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Art & Communisme au Mozambique

Une balade artistique dans la capitale Maputo, criblée d'ardeur communiste

Art & Communisme au Mozambique
Depuis quelques mois maintenant, et pour une année en tout, Margaux sillonne l'Afrique sub-saharienne du Nord au Sud à la rencontre de l'art contemporain du Continent Noir. Celui que nos préjugés et le marché nous cachent, ou hierarchisent injustement, plutôt.
Quand elle s'arrête, elle raconte ses aventures, ses rencontres sur un blog trotteur à faire pâlir Nicolas Bouvier : Les Belles Personnes. Aujourd'hui, elle a décidé d'envoyer une carte postale du Mozambique à Nova.

 

Je me retrouve à l'angle des avenues Mao Tsé Tung et Julius Nyerere. J'éviterai aujourd'hui les rues Robert Mugabe et Ahmed Sékou Touré, j'ai trouvé l'autre jour que ça faisait un peu beaucoup. Je prendrai plutôt l'avenue Vladimir Lénine jusqu'à la place de l'indépendance, c'est plus historiquement tranquille.

Se balader dans Maputo, la capitale du Mozambique, c'est se prendre une drôle de claque communiste. Ancienne colonie portugaise, devenu indépendant en 1975, immédiatement tombé dans le communisme et dans une interminable guerre civile, le Mozambique n'a pas peur des étranges mélanges. Voire des mélanges étranges.

 

Au milieu d'avenues bien droites aux sonorités URSS, une architecture improbable : d'immenses immeubles typiquement seventies, tous rectangulaires et pourris à l'extérieur mais souvent très beaux à l'intérieur, de vieilles maisons coloniales plus ou moins bien restaurées, aux extraordinaires mosaïques bleues, ambiance Lisbonne, de grands immeubles de bureaux flambant neufs, des bâtiments blancs dessinés par l'architecte José Forjaz qui ressemblent à des paquebots du Cinquième Élément et une cathédrale blanche qui pourrait être un hôpital tellement son architecture est chirurgicale.

Sur la place de l'indépendance, je m'arrête devant le Centre Culturel Franco Mozambicain, que tout le monde ici appelle le Franco, histoire d'avoir un peu d'auto-dérision sur la faucille et le marteau. Le Franco, donc, est installé dans une grande et belle maison comme on aimait en faire au temps des colonies. Y ont exposé une grande partie des artistes qui comptent au Mozambique. Il n'y a pas beaucoup – voire pas du tout – de galeries commerciales à Maputo, alors les artistes doivent se montrer ailleurs et pour ça, passer par le Franco, ça aide.

Dans un couloir, un tas d'armes lourdes soudées forment un fauteuil, ou un trône, comme son auteur dirait. Je m'assois et me prends pour une reine, direct. Ironie de Gonçalo Mabunda qui transforme les armes de la guerre civile, patiemment récupérées par une ONG après la signature du traité de paix en 1992, en trônes et en masques dits africains. Puissance explosive, puissance hypothétique. C'est la mode, à Maputo, les œuvres d'art en munitions et autres AK47, comme ce fusil d'assaut représentéle drapeau du pays (!).

Sur l'avenida Karl Marx – décidément – Gonçalo Mabunda m'ouvre la porte de son appartement qui est un peu plus qu'un appartement. Et il me tend une bière 2M, car on ne rigole pas avec l'apéro au Mozambique. Je me balade entre ses sculptures, les photos de son grand pote Mauro Pinto et des œuvres d'artistes qu'ils aiment. Dans la cour, l'atelier de métal de Gonçalo Mabunda. A l'étage, des œuvres sur tous les murs. Et dans une chambre, six photos de Mauro Pinto, scènes de vie en noir et blanc, jamais posées, toujours prises dans la rue, toujours comme des clins d’œil amusés.

Regardez aussi le portfolio d'un autre artiste exposé au Franco : Mario Macilau.

Il y a beaucoup de photographes au Mozambique. Beaucoup de vidéastes aussi. On aime l'image ici. On a l'habitude de regarder ce qu'elle ne montre pas, contrairement à la plupart des pays d'Afrique de l'Est. Pourquoi ? Parce que le communisme bien sûr.

Maria-Elisa Chim, programmatrice culturelle du fameux Franco pendant 18 ans, m'explique que le régime communiste, comme tout bon régime communiste, a utilisé l'image pendant des années pour étaler sa propagande et que c'est resté. Quoi de mieux qu'une affiche très rouge placardée dans les rues de Maputo ou qu'un bon vieux film projeté dans les villages les plus reculés du pays, avec toute la puissance des camarades dedans ? Ça familiarise à l'image, à ses dessous, aux façons de la lire.  

Il y a peu de photographes en Afrique de l'Est et ils avouent souvent devoir passer par le photojournalisme pour se faire une place. Au Mozambique, rien de tout ça. Être photographe, c'est être photographe. Après tout, l'artiste mozambicain le plus célèbre dans le pays et ailleurs est probablement le photographe Ricardo Rangel, star nationale décédée en 2009.

Alors que je cherche un café sur l'avenida Hô Chi Minh, les musiciens préparent la nuit à Maputo.

 

Toutes les étapes de la traversée artistique du continent sur Les Belles Personnes

 

 

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