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Société

Une autre presse est possible

Nova convoque les médias indépendants pour interroger les possibles de la presse. Réécoutez l'émission "Free Press"

Une autre presse est possible

Vendredi 16 février 2013, au Café A, Nova a ouvert les micros à une presse aventurière, rigolarde, irrévérencieuse et alternative, célébrant ainsi celles et ceux qui inventent de nouvelles formes journalistiques et expérimentent d’autres modèles économiques.

C’était le numéro zéro de l’émission spéciale Free Press. Même que si ça vous plaît, on en fera d'autres.

Retrouvez en fin d’article le podcast de cette émission réalisée en compagnie de Johan de Street Press, Mathieu Magnaudeix de l’officine Médiapart, Frédéric Joignot de l’impitoyable Ravages (et ancien pape d'Actuel), Arthur Scheuer du Ragemag tout rouge et Giulio Callegari de Radio Nova. Le débat, orchestré par Julien Goetz (Nova, C Politique), prenait ses racines dans un manifeste publié récemment par les fondateurs de la Revue XXI. En voici le compte-rendu – histoire de bien comprendre d’où cette joyeuse bande de polémistes parlaient. 

L’avenir de la presse face au « bluff technologique »

S’adapter. Oui, mais « s’adapter à quoi », demandent de concert Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry en introduction du Manifeste qu’ils publient dans la Revue XXI à l’occasion de son cinquième anniversaire ? On entend un peu partout que la presse doit s’adapter à son temps, à son monde – un monde en perpétuelle (r)évolution –, au rythme effréné des changements paradigmatiques locaux et globaux induits par la démultiplication moorienne des bonds technico-scientifiques.

Bref s’adapter au journalisme 2.0, à la cohorte des baveux interconnectés ­– mais déconnectés du monde réel –, au partage instantané et à moindre coût (car subventionné par la pub, les aides publiques et parfois la vente du papier) de l’information. S’adapter au « tout-numérique », à la frénésie éditoriale, au chaos pan(ne)-informatique, au journalisme low-cost, aux diktats du marketing et de la publicité, à la disparition du métier de reporter, à la transformation du lecteur en « consommateur d’informations », à la servitude béotienne des salles de rédaction à l’égard des grands groupes qui les dirigent et leur imposent au mieux pudeur et retenue, au pire déférence et mutisme…

Toutes ces adaptations à la sacro-sainte ère du temps, les fondateurs de XXI n’en veulent pas. Transposé de l’artiste au journaliste, l’adage schillérien trouve dans ce manifeste un écho favorable : le journaliste est « certes le fils de son époque mais malheur à lui s’il est aussi son disciple ». Réintroduire de l’intempestif au cœur de l’actuel médiatique, promouvoir les démarches singulières contre le traitement homogénéisant et standardisé de l’information, voilà semble-t-il le projet. Mais ne leur faisons pas dire ce qu’ils ne disent pas et reprenons dans l’ordre. 

En pratique, le raisonnement des hérauts français du journalisme d’investigation se déploie en 3 temps : présent, passé, futur. Constater d’abord, rappeler ensuite, se projeter enfin.

1)    Le constat

Le constat est radical, partisan et non moins documenté. On peut le résumer ainsi : à mesure que la presse investit (de l’argent dans) les nouvelles technologies, le journalisme se transforme et change de nature plus encore que de support. Une évolution pour le meilleur (timide appel – hapax ? – du pied au data journalism, p.5 ndbp) mais surtout pour le pire : « abandon planétaire du reportage » p.8, « course au bruit médiatique » p.16, au « trafic », au « buzz » p.5, aux titres raccolo-accrocheurs, « politique du clic » p.7 …

Les pratiques journalistiques se transforment dans le même temps. « La figure du journaliste assis derrière son écran s’est imposée (p.5) ». Comprendre Tintin a laissé place à Mr Bidochon. Il vit dans un monde « déréalisé », est en proie à d’infinis décalages et se trouve pris dans le feu croisé d’injonctions contradictoires : faire parler le monde sans aller à sa rencontre, écrire des articles intéressants dans un temps toujours plus limité, être créatif tout en réécrivant des communiqués de presse formatés, faire preuve d’un (ré)activisme viral forcené tout en gardant son « éthique journalistique » et en demeurant en position stato-larvaire à longueur de journée…

Un constat économique aussi : à quelques exceptions près les journaux appartiennent désormais à de grands groupes de médias (10 groupes de presse figurent parmi les 300 plus grosses entreprises au monde, p.13). Ils ne sont plus que des « marques médias » noyés au milieu des régies pub, et autres services éditoriaux et marketing. Ils doivent répondre aux attentes fantasmées d’un lectorat prétendument ciblé et calibré : du CSP+ en-veux-tu-en-voilà pour Le Monde, Le Nouvel Obs, le Point, Libération et l’Express (p.14).

Et pourtant, les rédactions web (avenir bon an mal an du journalisme, nous dit-on) sont toutes déficitaires, la publicité n’apportant pas les revenus escomptés. Seul 2 pure players s’en sortent : Mediapart et Arrêt sur images (p.7)

2)    Le rappel historique

Des préhistoriques « canards sanglants » (brochures du XVIe siècle où sont compilés des faits divers) au 1er quotidien de l’histoire  – le Times né le 1er janvier 1788 sous l’impulsion de John Walter et de la fascination des élites anglaises pour la Révolution française – Beccaria et de Saint-Exupéry égrainent les dispositifs de la machine-presse.

3 rouages se constituent successivement : donner à voir du sang et des larmes (XVIe), relayer l’information « fournie par le politique » (XVIIe), faire vivre la cité (XIXe) en faisant par exemple état des débats parlementaires (origine du terme publicité, “Offentlichkeit” en allemand, rendre public les débats de la cité).

A ces rouages s’ajoutent les 3 « piliers de la presse moderne » :

1) Liberté par le commerce : manière de rappeler qu’avant d’aliéner définitivement la presse à des exigences rentabilistes, la pub, les annonces, la réclame l’avait libéré du despotisme politique et de celui « de l’abonné » (p.10).

2) Indépendance et qualité : les voyages, les rencontres, le terrain et qu’importe le prix.

3) la relation singulière au lecteur : journalistes et lecteurs sont « tous les enfants de la presse » (Zola dans Adieux, Le Figaro du 22 septembre 1881) 

Ils rappellent ensuite que la crise économique (débutant autour de 1975) a fini d’enterrer les idéaux du journalisme d’investigation et de la presse indépendante.

3)    La refondation post-internet

Plusieurs exigences :

- arrêter la pub, ça ne rapporte pas assez et son absence dans un journal est « sceau d’authenticité » (p.16)

- être « utile, désirable et nécessaire » (oui, mais comment ?)

- parler de plain-pied au lecteur, arrêter de lui parler de haut. Question : est-on vraiment plus haut derrière son ordinateur ? Le journaliste web serait-il davantage conforté dans sa position de « leader d’opinion », fer de lance de la marque-média qui l’emploie, que le journaliste papier ou que le reporter de terrain ?  Le web ne permet-il pas au contraire une interactivité, une “réciprocité dialogique” entre le/la journaliste et ses lecteurs à travers les commentaires ? On comprend néanmoins ce contre quoi les auteurs entendent se battre : en appeler à un journalisme en première personne, qui s’adresse au lecteur, à l’homme (ou la femme), c’est refuser de s’adresser à une cible marketée / fantasmée. Un bon papier ne vise personne en particulier ; il vise tout le monde, le singulier à travers l’universalité du propos. 

- « se tenir en réserve des puissants, sans se lier à quiconque », donc une presse de lecteurs, d’abonnés. Finie l’information gratuite. 

4 pistes de réflexion pour l’avenir :

- lutter contre la chronophagie ambiante, rétablir le temps long, le journalisme de longue haleine, les enquêtes fouillées, les longs papiers qui marquent davantage les esprits qu’une brève standardisée et “copiée-collée” à l’infini. Pb : Un long papier reste en mémoire, c’est indéniable ; est-ce pour autant généralisable ? 

- envoyer des reporters sur le terrain.

- introduire plus de belles images, réhabiliter le reportage-photo…

- faire des journaux plus cohérents = réduire le nombre d’articles et reprendre la main sur l’éditorial.

Une autre refondation est-elle possible ?

Notons pour conclure que Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry proposent un modèle “moderne” de la presse qui, pour rigoureux, intelligent et ambitieux qu’il soit, fait l’impasse sur bon nombre d’évolutions post et néomodernes, dont la plupart sont liées au web et aux nouvelles formes de partage de la connaissance. Tâchons donc d’entendre d’autres voix avant de décréter la fin du web et de l’information “gratuite” ? 

 

Réécoutez l'émission Free Press dans le player ci-dessous

 

Free Press

 

 

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