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Cinéma

Kinshasa Kids

Un trip belge à Kinshasa donne la frite à l'Afrique. Boum boum tchaka !

Kinshasa Kids

Qu'est ce que le cinéma européen connaît de l'Afrique ? La question se pose depuis au moins les films de Jean Rouch et sa création dans les années 50 de l'ethnofiction. Kinshasa Kids la reformule aujourd'hui.

Qu'est ce qu'on connaissait de Marc-Henri Wajnberg jusque-là ? Vu de France, pas grand chose, peut-être un goût pour le trublionisme chez ce réalisateur belge. Les plus de trente ans se souviendront peut-être l'avoir vu au début des années 80 s'illustrer dans des centaines de nano-saynètes absurdes qui concluaient les écrans publicitaires d'FR3, version chaplinesque de Loeki, le petit lion qui lui animait les espaces entre les spots sur TF1. D'autres avoir aperçu Le réveil son court métrage façon maraboud'ficelle, glaneur de prix en festivals à travers le monde.

Si on creuse un peu, on découvre que le bonhomme est aussi réalisateur ou producteurs de docus sur des sujets aussi variés que Topor , Oscar Niemayer, Evgueni Khaldi ou la bière voire qu'il a enseigné à l'école de cinéma de La Havane. Il y a quelque chose de foisonnant chez ce gars qui cumule à son CV plus de 2000 films, entre les courts et les très courts.

Mais seulement deux longs métrages. A vrai dire, on se remémore vaguement le premier sorti il y a une bonne quinzaine d'années (Just friends, une histoire de jazzman anversois rêvant d'aller jouer du saxophone à New York),  qui était déjà marqué par l'idée d'aller voir ailleurs comment tourne le monde.

Kinshasa Kids est justement une confrontation entre le monde et le point de vue de celui qui filme. Wajnberg aurait eu l'idée de son film lors d'un séjour au Congo où le contraste entre la joie de vivre des gens là-bas et leurs conditions de vie ultra-merdiques lui aurait sauté aux yeux. Il est retourné à Kinshasa pour tourner ce film hybride autant documentaire que fiction, à la fois plongée dans la réalité sociale de cette ville et dans un conte de fées à l'africaine autour de gamins des rues voulant faire de la musique.

Les gamins sont parfois des acteurs ( ceux qui ont vu Rebelle - pas le Disney, hein, mais l'aussi formidable que passé discrètement en salles film de Kim N'Guyen sur des enfants soldats- reconnaîtront Rachel Mwanza), les musiciens sont des vrais (Bebson de la rue, Papa Wemba en guest). Certaines scènes censées être documentaires semblent un peu trop écrites pour ne pas être de la fiction, d'autres à l'inverse sont très probablement captées sur le vif. Qu'est ce qui est vrai, qu'est ce qui est faux dans Kinshasa Kids ? Ca n'a aucune importance.

Au contraire, c'est cette zone étrange entre la vérité et le simulé qui propulse Kinshasa kids vers du jamais vu : un portrait de l'Afrique en tant que vibrations culturelles et sociales.  A chaque fois que le film virera vers un regard d'occidental, il sera rattrapé. Par exemple par un badaud qui pointe du doigt la caméra et annonce " Regarde derrière toi, l'homme blanc qui te filme". Si Kinshasa kids est un film troublant, parfois perturbant, dans la confusion qu'il organise entre docu et fiction, il est toujours rappelé à Wajnberg sa position d'observateur, ses réflexes d'européen, qui plus est venant d'un pays qui a colonisé le Congo.

En retour, Wajnberg veille à ne jamais faire pleurer Margot, à ne pas être démagogiquement condescendant avec la population de Kinshasa. Pas de misérabilisme ici, mais une fascination pour l'énergie d'une ville et de sa scène musicale. Fantasmé ou non, Kinshasa kids est abreuvé par un flux musical allant de Mozart au rap, de la rumba locale aux souvenirs de Michael Jackson en passant par le raggamuffin.

Au tout début du film, un des enfants est désigné par sa famille comme possédé et victime d'un exorcisme. Kinshasa kids est pourtant imprégné d'une sorte de magie blanche, celle de la musique plus forte que la corruption policière, plus forte que la misère des bidonvilles ou qu'un camion perforé de rouille qui refuse d'avancer. Plus forte que tout.

Papa Wemba fait donc une apparition dans le film, le temps qu'on se rappelle qu'il n'y a pas si longtemps, il chantait, dans La vie est belle un autre film consacré à Kisnhasa les vertus de l'article 15 de la constitution congolaise, cette règle devenue un art de vie dans le pays. Ce qu'elle prône est aussi simple que sidérant : que chacun se démerde.  Kinshasa kids s'empare de cette loi du système D pour filmer la rencontre ces gamins-shégués ( c'est comme ça que sont appelés les mômes de la rue là-bas), guerriers du quotidien) et Bebson, gourou nonchalant. Les "Boum-boum Tchaka!" qu'ils scandent deviendra autant un cri de ralliement qu'un mantra.

Qu'est ce que le cinéma connait de l'Afrique ? Peut-être un peu plus avec Kinshasa kids, film éruptif, vivant, qui baratine peut-être aussi un peu, mais qui a su capter la polyphonie de Kinshasa, entre chaos, indolence et énergie folle. BOUM BOUM TCHAKA !

 

En salles le 3 avril

 

 

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