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Le Repenti

Au nom du FIS, les enfants de l'Algérie continuent de souffrir. "Le Repenti", aujourd'hui en salles

Le Repenti

En 1977, Merzak Allouache racontait avec un certain sourire aux lèvres l'Algérie dans Omar Gatlato, son premier film. La vie de tous les jours à Alger et la poursuite du bonheur d'une bande de jeunes gars, entre le foot, le raï et les films de Bollywood. Ce n'était pas forcément la grande rigolade, mais un ton moqueur, un rien badin, pour explorer la société Algérienne et ses petits travers.

Trente-six ans plus tard, Allouache est surtout connu ici comme le réalisateur de Chouchou, l'étrange comédie travestie avec Gad Elmaleh. Mais c'est avant tout un cinéaste engagé, enragé par ce qui se passe dans son pays depuis la fin des années 80. L'après-octobre, Bab el Oued City ou Normal, témoignent de la difficulté pour la démocratie à trouver sa place en Algérie.

Là-bas, elle court, se planque comme l'homme que l'on voit au début du Repenti. Pourtant Rachid est de retour chez lui. C'est un "ta'ib", un bénéficiaire de la loi de concorde nationale mise en place par le gouvernement en 2000 : un membre du FIS désormais amnistié. Par le pouvoir, mais pas forcément par le peuple. Même s'il jure ne pas avoir tué, il symbolise pour beaucoup dans son village natal, ceux qui ont tué des proches. Même libre, Rachid reste prisonnier de ce qui s'est passé. Quand le patron d'un bar accepte de le faire bosser, il le loge à la cave. Comme s'il fallait littéralement enterrer ce qu'on ne veut plus voir. Un flic va vouloir qu'il serve d'indic, balance où sont cachés ses frères d'armes. Pour avoir les moyens de le fuir, Rachid va tenter de monnayer un terrible secret.
 

On pourra aussi prendre Le repenti, dans l'autre sens, celui des victimes de cette décénnie noire. En face de Rachid, il y a Lakhdar et Djamila, un couple de pharmaciens, séparés depuis que leur fille a été kidnappée par les Islamistes. Elle n'est jamais revenue. Le vrai rôle principal du film c'est elle, cette gamine absente qui relie ces trois personnages, les enserre dans la spirale du traumatisme collectif algérien suite à une loi décrétant une cohaitation entre proches des victimes et bourreaux, qu'il fallait gommer des mémoires les atrocités des années FIS.

En 2013, l'Algérie n'a pas pu mener à bien son printemps arabe. En partie à cause de l'amnésie imposée sur ces années 90. Parce qu'il est difficile de hausser la voix, quand tout n'a été que silence, que secret. Au-delà de la souffrance de ce couple qui a perdu son enfant, il y a celle d'une histoire étouffée. Même lorsque Djamila implore Rachid d'un "Raconte-moi", il n'est pas certain que le dialogue puisse avoir lieu. D'ailleurs chaque fois qu'une conversation s'ebauche dans Le repenti, elle s'interrompt, comme s'il ne pouvait plus y avoir d'explication, le pays ayant été sommé, par la loi, de faire table rase de cette période sombre.

Le repenti se passe alors essentiellement dans une voiture sur les routes des plateaux montagneux, mais est déjà beaucoup plus loin que ça, quasiment chez Ashgar Fahradi (découvert chez nous avec Une séparation). Allouache parvient comme son collègue Iranien à sonder, avec une exceptionnelle subtilité, les plaies profondes de son pays, à partir d'une histoire intime, installe sous des silences et des non-dits, la puissance destructrice de séïsmes, la force tellurique de frustrations.

Si le drame se noue lentement, c'est probablement pour être raccord avec la passivité de la société algérienne qui s'est laissée étouffer par le pouvoir, mais aussi avec cette colère qui monte, et aura très certainement des consquences lourdes quand elle explosera. Quand la population réclamera les têtes des responsables de ce passé qui la piège encore dans son présent.

On y est d'ailleurs peut-être déjà :  moins d'un an après la présentation du Repenti au festival de Cannes, le 17 mars dernier une foule se réunit à Constantine pour appeler à l'éxécution de deux algériens soupçonnés d'avoir enlevé et tué deux enfants. Les plaies que scrutent Le repenti sont loin d'être refermées. Avec Rachid c'est tout un pays qui court, tombe, essaie de se relever, mais pour quelle destination ? 

En salles le 10 avril

 

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