J'ai fait les Grandes Traversées dans la peau d'un Pictoplasma (2)
Samedi 10 : Tout d'abord, histoire de se mettre en train, un petit tour au Jardin Public vers 16h pour assister à la flash Mob organisée par Charlie Todd et Improv Everywhere... Ah ah ! C'est génial tout ces gens coordonnés par un mp3 commun qui se mettent à faire tous la même chose en même temps dans tous les coins du Jardin Public pour finir dans une homérique bataille de ballons....
Ensuite, préparation psychologique à « La Plage », le QG des Grandes Traversées, installé sur les quais, en bord de Garonne, plutôt cool avec ses 9 tonnes de sable par terre, les palmiers et les transats... et le dj qui va bien...
22h, départ pour la Place de La Bourse au milieu des Quais de Bordeaux... Et là, pour une manifestation de street art, encore une fois, l'endroit est bien choisi... ça dégouline de bordelais sortis pour manger en terrasse à la fraiche, il y a des gamins partout et des touristes issus d'au moins 35 pays différents venus profiter d'une petite ballade nocturne sur les quais...
En bref, comme on dit, y'a du people... et je sens qu'on ne va pas passer inaperçus....
De leur coté, la partie nerd de l'équipe s'active à monter tous les systèmes de projection car ces furieux vont envoyer, sur fond de hip hop bien viril, des projections de tags assistées par ordinateur sur les murs du Palais de La Bourse.... Et croyez moi, ça jette un tag de 20 mêtres de haut...
Il y a aussi un système vers lequel vous pouvez envoyer le texte de votre choix par sms et hop ! Ça s'affiche en format géant sur la facade... Mark Jenkins lui, à installé quelques un de ses personnages par ci par là... et déjà son minotaure matador rencontre un certain succès auprès du chaland...
Dernier briefing avant d'enfiler nos tenues... Jared nous regroupe au pied du camion et nous explique le topo : dans un premier temps, déambuler au milieu de la foule, comme si nous aussi on venait jeter un coup d'oeil au spectacle....
Nous avons interdiction de parler et d'interagir avec le public... sauf si quelqu'un nous colle trop, auquel cas, on doit s'en dégager de manière brusque... nous ne sommes pas censés être sympa et surtout « no disney style » nous précise t'il... Nous sommes des Pictos et à ce titre, on ne se mélange pas aux humains...
Si nous nous sentons mal, soit à cause du poids du costume soit parce que la pression de la foule nous colle le stress... nous devons tenter de regagner l'espace technique par nous même pour nous faire ensuite guider vers le camion et se faire aider à quitter le costume...
Oh oh... ça ne va peut être pas être une partie de plaisir finalement... Il faut tenir une heure trente et d'un seul coup, ça paraît long..... Hop, j'enfile ma tenue de Fino en gardant mes chaussures ce coup ci... le fétard bordelais ayant parfois la détestable habitude de casser sa bouteille par terre... et allez... lachez les fauves, la porte s'ouvre et me voilà lâché...
Arrgh, on n'y voit pas grand chose, de nuit... surtout quand on passe dans le rayon des projections.... Ne pas se casser la gueule en descendant du camion, déjà.... se rappeler qu'il y a une chaine en travers à 2 mètres de là... ça y est, je la vois... je passe et je rentre vraiment dans le public....
Oh l'enfer... dans mon hublot, je perçois des tètes... uniquement des tètes... et là je réalise que je ne pourrais pas voir ou je mets les pieds... il va falloir faire gaffe aux mômes qui trainent ou aux gens assis...
On me touche de partout... je me dégage avec de grands mouvement de mes bras en peluche qui trainent par terre... j'ai l'impression d'être dans Apocalypse Now quand les gars débarquent dans la tribu du colonel Kurtz... Apocalypse now mélangé à du Nicolas Hulot (l'effet scaphandre sans doute)... C'est space et on sent très fort la pression de la foule... Je vais essayer d'aller de l'autre coté de la fontaine vers l'arrêt du tramway, histoire de faire un choc aux passagers...
En chemin, je décide de suivre tous les chiens que je rencontre... ah ah ça c'est fun... Hummmmm, arrivé au tram, il y a plus d'air... je sens un vent frais passer dans les trous de mon costume.... comment c'est bon... Aïe, je me fais alpaguer par des gamines qui veulent se faire prendre en photo... je ne réponds pas... elles insistent... je ne réponds toujours pas...
Et puis l'une d'elle s'écrie « Attends, ils n'ont pas le droit de parler, c'est de l'Art ! Hein Bonhomme Bleu que vous faites de l'Art, de l'Art vivant, c'est ça hein ? » Futée la gamine... Il y a aussi un japonais qui me dit plein de trucs en japonais...c'est vrai que mon personnage à été fait là bas... mais je reste muet... j'aperçois de temps en temps un bout des autres pictos par ci par là...
Apparemment eux aussi, ils se font serrer de près... Il va être temps de revenir vers le point de ralliement car plus tard, nous devons manifester.... Plus facile à dire qu'à faire.... D'autant que je suis aux prises avec un idiot qui à décidé de s'amuser à me mettre de grandes poussées dans le dos... Impossible de le localiser avec ma vue restreinte... il va finir par me faire tomber l'animal...
Aaah ? Je sens un bras amical qui se glisse sous le mien... c'est ma copine qui elle ne porte qu'un masque de Masagon et qui est donc libre de sa vision et de ses mouvement qui vient me sortir de là... Merci ma chérie, c'est promis dès que j'enlève mon costume, tu auras le droit à un patin impérial...
Un petit arrêt en face du Dj pour lui faire signe d'envoyer encore plus de steack... et j'entends une voix qui me souffle « capitan', capitan, follow me, we're going to demonstrate.... »
C'est Jared qui, tel un chien de berger, va nous chercher dans la foule pour nous rassembler à l'endroit de la manif... On me tend un panneau, impossible de voir ce qu'il y a dessus... Tant pis, je manifeste quand même... Ca doit être drôle car les gens se fendent la gueule en le photographiant... Et nous voilà partis en cortège autour de la place à travers la foule.... changement de panneau... ce coup ci, j'ai le temps de voir ce qu'il y a dessus « I'm Hot ! ».... Merci Jared... à partir de là, je me fais toucher l'arrière train par tous les touristes anglais à coté desquels je circule...
Coté projections, il doit se passer des trucs pas mal car il y a de grands moments de lumière avec des applaudissements derrière... Ca à l'air de groover... sauf que je n'en vois strictement rien, occupé à ne pas perdre le reste du cortège dans la foule et surtout à ne pas marcher sur les tentacules du collègue devant.... Un tour...Un break manif en stand by... un autre tour.... un autre break et un tour final enfin.... parce que dans le costume, je peux vous dire que ça dégouline, que les cheveux ont fini par se défaire et là je commence à ne vraiment plus rien y voir.... et à ne plus en pouvoir.... c'est vraiment lourd ce truc...
J'ai l'impression que ma tête s'est enfoncée de 20 cm dans les épaules... Yes ! Jared nous guide vers le camion... On va pouvoir redevenir humains....
Et je dois dire que je suis ravi de quitter mon scaphandre chauffé... Allons tester l'ambiance dehors : Aaah tout le monde à l'air content... Apparemment ça l'a fait.... Jared exulte, Eric Bernard aussi... les filles pareil...
Bon, et bien voilà, encore un plan qui se déroule sans accrocs... j'adore... D'autant qu'on a mérité et bien mérité maintenant de retourner à La Plage pour boire une délicieuse bière fraiche... comparer nos expériences avec les collègues Pictos et danser au son de DJ One, super en forme ce soir là (mention spéciale pour la danse qui rend les hommes fous aux filles ce soir là : Tatiana, Céline Musson, et même Victoire Pineaud de la Mairie en plein lâchage.. de même que Mark Jenkins, enfin humain, lancé dans un fox trot mutant avec une poupée deux fois plus petite que lui....)
Et vous savez quoi ? Ensuite on est allé dormir, parce que le lendemain, il y avait des vagues et que c'est trop dur de surfer quand tu as fait la chouille toute la nuit....
Merci à toute l'équipe des Grandes Traversées pour ce week end riche, riche, riche en expériences inédites...... Et à l'année prochaine, alors ?
Toutes les infos sur les Grandes Traversées : ICI et Là
- 1 de 6
- ››


