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Cinéma

The Act Of Killing

La réalité dépasse toujours la fiction. La preuve, avec un documentaire au concept fou, revenant sur les coulisses d'un génocide oublié

The Act Of Killing

Indonésie, septembre 1965. Suharto renverse Sokarno, prend le pouvoir. Son premier acte sera de se lancer dans un nettoyage ethnique du pays, pour le débarrasser des communistes, des intellectuels et de toute ethnie chinoise. Plus d'un million d'opposants politiques seront assassinés.

En 2005, Joshua Oppenheimer se rend dans le pays pour réaliser un documentaire sur ce qu'on peut raisonnablement appeler un génocide. Il découvre que les tueurs à la solde de l'état ont toujours pignon sur rue, protégés par une impunité qui en a fait des légendes. Notamment Anwar Congo, fondateur d'un parti paramilitaire qui compte dans ses rangs les leaders politiques en place.

Faute de pouvoir recueillir la parole de survivants ou de leurs descendants qui pourraient se retrouver en péril, Oppenheimer s'adresse directement a Congo et sa clique. Le courant passe au point qu'Anwar, à la base un revendeur de ticket de cinéma au marché noir, donc fou de cinéma américain, lui propose de filmer des reconstitutions de certains de leurs crimes, où lui et ses amis "reprendraient" leurs rôles de bourreaux.

Oppenheimer accepte et tourne durant six ans The act of killing, film fou sur une folie humaine, quelque part entre le travail de Rithy Panh (S21, sur le régime des Khmers Rouges) et celui d'Errol Morris (Standard Operating Procedure, sur les fameuses photos d'Abou Ghraïb).

 

Le résultat sidère en étant à la fois un témoignage sur des faits méconnus du monde occidental qu'un double parcours de résilience, celui d'un bourreau mais aussi celui du réalisateur qui a accepté des replonger avec eux dans la face la plus obscure de l'espèce humaine.

Oppenheimer raconte cette gènese particulière. "J'ai été pris malgré moi par ce trip. Et si à l'arrivée, je suis arrivé à en sortir à peu près indemne, alors oui, on peut parler de résilience. Nos souffrance psychologiques résultent généralement de l'impossibilité à ne pas regarder en face nos peurs. La peur est l'origine de tout, la refouler est le noeud, si on sait garder les yeux ouverts sur elle, la reconnaître, l'accepter, on peut s'en sortir. Je crois qu'Anwar essaie tout au long de The act of killing de fuir ses douleurs, les miasmes des cauchemars qui le visitent chaque nuit depuis longtemps au travers des reconstitutions de ses actes. Il m'a dit que  si je pouvais faire un beau film sur l'horreur du meurtre de masse, alors peut-être que ça le rendrait en paix avec lui-même. Mon intention n'a pourtant jamais été de guider Anwar vers une catharsis mais au contraire de le mettre face au régime d'impunité dont il a profité".

Si The act of killing a pu se faire c'est par la confiance qui s'est installée entre Congo et Oppenheimer. Peut-être à cause de sa nationalité américaine, un symbole fort quand on sait à quel point à l'époque des faits, le gouvernement américain avait, à coups de barbouzeries et d'aides, mis son doigt dans l'engrenage indonésien.

"Anwar et ses collègues travaillaient pour les USA, puisque le leader du groupe paramilitaire qui les employait était proche du consul américain, à qui il faisait des rapports sur l'avancée de ces meurtres. Anwar ne pouvait voir les américains que comme ses alliés, parce qu'ils soutenaient cette cause. Il est très probable que ça l'ai aidé à m'accepter. Mais le point le plus important est que j'ai fait ce film à partir de témoignages de survivants, qui m'ont tous dit, il faut que ce travail soit fait et il ne peut pas l'être par un indonésien, il faut le faire en notre nom et qu'il ne soit pas tant fait pour exposer la situation au monde extérieur mais à l'Indonésie. Que je sois un étranger a évidemment facilité cette tâche".

 

 

Autre allié de poids d'Oppenheimer, l'intemporelle fascination qu'à toujours exercé le cinéma sur les dictateurs et leaders de régime fascistes. "Le cinéma promet en creux, une apothéose, une élévation, une rédemption, mais elle est corrompue parce que faisant appel à la vanité des spectateurs. C'est une sorte de rêve collectif: nous partageons tous l'envie de devenir puissant, héroïque, riche ou célèbre. Il n' y a donc rien d'illogique à ce que certains leaders politiques soit fascinés par un spectacle qui leur renvoie une image de héros charismatique. Le cinéma est à la fois un outil pour les régimes dictatoriaux et une source d'inspiration. Le chef de la junte paramilitaire en exercice a voulu à tout prix participer à The act of killing, parce qu'il était convaincu que ses séquences seraient à sa gloire. Lorsque je lui demande ce qui lui arriverait si jamais il passait en procès à La Haye, il me répond, par pur orgueil "Fais que j'y aille, ça me rendra célèbre" "

L'orgueil naturel des cinéastes aurait pu être un souci pour Oppenheimer. Même des maîtres comme Steven Spielberg y ont succombé (se souvenir de la scène des douches dans La liste de Schindler et de son inacceptable suspense). Comment résister à la possibilité de rendre belle ou spectaculaires des scènes censées représenter l'horreur la plus absolue ?

 

" Une des scènes de The act of killing reconstiture l'un des pire massacres de l'époque, celui du village de Kampung Kolam. L'idée était de témoigner d'un haut fait de ce génocide dont il n'existait évidemment pas d'image d'archives. Il fallait passer par une image iconique forte et en même temps gérer la perversité qu'il y avait à la créer. Du coup pour restreindre cet impact, j'ai du déconstruire celui de mes images. D'abord en utilisant les codes des séries B sur le Vietnam des années 70's, on a tourné avec des objectifs larges, en secouant la caméra au maximum... Ensuite, j'ai baissé au maximum le son, pour donner un espect, que j'espère, inquiétant : on entend d'abord des cris, puis de moins en moins, les sons aigus diminuent progressivement. Puis on entend le son crissant d'un drôle d'insecte et celui de la respiration d'Anwar. Et enfin, j'interviens dans la séquence en criant "coupez! coupez ! coupez!" pour qu'on se rende compte que le massacre filmé est faux. Mais avec un lien à la réalité des faits puisque ce sont les authentiques protagonistes des évènements que l'on voit. Ou que l'on tourne  quasiment sur les lieux où ils se sont déroulés. Une fosse commune où ont été jetés des victimes de ce massacre a d'ailleurs été découverte par hasard dans les environs du tournage".

The act of killing ne vise pas tant à raconter les évènements de 1965 que la permanence actuelle d'un climat de peur qu'ils ont installé. Et le recontextualiser dans une vision plus globale. " Notre monde, y compris notre petite bulle occidentale, dépend encore de ces coins de la planète, où il y existe des Anwar dont le travail est de maintenir dans la crainte les ouvriers qui fabriquent des objets qui nous sont devenus, ou du moins le croyons-nous, indispensables. Leur souffrance n'est pas visible sur les étiquettes de prix de ces produits. Le jour où on l'on reconnaîtra que nous ne sommes pas si éloignés que ça d'Anwar et ses amis, que nous sommes comme eux, à la même table d'un festin cannibale, peut-être qu'on entreverra une porte de sortie. Je suis descendant d'une famille juive dont beaucoup de membres sont morts dans les camps, on m'a enseigné que l'objectif principal de l'art, la politique et la morale est d'empêcher que ce genre de chose puisse arriver de nouveau, en essayant de comprendre pourquoi elles sont arrivées. Se réfugier dans une vision du monde à la Star Wars où tout se divise entre Bien et Mal, est se condamner à les voir se répéter, en partant du principe que pour se débarasser du mal il suffit de mettre les méchants en prison, et donc devenir à son tour des méchants. C'est dénier la réalité : le mal est une donnée intrinsèque de tout être humain que l'on gère comme on peut".

 

En salles le 10 avril

 

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