ON AIR
Samedi 1 Octobre 2016
En attendant...
En + grand
Gonzo

J'y étais : Festival Cinémas d'Afrique

A Angers, un savoureux mélange de fictions bien barrées, de courts engagés et des docus divers et variés

J'y étais : Festival Cinémas d'Afrique

Toi aussi, ce qu’Hollywood te montre de l’Afrique te fait doucement rigoler ?

Beaucoup de  productions semblent uniquement destinées au marché international avec une vision toute particulière de l’Afrique.  Blood diamond, Mon nom est Totsi, Invictus… autant de films  qui, à force d’anticiper  les attentes d’un public occidental, renforcent les clichés. L’objectif primordial étant la rentabilité, on n’hésite pas à en faire des tonnes pour nous faire pleurer en musique sur le sort du ghetto. Si on peut saluer la visée pédagogique de ce genre de films, il serait cependant dommage d’en rester là. Pour mieux appréhender les réalités d’un pays, quoi de mieux que de voir des productions locales réalisées par des locaux ?

Direction la région angevine au festival Cinémas et Cultures d’Afrique, qui s’emploie depuis 28 ans à faire connaitre des productions africaines sélectionnées à la source au FESPACO (Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou) et aux journées cinématographiques de Carthage.

Au programme : des fictions bien barrées, des courts engagés et des docus divers et variés. 

L’occasion de réviser son histoire-géo.

A notre arrivée, l’association nous prévient de quelques problèmes de visas cette année. Ouf, le réal’ Sénégalais Ousmane William M’Baye est présent pour parler de son documentaire  politique. Je lui propose une bière et une interview. Combo accepté !

Président Dia revient sur la journée du 17 décembre 1962 où Mamadou Dia, président du Conseil de gouvernement du Sénégal, est arrêté puis condamné à perpétuité par son ami de toujours, Léopold Sédar Senghor. Il sera emprisonné avec quatre de ses ministres.

Cinquante ans plus tard, tandis que la campagne présidentielle agite le pays autour des valeurs de la démocratie, témoins et acteurs des évènements de 1962 prennent la parole. Les images d’archives se succèdent pour raconter un élément fondateur de l’histoire politique du Sénégal.

L’histoire est racontée à partir de sa propre saga familiale. Il avait 10 ans au moment des faits et a observé le divorce entre ses deux oncles : Joseph M’Baye, ministre de l’économie rurale et proche de Dia, et Jean Alfred Diallo, senghoriste convaincu.

Le but de son docu ? Redonner la parole à Mamadou Dia, faire témoigner des gens présents à l’époque, et surtout revisiter l’histoire pour éclairer le présent, le non-développement du Sénégal.

Nous, les Français, on découvre l’existence de Dia, complètement occulté par Léopold Sédar Senghor, père de la négritude dont on lisait les poèmes à l’école. Au Sénégal il a également été gommé, m’informe Ousmane William M’Baye.

Au début des années 1960, Dia – présenté comme un homme très intègre – rentre en politique sur les conseils de Senghor ; il va s’employer à mettre en place un plan de développement économique et social pour préparer l’indépendance économique de son pays (Senghor et De Gaulle viennent de mettre en place la Communauté franco-sénégalaise). Son but est de libérer le monde rural de son assujettissement à l’administration coloniale. Mais ce faisant, il va à l’encontre des intérêts de la France et du clergé local corrompu. Senghor et ses députés vont alors s’employer à écarter Dia en le poussant à la faute constitutionnelle.

« Dia croyait au développement du Sénégal et a fortiori en celui de l’Afrique », nous dit le réalisateur. 

Le film s’ouvre et se ferme sur les élections 2012 à Dakar avec le peuple qui veille sur la démocratie.

« Aujourd’hui en 2013, on paye la vitrine qu’on a eu de 60 à 80. En 2013 le Sénégal devrait être un pays émergent , on a encore des problèmes  d’électricité, d’énergie, de marchands ambulants, on ne peut pas se soigner…  tout ça on ne peut pas le pardonner à Senghor ».

On en vient à la fédération du Mali. En 1961, le Sénégal cherche à mettre ses ressources en commun avec l’ex-Soudan français. Elle ne durera que quelques mois car personne ne veut de Senghor à sa tête (un Senghor plus français que Sénégalais, selon Dia), et l’unité ne sert pas les intérêts coloniaux de la France.

«  Nos pays sont trop petits et balkanisés, la Gambie à l’intérieur du Sénégal c’est une aberration ; il nous faut de grands ensembles » dit Ousmane William M’Baye qui en fait une problématique toujours actuelle.

Je l’interroge sur la possibilité du bicéphalisme (président de la République / président du Conseil) juste après la période mouvementée des indépendances en 1960. On ne peut pas mettre deux coqs dans le même poulailler. «  Il ne faut pas mettre deux crocodiles dans une même mare » me corrige-t-il en rigolant. C’est vrai. « Le bicéphalisme à égalité ne peut pas marcher, mais on aurait pu mieux tester le régime parlementaire ». « Senghor n’était rien sans Dia … juste après la crise Senghor a imposé un régime présidentiel fort ».

Aujourd’hui au Sénégal, pourquoi ne pas essayer le régime parlementaire plutôt que les régimes présidentiels forts qui  finissent une fois sur deux en dictature ?

« Il n’y a pas assez d’argent pour faire des films politiques tous les ans, me confirme-t-il. Mais le jour où on fera l’histoire politique sénégalaise, on va se rendre compte que Senghor a fait beaucoup de mal au niveau économique. »

A ma question sur le cinéma comme acte militant, il me répond que témoigner est déjà beaucoup pour un film, car cela peut aider des populations qui se sentent lésées.  «  Le cinéma doit apporter quelque chose, pas seulement un divertissement. »

Ousmane Sembène dont il fut l’assistant en 1976 l’a inspiré. « En Afrique, 90% de la population ne parle pas français, il fallait pour moi être non pas journaliste ou romancier, mais plutôt cinéaste ou homme de théâtre, le cinéma était un excellent médium pour s’adresser aux Sénégalais ».

On passe en revue les revendications actuelles, les posts Facebook très critiques des jeunes sur le 53e anniversaire de l’indépendance du Sénégal. Il se félicite de ce regain d’intérêt des jeunes pour la chose politique. «  Le collectif Y en a marre  et ses satellites s’assument et sont concernés, se réjouit-il. Ils ont été régulateurs des élections en 2012. Ils ont forcé l’Etat à ne pas tomber dans la violence ». «  Je suis pour la diversité, pour la démocratie, je combats le parti unique », résume t-il.

« Je reste optimiste quant à l’indépendance économique et politique de l’Afrique, ça demande une grande organisation, il faut des gens patriotes mais un être humain n’étant qu’un être humain, il faut commencer par limiter le cumul des mandats. » La corruption vient avec le temps. « Le pouvoir est tellement moelleux et sucré… » Je ne peux que valider.

Le temps passe trop vite. Les organisateurs du festival l’appellent pour les rencontres publiques.

Et la production de films au Sénégal, vous avez eu 11 prix cette année au FESPACO !? Dont l’étalon de Yennenga pour Tey (Aujourd’hui) d’Alain Gomis et celui de bronze pour La pirogue de Moussa Touré.

Il sourit. « Oui, c’est un travail de réalisateurs et producteurs indépendants car l’Etat s’était désengagé de la production et de la politique cinématographique en général » (depuis 2004 sous Wade, ils attendaient une législation qui n’est jamais venue).

Il me raconte que Macky Sall (le président actuel du Sénégal) a reçu les lauréats et a promis d’injecter 1 milliard de Francs CFA dans le budget de l’Etat pour la production de films Sénégalais. «  Un encouragement pour nous ».

« Le cinéma africain est en train d’élargir son univers avec des films de plus en plus différents tant au niveau de l’esthétique que des cibles visées » conclue-t-il.

Cette fois il doit vraiment y aller. Il n’a pas touché à sa bière et m’offre la mienne. Combo gagnant !

 

Prochain arrêt : Nairobi. Le film s’appelle Capitaine Nakara. L’histoire  de Muntu, un jeune homme simple qui, pour épouser la femme dont il vient de tomber amoureux, va devoir affronter les affres de la bureaucratie et l’immobilisme des fonctionnaires d’Etat.

Un subtil mélange entre comédie romantique à l’américaine et satire politique qui fait état de la corruption au Kenya. A l’arrivée, un film super kitch ! Et doublé en français… Du coup je consacre une bonne partie de mon temps à retrouver à qui appartient la voix française.

RDV avec Bob Nyanja le réal’, un verre de thé à la main. S’ensuit une conversation en anglais où l’on se comprend juste ce qu’il faut. On complète avec des gestes.

Il me parle du personnage de Muntu, un naïf optimiste qui croit encore que tout est possible. « C’est facile d’être cynique aujourd’hui, je suis un peu comme mon personnage, un éternel optimiste ».  Il est très content de la version française.

C’est sa première fois à Angers, il y a une super ambiance entre les réalisateurs pour qui, en général, c’est l’occasion de décrocher un premier prix.

« Your movie is very fresh ». Il rigole beaucoup et fait des blagues. C’est vrai qu’il est sympa, comme son personnage.

L’industrie du film au Kenya est très jeune. « Depuis 7 ans seulement on commence à voir nos propres films, pas seulement financés par des ONG ». « Elle commence à se développer ; pour l’instant nous produisons deux à trois films par an, mais je sens une demande, le monde veut voir plus de films kenyans ». Est-ce qu’il est intéressé par le documentaire ? « Bien sûr, j’adore ce genre, je le pratique ; mais je ne peux pas vivre de ça. Je réalise des pubs pour le savon ». Allez, un peu de name dropping ?! « Ariel, d’ailleurs vous connaissez bien les Français ».

Après on parle de sa vie au quotidien, de son parcours universitaire avec une école de cinéma aux Etats-Unis, puis un retour au pays en 1997.

Il finit par prendre congé, c’est la fin du festival et il a un vol dans quelques heures. 

 

Entre temps j’enchaîne avec une fiction Sud-Africaine sur l’Apartheid  (Au-delà des lignes ennemies de K. Lentswe Serote), et un documentaire d’une cinéaste Togolaise (Le rite, la folle et moi) qui raconte à travers son histoire de famille le rituel d’initiation pour les jeunes filles en pays kabié.

Le lendemain c’est un court qui retient mon attention : Quand ils dorment. Sa réalisatrice est marocaine et s’appelle Maryam Touzani, hélas absente du festival. C’est l’histoire de Sara, huit ans, très liée à son grand-père. Lorsqu’il meurt subitement, on lui interdit ainsi qu’à sa mère de le veiller. Déterminée, elle parvient néanmoins à passer un dernier moment avec lui.

Un court qui revient sur les coutumes et la tradition qui empêche les femmes d’assister aux veillées funéraires.

Je discute avec l’actrice Fatima Ezzarah El Jahouari, très encline à la promo. « C’était important pour moi de travailler avec une réalisatrice. Notre rencontre a été une évidence. C’est une femme très intelligente digne, pudique, avec beaucoup de retenue ».

Le court révèle selon elle le poids du regard des autres et de la société, « un regard tellement important qu’il conditionne, chez nous les Méditerranéens, le regard qu’on pose sur nous-même. »

Son propos est illustré avec finesse dans le court qui s’ouvre sur la relation très forte entre la petite fille et son grand père. Ce sera finalement les voisins qui vont rapporter la tradition à l’intérieur de la maison.

Fatima nous parle des femmes marocaines, de leur montée des marches à Cannes l’année dernière, de Nabil Ayouch, producteur du film, également  réalisateur des Voisins de Dieu,  présenté dans la section “Un certain regard” à Cannes l’année dernière également. Elle se félicite de la production abondante de films dans son pays.

C’est en toute innocence, pas encore  définie par un statut social que la petite fille va vivre son deuil en dormant à coté de ce corps inerte qui est toujours son grand père.

Un jus de bissap plus tard, une bénévole du festival  m’informe que le jury des détenus de la maison d’arrêt d’Angers (toute la ville est mise à contribution) a fabriqué le trophée du court-métrage cette année.

Je file au centre des congrès où se déroule la cérémonie de clôture du festival et le concert du musicien-percussionniste burkinabé Dembélé Zoumbaza...

 

C’est l’heure du bilan, calmement : grosse admiration pour la vitalité de ce jeune cinéma africain. L’occasion aussi de me conforter qu’il faut aller au moins une fois au FESPACO. Prochaine étape à Cannes, qui fait elle aussi la part belle au cinéma africain, avec en compétition officielle La vie d’Adèle d’Abdelatif Kechiche et Gris-Gris du Tchadien Mahamat Saleh Haroun (Un homme qui crie).

 

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
Cinéma
Nova Vidéo Club @ Agen.
Vendredi 23 septembre 2016
Bienvenue à Nanardland... @ Florida, samedi 8 octobre.
Cinéma
Avant première : Sonita @ Bordeaux.
Vendredi 23 septembre 2016
Le Rap libère la Femme @ U.G.C. Bordeaux, le vendredi 7 octobre.
Arts
FAB : Dominoes @ Bordeaux.
Vendredi 16 septembre 2016
Performance XXL Super Fab @ St Médard en Jalles et Bordeaux, samedi 1er et dimanche 2 Octobre
14
Musique
Festival Poulpaphone #12 @ Boulogne sur mer
Vendredi 16 septembre 2016
Du 30 septembre au 1er octobre.
19
Cinéma
« Tout va bien », un film d'Alejandro Fernández Almendras
Mercredi 14 septembre 2016
A découvrir à partir du mercredi 21 septembre dans les salles obscures.
3
Musique
Maad in 93 @ Seine Saint-Denis
Mercredi 14 septembre 2016
6ème édition du festival du 16 septembre au 9 octobre 2016 dans 15 lieux du 93.
1
Musique
Festival Echo À Venir @ Bordeaux.
Mercredi 14 septembre 2016
D3, 3D & Underground Resistance @ Divers lieux du jeudi 22 au samedi 24 septembre.
Musique
Nightmares on Wax vous offre ses premières mixtapes
Vendredi 30 septembre 2016
Revivez les 80s et les 90s de ce DJ unique.
Musique
Le jour où ils ont voulu assassiner le disco
Mercredi 28 septembre 2016
Documentaire : le 12 juillet 1979 a eu lieu la Disco Demolition Night.
Musique
Pourquoi l'été 2016 a vu le dancehall envahir Rap et R'n'B ?
Mercredi 21 septembre 2016
Et comment Toronto a défini cette tendance.
Livres
Homicide, cosplayers et mastodonte : la sélection BD de la rentrée
Mercredi 21 septembre 2016
David Blot vous guide dans sa bibliothèque bédéphile.
Musique
Revivez tous les Nova Soundclash
Mardi 20 septembre 2016
Depuis cet été, on vous affronte et vous êtes très forts.
Société
Nos conseils pour déconnecter
Lundi 19 septembre 2016
#Unplug : et si vous débranchiez un petit peu ?
Société
Quand les objets nous aident à déconnecter
Lundi 12 septembre 2016
#Unplug : et si vous débranchiez un petit peu ?
Gonzo
Le Dub Camp : festival du dub par excellence
Mercredi 20 juillet 2016
Mais aussi du sound system et sa culture. On vous raconte.
Gonzo
On y était : les 3 éléphants, festival gracieux, c'est promis !
Lundi 30 mai 2016
Ce week-end, la ville de Laval recevait le festival de musique Les 3 éléphants pour trois jours de concerts.
1
Gonzo
C'était la course de désorientation du 12 décembre
Mercredi 13 janvier 2016
Retour sur les étapes du marathon nocturne offert à deux auditeurs de Radio Nova.
Gonzo
Svrf Pvnk Invitational 2015 @ Somewhere dans les Landes....
Vendredi 02 octobre 2015
Beach Party et Wipe Out A Go Go @ Seignosse, vendredi 2 et samedi 3 octobre
Gonzo
J’ai survécu à l’Outlook Festival !
Jeudi 17 septembre 2015
6 jours d’immersion dans le plus british des festivals croates.
Gonzo
On y était : Roskilde Festival, le petit Burning Man du Nord
Mardi 07 juillet 2015
4 jours au sein du plus grand festival de Scandinavie
Gonzo
Stambeli au théâtre de poche du kef tunisie
Vendredi 29 mai 2015
La Voix est Libre - Le Chantier en Tunisie