ON AIR
Mercredi 28 Septembre 2016
En attendant...
En + grand
Musique

2011, l'origine de James Blake

Un ovni musical à l'épreuve du temps et des modes

2011, l'origine de James Blake

La programmation de Nova d'une seule voix a élu James Blake, de James Blake, album de l’année 2011, une belle longueur d’avance sur le gruppetto de bons disques parus cette année. "Ne fais pas de classement, tu mets James Blake c'est tout", Emile Omar prêche un converti. C'est ok.  Et notre RKK contrôleur discal a validé. Contrôle qualité.
 

Tout le monde n’est pas d’accord ici, mais cet artiste dont tous les médias ont parlé cette année, de Nova au Figaro, a le mérite d’avoir remporté l’unanimité. Des sites Resident Advidor ou Pitchfork, soit la pluie et le beau temps sur les nouvelles sorties, jusqu’aux radios nationales, cet unanimisme peut faire peur aux puristes qui ont du mal à encadrer le succès commercial, mais nous fait dire qu’il y a tout de même un semblant de justice sur ce marché sans pitié de la musique.
 


Presque un an après la sortie du disque, et après en avoir entendu parlé un an durant, il est temps de dire pourquoi on l’aime tant et comment il a changé la Face du son. Et rappeler qu'il ne l'a pas volé, son plébiscite > Mettez lecture sur le player tout en bas de l'article sous la vidéo pour un petit medley.
 


Une grosse tendance musicale démarrée en 2010 a explosé en 2011, c’est l’arrivée dans les salles de concert et le marché du mainstream des musiques dites undergound, des genres « de nuit » expérimentaux, des artistes jusqu’ici cantonnés aux productions en chambres d’ado et aux Dj Set en club. Et le gros des troupes est britannique. 
 


James Blake, Jamie XX, Mount Kimbie et consorts sont passés des limbes nocturnes à la partie visible de l’iceberg, l’overground, en fusionnant des techniques pointues de productions électroniques à des sons palpables, mécaniques, et des instrumentalisations très concrètes, en associant leur savoir-faire niveau machines avec même de la pop pur jus. On voit donc déballer des procédés jusqu’ici rigoureusement ghetto comme le Screwed and Chopped, entendu dans la playlist ghetto by Shmitto (du hip hop ralenti sous l’effet de la codeine) par des petits blancs-becs londoniens sur des tubes R’n’B, alternant de manière analogique les tonalités.
 
C’est Jamie XX qui remixe Adele pour un tube planétaire passé par Nova. C’est James Blake qui reprend Feist pour Limit to your love, mélodie playlistée sur Nova. Et c’est surtout ce James Blake qui en a fait la fusion parfaite. Entre Dub-Step, neo-soul et folk savante, il a créé un genre unique, homogène, à fleur de flow.


James Blake est le fils du guitariste et chanteur James Litherland. Un musicien raté, n’ayons pas peur des mots. Un bide commercial qui a le mérite de rendre Blake tout relatif sur son propre succès. Par-dessus le marché, modeste. Et si la mode en dents de scie le met au creux de la vague, ses talents de producteurs, de pianiste concertiste ou de DJ sauront faire ce qu’il faut.. Son père n’a pas connu de succès dans les bacs, pour autant il n’est pas dénué de talent, dans la catégorie folk savante.
Son fils lui a rendu le plus beau des hommages, avec ce qu’il sait faire de mieux : une cover d’un de ses titres. Ainsi, le morceau Where to turn devient sur le premier album du fils le petit chef d'oeuvre The Wilhelm Scream (en vidéo live à la BBC ci-dessous).

Très vite le petit James s’intéresse au R’n’B (premier album acheté ? Destiny’s Child) et surtout au piano et aux chanteurs claviéristes. « Je n'ai pas grandi avec de la musique pour guitare contrairement à mes amis, qui écoutaient du rock et du métal. Moi j'écoutais toujours des trucs avec beaucoup de piano et de voix. Les premiers artistes que j'écoutais, c'était Stevie Wonder et D'Angelo, ou même la chanteuse Joni Mitchell » disait-il en février 2011 au micro d’Isadora Dartial pour son Dans Les oreilles.

En parallèle à cette éducation piano en noir et blanc, James Blake, plutôt introverti, aime l’anonymat des raves et des clubs monumentaux de Grande-Bretagne. Il y va seul, pour danser seul, aime la vraie culture club et se passionne pour le dubstep. Lors des mythiques soirées DMZ du duo Digital Mystikz, il trouve enfin sa vocation. Pendant que Burial et tout popularisent le genre, Blake commence à mélanger son piano Satiesque avec ces breaks dubstep.
Tout seul dans sa chambre, après ses cours de musicologie, tapi derrière les cristaux liquides, il trouve son son. Son son unique. Des basses vrombissantes, des textures métalliques solides, des montées progressives mais explosives, et un résultat à l’impossible subtilité. En home studio, là où beaucoup accouchent d'une qualité minable, notre fils prodigue est en pleine possessions de ses petits moyens et l'air de rien produit une densité de son digne des plus grosses prods.
 


Il ne manque au pot-pourri qu’une voix. La sienne. Et quelle voix. Beaucoup la taxe de Soul ; il accepte l’hommage mais se méfie de l’épithète utilisé un peu partout. Oui, le rythme et ses envolées sont ceux d’une voix soulful.
 Mais ce grain, ce grain qu’il met en morceau au clavier mieux qu’avec n’importe quel vocoder ; ce grain-là, qui semble vibrer avant d’atteindre les cordes vocales, cette puissance sinusale d’un coffre de fond de bouche va plutôt piocher dans la folk. On entend son père, on reconnaît du Arthur Russell – qu’il adore – , Robert Wyatt, et la voix sourde magnifique d’Antony and the Johnsons. Une voix magnifique cuisinée à l'étouffée.
À l’instar de Bon Iver outre-atlantique, il sait à merveille harmoniser sa propre voix, poussant le vice jusqu'à faire des acapella autotunés. Avec Bon Iver, le coup de foudre artistique est tel qu'à distance il produisent courant 2011 un bijou aboyant, Fall Creek Boys Choir. À des milliers de miles l'un de l'autre, ils accordent leurs violons sur Skype. Un duo mêlant les hymnes forestiers et abandonnés de Bon Iver et les breaks teintés de sons si physiques de Blake. Pas un accroc diplomatique.
 

Le voici donc armé jusqu’aux dents avec cette recette bariolée très délicate à maîtriser. Il sort dans l’intimité un premier EP et c’est notre Gilles Peterson en personne qui le premier tombe amoureux de ces textures inconnues. Ce découvreur de talent devant l’éternel a le pif de l’inviter pour un mix spécial de deux heures sur BBC 1, alors que James est inconnu au bataillon.
 Le jeune virtuose propose ses sons, dont son premier signé chez R&S, gros label techno belge, intitulé CMYK. Il joue aussi un inédit de ses amis de Mount Kimbie et, marrant, passe un disque de Blundetto (l’avatar de Max, programmateur de Nova). Il tape désormais dans l'oeil d'une tripotée de labels.
 

Nous sommes le 29 mai 2010, et après cette session tout va aller très vite. Fin 2010 sa reprise de Feist Limit To Your Love, le propulse en tête des charts anglophones et en haut de l’affiche sur les Internets. En 3 mois dans sa chambre, James Blake plie l’album éponyme parfait, ce que certains ont mis une vie à abattre : un bijou d’une cohérence inouïe devant l’étendue des références. En ce mois de février 2011, nous sommes tous scotchés. Et le live à la Maroquinerie à Paris qu’une poignée de chanceux découvre confirme toutes les attentes. En petite formation à 3, James Blake, beau comme un camion, parvient à l'aube de sa carrière à donner une performance entière avec une qualité de son pas possible. Le comble, c'est qu'il n'est pas énervant.
 


Après un été à se remettre de ses émotions, sauf un passage au WorldWide Festival de Sète pour remercier sa bonne étoile Gilles Peterson, James Blake enchaîne les petits EP, les featurings, les cadeaux 2.0 pour les internautes. En septembre, il assouvit notre besoin transi de nouveaux sons labellisés Blake avec plus de deux heures de mix pour la BBC, son essential mix à écouter/télécharger ici...

Ruddy Aboab, le programmateur des Nuits Zébrées s'est endormi avec pendant très longtemps.
 On trouve quelques inédits dedans, qu'on reconnaît inévitablement entre Satie ou André 3000. Unique je vous dis.


James Blake s'est échappé en début d'année du peloton et n'a jamais été rattrapé. Maintenant il s'agit de s'avoir combien de temps il va tenir la cadence et s'il va réussir à préserver son originalité. Sinon, après son EP sorti en décembre, Blake n'a rien de prévu pour l'instant. il va falloir s'armer de patience.
 

 

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
57
Musique
We Love Green 2016 @ Vincennes
Mercredi 18 mai 2016
Le moment de se mettre au vert en attendant l'été.
Musique
La revue de presse musicale de Linda
Vendredi 06 mai 2016
6 mai : il y a du James Blake, du Chance the Rapper et du Mac de Marco.
Musique
James Blake : son 3e album majestueux dévoilé aujourd'hui
Vendredi 06 mai 2016
Au XXIe siècle, l'un des derniers romantiques.
3
Musique
Active ton "Mode Avion"
Mercredi 22 juillet 2015
La Mixtape qui te fait décoller de ton téléphone.
Musique
Le retour de Ben Khan
Jeudi 12 mars 2015
“1000” - le retour dance du londonien.
Musique
James Blake se fait poète
Vendredi 12 décembre 2014
Avec son EP "200 Press", il renoue avec ses amours poétiques.
Musique
Tout doux James Blake
Vendredi 17 octobre 2014
Un nouveau titre 'Building it Still' qui fait du bien !
Musique
Pourquoi l'été 2016 a vu le dancehall envahir Rap et R'n'B ?
Mercredi 21 septembre 2016
Et comment Toronto a défini cette tendance.
Livres
Homicide, cosplayers et mastodonte : la sélection BD de la rentrée
Mercredi 21 septembre 2016
David Blot vous guide dans sa bibliothèque bédéphile.
Musique
Revivez tous les Nova Soundclash
Mardi 20 septembre 2016
Depuis cet été, on vous affronte et vous êtes très forts.
Société
Nos conseils pour déconnecter
Lundi 19 septembre 2016
#Unplug : et si vous débranchiez un petit peu ?
Société
Quand les objets nous aident à déconnecter
Lundi 12 septembre 2016
#Unplug : et si vous débranchiez un petit peu ?
Société
Les maux modernes
Lundi 12 septembre 2016
#Unplug : et si vous débranchiez un petit peu ?
Société
Où se réfugier pour déconnecter ?
Lundi 12 septembre 2016
#Unplug : et si vous débranchiez un petit peu ?
Musique
Hommage à Kashif
Mercredi 28 septembre 2016
2016 voit la disparition d'une autre légende.
2
Musique
La FAIR Party #6 @ Paris
Mardi 27 septembre 2016
Le 4 octobre au Café de la Danse avec Stuck in the Sound + Broken Back + Bras de fer de nuages.
4
Musique
Looping Festival @ Montreuil
Mardi 27 septembre 2016
Du 30 septembre au 02 octobre @ La Marbrerie & Le Chinois à Montreuil avec BUVETTE (live), La Mverte, Mehmet Aslan, Sheitan Brothers et bien d'autres.
4
Musique
N.A.M.E Festival 2016 @ Lille et Roubaix
Mardi 27 septembre 2016
Les 7, 8 et 9 octobre, 3 jours dans 3 lieux, la folie électronique.
Musique
Clip de la semaine #95 : Oy
Mardi 27 septembre 2016
L'échappatoire, via l'espace.
Musique
Ok... Low End Theory a 25 ans...
Mardi 27 septembre 2016
Retour en mix sur cet immense classique.
1
Musique
La Brigante Party : Supa Mana "Double Trouble" @ Paris
Mardi 27 septembre 2016
Une release supportée par Big Red (Raggasonic), Joseph Cotton, Sara Lugo, Green Cross, Volodia, Don Camilo, I Leen, Shanti D, Adam Paris le 29 octobre à La Bellevilloise.