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Un petit break(bot) en Martinique

Le festival Martizik : son dancehall, son électro, ses cocktails et ses fesses rebondies

Un petit break(bot) en Martinique

Ami parisien, citadin, déprimé cyclique attendant depuis plus de quatre mois le rayon de soleil salvateur, je vais te mettre un peu les boulasses. MAIS, aussi, te filer un maxi plan pour ton hiver prochain (si tu as tenu jusques là).

Ça commence un jour morose, pire que les autres, où tu zones sur Lastminute.com. Une semaine plus tard, te voilà dans la salle d’embarquement de Roissy. Il faudrait plus souvent savoir honorer une envie obsédante, surtout quand elle devient besoin quasi-vital et même quand il s’agit d’aller se dorer la pilule au soleil.

28 minutes pour dégoter deux places à un événement sold out

H-30 minutes avant le décollage pour Fort-de-France, tu apprends l’existence d’un festival nommé Martizik. Tu as donc exactement 28 minutes pour dégoter deux places à un événement sold out depuis la veille.

Six échanges de mails et trois coups de téléphone plus tard, Nova te sauve la mise, en prenant soi de te rappeler ton penchant pour l’écriture et le bon son… Te voilà donc affublée d’une mission en échange de ce sésame : récolter un tas d’infos pour donner envie – ou pas – d’aller zouker serré à 8000 bornes de là.

Tu remercies Jp, Nadine et Adrien, et peux t’en aller baver sur l'oreiller Corsair 

Atterrissage : 30 degrés, ciel irréel, moustiquaire et autres petits détails créoles. Un verre de planteur plus tard, malgré les conseils avisés de l’Etat concernant ton espérance de vie, tu ne t’es jamais senti si vivant. 

1er jour

Nous voici donc samedi 6 avril à midi moins deux, devant l’entrée du festival, vêtus de maillots de bains minimalistes et munis d’une crème solaire indice 20, accessoires salutaires vu le cagnard.

Si tu es du genre ponctuel, tu arrives à midi devant les grilles – comme indiqué sur le mode d’emploi. Le mec de la sécu, twanquille, te rappelle un détail non sans importance :

« On est en Martinique hein »

Avant 13h, il se passera pas grand chose quoi. Tu notes le décalage horaire local pour les jours à venir.

 

Martizik a planté le décor sur la plage des Boucaniers, à la pointe Marin.

Pour te faire une idée, pense “cliché” : eau turquoise, soleil de plomb, cocotiers. Et des “zouz” par douzaines ! Névrosé des kilos en trop, passe ton chemin. A défaut, je te déconseille fortement d’y aller accompagné de ton complexe physique déprimant. Ici, qu’on ait 15 ou 50 ans, qu’on pèse 40 ou 90 kilos, on assume tout.

Ah, petit détail : jamais dans ta vie tu ne verras autant de postérieurs rebondis et aguicheurs.

Au fond de toi, tu vas te dire que le monde est injuste ; que cette fille, là devant toi, est une gazelle croisée avec une lionne et un 90D. Alors que de ton côté, c’est plutôt blanche fleur et cellulite.

Oublie aussi ta pudeur de métropolitain. Car ici, rien de plus normal que de croiser ce fessier taille 48 moulé dans un string orange et élégamment recouvert d’une mini jupe en filet de pêche.

Sinon, le dress code général c’est micro maillot fluo et poum poum short en jean déboutonné (incitation au déshabillage ou raccord haut/bas de maillot de bain ?).

Dans ta pochette étanche: la CB. A 4 euros le demi et 6 le verre de rosé, je t’assure qu’elle va fumer.

Bon, si tu es malin et que tu as le goût du risque, fabriques toi une fiole artisanale et discrète. On a bien aimé l’idée du tube de crème solaire par exemple. Ça y est, tu piges : Indice 20 = 20°…

Petit plaisir sacrilège : faire pipi dans la mer 

Jusqu’à 14 heures, les choses vont sagement, calmement. Ca te laisse le temps d’observer un peu le truc, avant que le combo champagne/coup de soleil ne signe le point de non-retour.

Les bombes métisses font trempette pendant qu’on claque nos économies dans une bouteille de Moët. Petit bonus, plaisir sacrilège de la vie : faire pipi dans mer.

Dj DeeNice s’installe sur scène, la première bonne claque du week-end. Il écope pourtant d’un créneau difficile : 14 heures, premiers arrivants, à peine sortis de la sieste il faut les chauffer à blanc. DeeNice assure un dj set très « parisien » (dans le bon sens du terme, oui, ça existe) : pointu et entraînant. C’est un plaisir de l’observer : timide et concentré, ce mec qui dodeline à peine de la tête te fait pourtant sacrément bouger des pieds.

Les G-O du festoche galèrent un peu pendant les transitions. Remercier Afflelou et le Crédit Agricole sur scène, y’a plus facile comme métier. Nous faire scander « Martiziiiiik !!! » tous en cœur n’est pas plus aisé.

 

Dj Oil succède à Deenice et assure complètement la transition. Le volume monte petit à petit et quelques audacieux commencent à se déhancher dans le sable. Electro toujours, en dominante pour le moment, avec quelques inserts disco et tropicaux au fur et à mesure. Quand il balance “Dare” de Gorillaz remixé par DFA, tu abandonnes serviette de plage et camarades, on te retrouvera sur le dancefloor.

Dj Weedim prend le relais, et là, ça ne rigole plus du tout. Pour moi, un peu poussif, mais le mec fait vibrer les filles (qu’est ce qui compte plus pour un mec ?). Gros gros hiphop et dancehall torride, Dj Weedim parle à ces dames depuis la scène « I want a pole daaaaance ». Hum, bon.

Là, tu vas comprendre un truc :

Ici, on ne danse pas avec ses jambes, ou avec ses bras. Tout se passe dans le “uc”. Une fille qui colle son derrière à ton sexe n’est pas une allumeuse, mais une danseuse. Elle bootyshake, et te remercie pour ta participation à la fin de la chanson. Même pas la peine d’essayer de récupérer son zéro six.

Tu t’interroges sur l’impact qu’aurait une telle libération corporelle en métropole. Ça serait pas mal quand même de pouvoir errer à demi-nu sans se sentir en danger de rut, non ? Tu remets soudain en cause tout un tas de trucs entérinés dans ta tronche depuis des générations, concernant le rapport au corps et à la sensualité, et te demandes combien coûte un appart’ à Fort de France.

 

A 21h03, on a l’impression qu’il est déjà 4 du mat. Pas la force d’attendre Mrs Dynamitee, tu files cuver dans la chaleur des nuits tropicales, après avoir franchi héroïquement le deuxième attroupement de l’île ce soir-là, beaucoup moins festif puisque composé de gendarmes sur le qui-vive.

 

2ème jour

 

Ici, la teuf, c’est de midi à 21 heures. Du coup, couché tôt, levé tôt, aidé par le soleil qui cogne dès 6 heures. Ton corps, qui retrouve des sensations primitives oubliées, s’adapte au rythme de la nature sans rechigner.

En revanche, la douleur dans ton crâne est aussi intense que quand tu rentres à 5h après avoir carburé au « traquenard » de l’Embuscade (si tu ne connais pas ce cocktail, cet endroit, c’est triste). Mais un jus de goyave plus tard, tu es à nouveau d’attaque. On prend vite le rythme, tu verras.

 

16h, tu passes les grilles, sans te presser cette fois. L’organisation fait rêver, tout en fluidité : un package à 800 euros vol / voiture / hôtel / festival, des files distinctes selon les billets d’entrée, des navettes pour rejoindre la plage, des toilettes écolo propres et nombreuses, des verres gentiment sur-remplis, des pompiers tout sourire. Mais encore : un coin ticket-boissons sans jamais trop de queue, un endroit pour manger des choses assez bonnes – brochettes de poulet, wrap de marlin fumé, glaces Häagen Dazs… Ca change de la merguez frites infâme façon fête de l’Huma. Et puis franchement, manger des “pralines & cream” sur la plage, keutru de ouf non ?

 

Installation au soleil, pendant que le duo Barthélémien officie sur la grande scène. La mayonnaise a du mal à prendre, trop de chaleur pour que ça monte ? Mais où se planque donc la foule ?

Tout s’explique quand tu trouves le courage de faire 50 mètres dans le sable brûlant pour rejoindre la petite scène : une vague ondulante de fessiers bronzés recouvre le sable de la pointe Marin au son d’un ragga dancehall enragé. Plus facile et dansante, la musique de ce côté semble faire l’unanimité.

Et le spectacle, pour les “métros” que nous sommes, vaut le détour. Tu retrouves sans surprise les strings fluo sur cul XXL en pleine démo surchauffée. Shakira peut aller se rhabiller.

DeeNice attend son tour, légèrement soucieux de la façon dont il va bien pouvoir enchaîner après ce set hystérique chauffé à blanc. Mais le principe du Martizik c’est le mélange des cultures, la diversité des sons et des influences ; il faut donc bien prendre le risque de bousculer un peu les habitudes auditives locales. Et tant pis si la piste se vide, et tant pis si le sort s’acharne sous la forme d’une violente averse, DeeNice garde le sourire et fait danser les irréductibles. Dont toi.

 

Côté grande scène, entre deux dj, la troupe antillo-bordelaise (des étudiants bordelais donc) Vagaband fait jumper le public à coups de percussions itinérantes, fanfare ambulante pour garder le tempo.

 

Manaré le flegmatique s’installe, casquette bien vissée sur le haut du crâne, pour un set pointu et bien ficelé. Peut-être un peu trop d’ailleurs. Tu as du mal à accrocher : le contexte se prête mal à ses subtilités sonores. Tu notes quand même le potentiel… pour plus tard…

Pour ne pas t’endormir et tenir jusqu’à l’arrivée du phénomène Breakbot, tu t’en retournes prendre quelques leçons de coupé-décalé.

Snob est pas forcément bon, voilà ce que tu avais retenue de tes nuits parisiennes avec Breakbot, alors tu l’attends au tournant.

Tu n’as rien vu venir et tombes amoureuse de son taf en moins de 10 minutes. Cher Breakbot, je m’excuse, t’es hyper chouette en fait, et doué, et tout quoi.

Le mec illustre exactement ce que revendique Martizik : un public mixte, bigarré, enchanté, déchaîné + du son varié et coloré (des tubes indétrônables, des classiques de la maison Ed Banger comme Justice ou Medhi, et du hip hop chaleureux) + un Irfan magnifique sur scène pour faire pleurer les petites.

Ca te rend ouf de réaliser que parfois, c’est aussi simple que « ça », qu’on n’est pas si loin d’être heureux.

Comme les choses sont bien faites, il n’y a rien à ajouter après ça, sauf un classique Kwaxicolor local. Retour aux sources avec ce groupe « péyi », refrains créoles repris en cœur par la foule convaincue.

Tu te demandes vraiment ce que tu foutais avant de prendre ce billet d’avion.

Certes, il te faudra faire l’effort d’abandonner amis, amants, chats et famille s’ils ne peuvent pas t’accompagner. Mais l’égoïsme fait foi en l’occurrence, parce qu’il « le vaut bien ». Quand tu reviens bronzée et de bonne humeur, valoche chargée de rhum passion pour les copains, on te pardonne cet écart.

22h30, tu souffles dans l’éthylo, bien à zéro cette fois-ci, et t’endors comme une masse en rêvant qu’Irfan te sert des punchs coco.

Putain, c’était bien !

Cuistot et globe-trotteuse, Elsa "M” à nous faire découvrir festivals irréels et entremets succulents. Consultez donc Accrocs, son blog culinaire.

 

 

 

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