Quand le théâtre décoiffe les vieux punks : Un week end aux Chantiers Théâtre de Blaye et de l'Estuaire
Tadam tadam ! La lumière rouge s'allume dans le studio avec un bruit de sirène de sous marin.... Que signifie ? Une nouvelle mission ? Mais oui, me sussure le Chef.... tu pars tout ce week end au festival des Chantiers Théâtre de Blaye et de l'Estuaire... Enfer, Chef... mais je ne connais pas ce groupe … Ne fais pas le malin, c'est du théâtre, me gronde t'il... et ça te fera du bien d'aller voir autre chose que tes groupes de musique de sauvages... Bon, dans ces cas là, l'heure n'est point à la contestation... j'enfile ma tenue de Tintin Reporter et je démarre la Captainmobile illico...
Première constatation, le site est impérial... Dominant la Gironde, la citadelle de Vauban à de la gueule et ses multiples bâtiments, poudrières, chapelles et salles d'armes ont été habilement reconvertis pour accueillir les spectacles... Deuxième constatation : l'endroit grouille d'officiels de la culture (maires, conseillers généraux, Sacd, chefs des avions divers) ce qui m'inquiète un peu... ne va t'on pas s'ennuyer poliment au rythme d'une culture établie et un rien plon plon ? Hé bien non, mes loulous... Le théâtre dont il est question ici, dans cette 21ème édition est un théâtre de résistance, d'impertinence et de contestation... On s'en rend compte dès le premier soir avec la pièce de Matéï Visniec « Le mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux » que personnellement, je trouve d'une approche assez rock'n'roll... Nous finirons d'ailleurs la soirée au son des guitares électriques pendant le concert de Caro vs Lentignac, préambule à un after-palabre en compagnie d'acteurs et techniciens qui s'achèvera quand l'aube blanchira le sommet des remparts... (quoi ? Déjà six heures ? )
Le lendemain, après deux petites heures de sommeil, embarquement pour l'île de Patiras au milieu de l'Estuaire de la Gironde pour une série de lectures et de contes sur le thème de l'eau... Dépaysement garanti d'autant que ces contes se passent au Niger...
Retour sur terre pour une petite phase de récupération suivie d'un télescopage avec Valentine Cohen de la Compagnie Mata Malam qui s'implique beaucoup au sein du collectif Gaspar (Groupement d'Artistes du Spectacle pour l'Action en milieu Rural), de village en village à la façon de Molière à ses débuts... L'un des axes forts du festival étant de se décentraliser et de proposer représentations, ateliers et résidences dans de nombreuses communes de la Haute Gironde... Mata Malam étant assez emblématique de l'esprit de ce théâtre aujourd'hui : Engagé et résistant quand elle présente « Que ta volonté soit fête » d'après les écrits d'Hetty Hillesum décédée à Auschwitz en 43 et plus ludique, en interaction avec le public lors du spectacle « la Vita Bella », qui recueille les témoignages des spectateurs à l'intérieur d'une roulotte...
Le soir,c'est l'heure d'une grande claque surprise... Je vous avoue qu'à l'annonce d'un spectacle de poésie chantée, je me préparais à manifester poliment une approbation diplomatique... Ca m'apprendra à avoir des préjugés... Le concert proposé par Mustapha Aouar sur les textes de Visniec s'avérera être des plus jouissif avec de grands moments de rigolades kitsch punk... et une cigogne empaillée en guise d'effet final....
Un excellent week end donc, insolent, surprenant et acidulé comme on les aime... Un seul regret, qui sera aussi mon troisième constat : le théâtre souffre d'un déficit d'image manifeste auprès des jeunes et c'est assez dommage... D'autant que si le public était très majoritairement composé de quadras quincas, le pull sur les épaules, les acteurs eux sont jeunes, débordant d'énergie et d'envie d'en découdre avec l'absurdité et l'injustice de la france d'aujourd'hui... Suivez le conseil de ce vieil Onc' Captain, les kids : Osez le théâtre, ça déboite....
Toutes les infos sur ce festival ICI (le festival s'achève le 29 Août )
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