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Cinéma

A la merveille

Après avoir raconté la genèse du monde et de ses souffrances dans Tree of life, Terrence Malick s'attaque à celle de l'amour

A la merveille

Il y aura donc un avant et un après Tree of life dans le cinéma de Terrence Malick. Il y a deux ans à Cannes, il décrochait une palme d'or avec ce film étrange à la fois élégie de la famille et évangile selon le National Geographic, mettant en parallèle le big bang et la foi (en Dieu, en ses parents) pour un choc esthétique et sensoriel. D'autant plus qu'il proposait une rupture avec ses films précédents (De La balade sauvage au Nouveau monde).

Jusque là, Malick était un cinéaste animiste, filmant avant tout la nature et ses mystères immuables. Face à elle, les hommes n'étaient que de vagues parasites, incapables de troubler son ordre, des particules englobées dans un règne végétal qui aurait toujours le dessus. Désormais, Malick fait le chemin inverse, redescend vers l'humain et ses préoccupations.

Tree of life était un film de transition entre ces deux périodes, faisant encore des noeuds entre le cosmique et le terre-à-terre, A la merveille se consacre uniquement, intégralement aux doutes de gens lambdas. En l'occurrence un homme et deux femmes. Lelouch en ferait des "chabada-bada", Malick essaie d'en faire un hymne amoureux.

Un homme donc mais qui ne dira pas grand chose pendant tout le film, parce qu'il est passif. Voire interchangeable (à l'origine, c'est Christian Bale qui devait interpréter le personnage finalement joué par Ben Affleck). Chez Malick, ce n'est pas nouveau, ce sont les femmes- qu'elle soit adolescente en quête d'émancipation dans La balade sauvage, employée agricole dans Les moissons du ciel, indigène dans La ligne rouge ou Pocahontas dans Le nouveau monde - qui servent de catalyseur. Au point d'emplir l'écran même quand ils n'y sont pas présentes, par le murmure de voix-off.

L'homme d'A la merveille est à peine moins invisible que son réalisateur qui n'a pas donné d'interview depuis trente ans, peut se glisser dans la foule cannoise lors de la projection de Tree of life sans qu'on le reconnaisse.

Malick s'est évaporé dans son cinéma. Probablement pour se réinventer : Tree of life explorait des souvenirs d'enfance, A la merveille une romance qui éclot à Paris, ville où le cinéaste à vécu à l'âge des grands amours.  Et il se dit déjà que Knight of cups, son prochain film en cours de finition, s'attacherait au parcours d'un artiste débutant. Après le mystère Kubrick, le mystère Malick est en cours. Sauf que celui de Terrence, porté sur l'humanisme a quelque chose de plus singulier que celui de Stanley, bloc de misanthropie.

A la merveille est, plus encore que Tree of life, un film d'amour ou plutôt sur l'amour. Pur, brut, multiple. L'amour de deux femmes pour un homme, celui d'un homme pour une fille qui n'est pas la sienne, l'amour pour une terre nourricière - la réelle incarnation physique du rôle joué par Ben Affleck intervient quand il vaque à ses occupations de scientifique environnementaliste, et l'amour de Dieu, via un prêtre tourmenté joué par Javier Bardem. A la merveille a beau essayer d'être un minimum narratif, tout ici tourne autour de ces rapports à l'amour, jusqu'à devenir une quête suprême, un mantra ardent, un mysticisme.

Le tour de force est de chercher cet amour dans des instants anodins, le sublimer dans des gestes du quotidien : une rame de TGV, des rayons de supermarché, une arrière-cour d'un pavillon dans l'Oklahoma ou même les abords du Mont St-Michel (son cloître, baptisé La merveille, a d'ailleurs inspiré le titre du film). A la merveille lui ressemble, en alternant marées basses et hautes, fonctionnant comme d'incessantes vagues. La caméra flotte en pérpétuelle apesanteur, tissant un climat soyeux, doux. Y compris quand le temps est à l'orage, qu'il est question de séparation, d'absences, d'intolérables vides à combler.

A la merveille est littéralement filmé à la volée, entre ciel et terre, donc au niveau de l'espèce humaine. Que Malick accompagne, soutient, supporte. Tree of life pliait parfois sous l'ampleur de son récit, cherchant à raconter dans sa partie centrale rien moins que l'origine du monde et de ses douleurs, A la merveille vise plus bas. Ici, on réajuste le tir pour explorer le début et la fin d'une liaison, s'interroger sur ce qui l'a fait durer ou pourrait la faire renaître.

Malick ayant la pudeur de rester à la bonne distance, prêt à bondir si ses personnages défaillent, mais généralement derrière la porte où à quelques mètres. C'est un cinéaste qui veille ce qu'il filme, ne le surveille pas. Ca lui confère sans doute un sens phénoménal du romantisme dont il fait une doctrine philosophique. Dans l'ombre d'Olga Kurylenko, Ben Affleck, Rachel McAdams et Javier Bardem, s'installent les fantômes d'Heidegger (théoricien de l'être et de la raison), Stanley Cavell (qui a été un des profs de Malick, et dont celui-ci reprend le principe de polyphonies intérieures) ou Henry David Thoreau (aller vers les autres pour mieux se retrouver soi-même)...

Oui, A la merveille est un film érudit, débattant de la possibilité d'une complétude, d'une nécéssaire harmonie universelle entre les êtres et les choses. Certains trouveront qu'il faut encore plus s'accrocher aux branches qu'à celles de Tree of life, reprocheront son aspect de dissertation poétique. Les autres entreront en phase avec ces interrogations sur l'essence même de l'amour et du couple. Peuvent-ils exister sans liberté ? Peut-il durer sans devenir une contrainte ? Malick a l'humilité de ne pas proposer de vérités toutes faites. Au contraire, il offre au spectateur la plus belle des réponses : celle de décider par soi-même. Plus encore que l'image, ce qui est en suspens ici est la définition même du libre-arbitre.

En salles le 6 mars

 

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