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Lundi 26 Septembre 2016
En attendant...
Et j'y vais
Gonzo

J'ai été au C.A.P.C. à Bordeaux

Ou comment mettre 30 ans pour convertir un vieux punk aux joies de l'Art Contemporain....

J'ai été au C.A.P.C. à Bordeaux

Hell ! Je réalise à l'instant comme le temps passe en m'apercevant qu'on fête ici à Bordeaux,  cette année les 40 ans du C.A.P.C. N'étant pas critique d'art, juste un pékin lambda de chez Nova, je vous résumerai en quelques lignes mes  trente ans de cohabitation amoureuse avec ce monument bordelais qu'est le C.A.P.C.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, C.A.P.C. ne veut pas dire Centre d'Art Contemporain pour Chaban, comme on aurait pu le croire dans une ville qui colle le nom du défunt maire sur tous les espaces disponibles... mais bien Centre d'Arts Plastiques Contemporain...

Quand je débarquais en 1981, il existait déjà... et enchaînait alors sous la direction fastueuse de Jean Louis Froment, des expos de haut niveau oeuvrant avec panache et morgue au développement d'une vitrine culturelle classieuse pour la très snob ville de Bordeaux.... Oui, je sais, c'est méchant de dire ça... mais à l'époque, j'étais gros punk et tout ce qui n'était pas issu d'un fanzine mal photocopié ou d'une K7 ferro dupliquée à la main me semblait un pur produit de la décadence bourgeoise...

Il faut dire que la communication du musée à l'époque était des plus cryptiques : Des affiches à la calligraphie épatante mais aussi abstraites qu'un manuel de pilotage de sous-marin russe donnaient de vagues indices sur l'expo en cours... Indices compréhensibles uniquement par, grosso modo, les esthètes ayant redoublé toutes leur années aux Beaux Arts.... Ultime pied de nez provocateur, ce slogan : « CAPC : notre logo, c'est l'univers ».... L'univers peut être, mais surtout pas Bordeaux... Une timidité, que dis je, une pudeur de pucelle des Chartrons qui donnait l'impression charmante, bien que déroutante, qu'on y manigançait de bien belles choses mais pour que surtout personne ne le sache... Un paradoxe tout bordelais... Etre emblématique tout en se coupant de la population... le vulgus, la plèbe ne se pressait pas devant les cimaises en ces années là....

Faut il voir  le C.A .P.C. d'alors comme une sorte de repère pour une secte étrange ? Presque, car une fois trouvé l'adresse, il fallait encore en trouver la porte... Pour y arriver, je du attendre de me faire embaucher sur le trottoir d'en face... Et je passais ensuite quelques merveilleuses années à observer, dès les beaux jours, des processions de touristes, le guide à la main, faisant, tels Gandalf et la Compagnie de l'Anneau cherchant l'entrée de la Moria, douze fois le tour des Entrepôts Lainé (l'ancien entrepôt de denrées coloniales qui abrite le musée) à la recherche d'un panneau « Entrée » sans jamais le trouver... Aujourd'hui, on appellerait ça « la performance dont vous êtes le héros », mais à l'époque, ça nous faisait bien marrer...

Ensuite, du coup,  je pris l'habitude de traverser la rue, pour aller y croquer mon sandwich, car l'entrée était libre entre midi et deux... et l'ambiance des anciens Entrepôts des plus reposante... Soyons francs, à l'époque mon appréhension de l'Art Contemporain en était encore aux balbutiements, mais j'aimais à y flâner, sans jamais vraiment chercher à comprendre... Autant je restais perplexe devant le « Carré Blanc sur Fond Blanc » de Malevitch  qui y fut de passage avant de rejoindre le Moma de New York, autant je kiffais leur expo « Keith Harring » en 1985... Il en avait mis partout, sans oublier de tagger les murs extérieurs... le fripon !

J'y pris aussi, avec joie, quelques seaux de slime bien dégeu dans la tronche pendant une performance des tarés de la Fura del Baus... lors d'un des derniers festival Sigma en 1986...

Ensuite, il y eu comme un creux jusqu'à la venue de Buren qui saisit l'endroit à bras le corps en installant un gigantesque plan incliné couvert d'un miroir dans la nef centrale la transformant ainsi en kaléïdoscope monstrueux devant lequel on se sentait tout d'un coup tout perdu... Bien ouèj',  Daniel !

D'autres souvenirs de cette époque lointaine ? Apprendre par une copine qui y bossait pendant ses études, le prix faramineux du transfert du fameux bidet de Marcel Duchamp depuis Paris, pour, deux jours après, découvrir dans le caniveau, à l'arrière du musée, un bidet quasi identique et qui aurait fort pu bien faire l'affaire, laissé à l'abandon...

Visiter la première expo d'Anish Kappoor et avoir l'impression qu'on s'était bien foutu de ma gueule, tout ça pour, quelques années plus tard, prendre une bonne claque lors de son expo à Bilbao... et comprendre que parfois, il faut du temps pour que ça rentre..

Revenir exprès au musée, cette fois ci bien stone après un gros pétard, pour savourer l'ambiance de l'expo « Cities ont the move » consacrée, en collaboration avec le centre d'architecture « Arc en Rêve » (lui aussi hébérgé dans les entrepots), aux émergences asiatiques avec une Nef transformée en un gigantesque souk oriental multimédia... A la limite de l'expérience sensorielle ultime....

 Puis en 2001, il y aura l'affaire « Présumé Innocents », une expo consacrée à l'enfance dont certaines œuvres jugées pornographiques vont se voir attaquées par les membres d'une association catho baptisée la Mouette... 10 ans de galères juridiques s'ensuivront avant qu'un non lieu n'innocente le directeur d'alors Henry Claude Cousseau et les deux commissaires d'exposition... On réalise alors que finalement, l'Art même contemporain peut servir à quelque chose, s'il dérange les fripés du cerveau et les coincés du cul... Ironie du sort, c'est finalement grâce à des réactionnaires catholiques que l'on va s'attacher pour de bon à l'existence de ce musée et se mettre à l'aimer.... car ce qui semblait acquis fut révélé dans sa fragilité, olé !

 

 Aujourd'hui, le C.AP.C. semble entré dans une nouvelle ére, sous la direction de Charlotte Lombard, qui a entrepris de dépoussiérer l'allure guindée du lieu et de l'ouvrir à des cultures plus populaires, voire à la musique et aux mass médias... La première expo lança ce style plus pop : « If everybody had an ocean : Brian Wilson »  suivie d'une rétrospective consacrée au groupe crypto situationniste bordelais Présence Panchounette auto suicidés quelques années plus tôt suite à la réalisation que « Réussir est notre échec. »....

Ensuite, en 2009, grosse joie, grosse pagaille et invasion de rock critiques tètes à claques descendus de la capitale pour les premiers jours de l'expo « IAO, Explorations psychédéliques en France, 1968 - ∞ » , du Magma, du Gong et de l'Actuel (et même un espace Bizot), bref tout ce pourquoi on avait fui la France à la fin des seventies... avec durant trois jours, une série de concerts psychés sous la nef... (Endless Boogie, Tim Blake, Turzi, Black Liquid Death etc etc...). On en prend plein la gueule car, du aux volumes tres spéciaux du lieu, le son des concerts est naturellement psyched out... et on en profite pour inventer un nouveau sport : le skimboard sur affiche... le sol, bien glissant, de la nef est en effet parsemé de centaines d'affiches... Il suffit alors de bien prendre son élan pour se taper une glisse qui met bien le souk dans les rangs de ceux restés statiques... Ah ah, vous voyez qu'on peut s'éclater au C.A.P.C.

Les mois qui suivent verront l'apparition de blocs parties (traduire : un circuit d'art contemporain qui se termine par une chouille), largement relayées auprès des jeunes (et pas uniquement ceux des Beaux Arts) qui mettront plus d'une fois le feu sur la terrasse... C'est là que je réaliserais pour la première fois le pouvoir sulfureux du remix DFA de Mars Arizona de John Spencer lorsqu'il est joué à burnes devant une foule  joyeusement ivre, hystérique et pogotante entre les totems primitifs de Laurent Le Deunff...

La Blogothèque vint ensuite y filmer une partie de son « City Séries » spécial Bordeaux , le plasticien Cédric Couturier s'amusa à y jouer avec les caméras de vidéo surveillance, initiant, sans le savoir, une nouvelle mode : faire l'amour, en douce, au C.A.P.C. en profitant des angles morts de celle ci (j'ai des noms) ... L'halluciné Jim Shaw s'y déploie comme une grosse pieuvre punk (façon Alternative Tentacles) lors d'une expo qui fait bien naître le malaise,  Kap Bambino y fera également parler la poudre électro punk...  tandis qu'à l'occasion de la rétrospective  Michel Majerus, une rampe de skate géante et sérigraphiée se voit installée à la disposition des riders... bref, on le voit, entre deux expositions conceptuelles, le lieu revit, se laisse visiter sans prise de tète... Est ce pour autant devenu « the place to be » ? L'avenir nous le dira...

On salue en tout cas le retour de la librairie qui avait disparu depuis quelques années et qui réapparaît sous le nom funky d' « Acapulco by Capc »... Finalement, pour que ça soit parfait, ne manque plus qu'un bar un peu convivial à l'entrée (oui, parce qu'en haut, c'est chouette mais un peu mort ) et le tour sera joué....

Reste qu'en trente ans de vie commune, le C.A.P.C. m'a bien dégrossi la perception : je peux aujourd'hui rentrer dans un FRAC sans chercher où sont les psys et surtout j'ai appris comment on sait qu'une expo valait le coup : Plus d'une fois, en sortant, je me suis retrouvé dans la rue Ferrere que je connais par cœur d'un bout à l'autre, en ayant l'impression étrange de la redécouvrir ou, carrément de ne pas la reconnaître... Une bonne expo et on ne voit plus le monde pareil... et ça, c'est au C.A.P.C. que je l'ai expérimenté la première fois... je m'en souviens comme de mon premier acide, c'est vous dire...

Ps : Qui dit anniversaire dit programme de fête : Et ça commence fort dès le 28 février : le musée se transforme en décharge géante de vieux pneus (c'est pas rock'n'roll, ça?) avec l'arrivée de la célèbre installation Yard d'Allan Kaprow... 5000 pneus, ça fait un très gros tas sur lequel dansera gaiement Boris Charmatz le boss du Centre Chorégraphique National de Rennes.... Et ça n'en est que le début...

Toutes les infos concernant le C.A.P.C : Ici

 

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