandements : 10 toiles géantes “censées” illustrées les saintes paroles du Décalogue. Même si certaines sont évidentes, on peine encore à trouver toutes les équivalences…

 

Rétrospective Keith Haring, The Political Line au MAM et au 104, jusqu'au 18 août 2013.

 

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1 commentaires

Il y a un bon complément à l'expo sur le net, un nouveau film signé Maripol, son amie, une photographe
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