Freeway et Jake One, Colors Festival
Le concert est annoncé à 19h30, au Nouveau Casino. J'ai plutôt tendance à être ponctuel, mais les expériences passées consistant à poireauter une heure avant le début du concert, non merci. 20h30 devant l'entrée, à l'heure, donc. Le videur :"La première partie est commencée, ça commence à moins le quart." Okay, je reviens.
Effectivement, un quart d’heure plus tard dans une salle a moitié pleine, un petit blanc tout baraqué, Mr Mass, s'excite seul sur scène en balançant ces phases, pas de D.J.. En fait, c'est lui le D.J.. Il se contorsionne pour accéder aux commandes et faire des cuts pour haranguer un peu la foule. Il est ruisselant, ça doit faire un petit moment qu'il est à fond comme ça. De bonnes phases, plutôt dans le tempo. Mais ça manque d'un D.J. tout de même.
Ah pardon, c'était vraiment lui le D.J., son acolyte Spec Boogie le rejoint sur scène et il retrouve sa place, derrière la mixette et les platines. Spec Boogie est bien couvert, il ne va pas tenir longtemps accoutré comme ça. Une chanson et demi, il tombe le par-dessus. au début de la troisième bye bye la chemise de bûcheron. Il arbore à présent un teesh avec ces initiales, et commence un rap avec des mots ne commençant que par ces deux lettres. Ok, belle prouesse. Mais il a du mal à être dans le rythme et surtout à faire se lever la foule un peu moribonde et surtout présente pour le natif de Philadelphie, Freeway.
S.B. a sorti les grandes pagaies, interromps les instrus, essaye de créer un lien et le public commence a réagir. Le public parisien n'est pas un public facile, je sais de quoi je parle, je viens de Bordeaux, on est pire. Nan j'déconne. C’était plutôt une belle audiance métissée et réceptive, mais on ne comprend pas tout ton slang l’ami, difficile à suivre. Bref ça commence à bouger et paf, au milieu de son set, des grosses basses font vibrer toute l'assistance. Enfin ! La base rythmique du Hip Hop au complet à nous en décoller la plèvre ou à nous en chatouiller la luette. Spec Boogie est plus à l’aise du coup, il déroule, puis quitte la scène après une grosse demi heure. Il nous confie qu'il est heureux d'être loin du quartier, ici à Paris, tous n’ont pas cette chance, et qu'il est là pour répandre et récolter l'amour. Les bases : love, unity and having fun.
Jake One s'installe à présent derrière les platines. Changement de ton. Il connaît son métier, enchaîne quelques-uns de ses sons, deux trois scratches, des cuts précis, des jingles bien bourrins, et format Pop au taquet deux minutes grand maximum. Ces derniers temps il a aligné quelques hits et il est devenu une vraie locomotive dans l’industrie. Puis il commence a appeler Freeway, qui tarde à entrer en scène comme pour mieux se faire désirer. Puis le voilà, il entre en courant d’un coup, comme une balle et tout le monde exulte. Pas de problèmes de basses cette fois. C'est parti, et pour de bon.
Freeway n'est pas très grand. Sans casquette, juste avec les lunettes et sa barbe, on dirait un mini Rick Ross. Et en live son timbre me rappelle M.O.P. Toujours dans le même esprit que l'intro de Jake One, on est sur du format Pop. On a très rarement deux fois le refrain. Et régulièrement le D.J.. coupe les vannes et Freeway envoie sévère en accapela, pointant de l’index les temps qu’il impulse à son flow. Ça fonctionne bien. Le public connaît les paroles et chante les samples de l'instru quand celle-ci est absente. Pas de round d’observation, on est dans le vif du sujet. Comme dans le Gospel, les aller-retours entre le M.C. et le public crée un truc, le truc, la rencontre.
Une ou deux pauses à noter dans ce concert uptempo : Jake One nous fait écouter en exclu ses prochaines prods, Freeway tape un freestyle à blanc pour les filles, puis c'est reparti de plus belle avec du son bien gras pour les gros. A vu d'œil, je dirais une fille pour huit ou neuf gars, assistance très masculine, assez basket-ball aussi avec quelques doubles-mètres dont un avoisinant les 2m10 pour 120 kilos, on dit “Monsieur”. Très bonne ambiance malgré les sonorités bitume fumant, c’est détendu, ça rigole et ça chante.
Et comme Freeway donne beaucoup, le public fait pareil et ça commence vite à sentir le vestiaire sans les odeurs de Voltarène. Et que je saute à droite, lève le bras, dis "hey hoooo", saute à gauche, fait le diamant avec tes mains. Freeway aussi connaît son affaire et se met tout le public dans la poche. C'est l'heure du premier rappel. Quelques hits ne sont pas encore passés. Il revient sur scène comme lors de son entrée, en courant, comme une balle, à fond. Voilà enfin "What We Do", on l'attendais tous. Un deuxième micro rappel, on est un peu sur notre faim.
Puis Jake One revient seul sur scène. Il nous lance un : "hey il nous reste dix minutes, je joue quelques beats ?". Ben un peu mon cochon, c'est sympa de ta part, vas-y, fonce. Mais il est où Freeway ? Il a plus envie ? Il fait le ramadan c'est un peu dure en ce moment ? C'est l'heure du manger ou bien ? On n'en saura rien, c'était sans doute prévu ainsi. On termine avec deux trois morceaux de Jay Z puis les gens sortent comprenant par eux-mêmes qu'il n'y en aura pas plus.
Au final, c'était vraiment bien, intense, mais pas top. Un peu relation tarifé ce joyeux bordel, on en aurait voulu plus, il n'est que 22h30. Mais on est lundi en fait, j'avais oublié. Plutôt bon signe?
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Merci François pour ce bon article...C'est comme si on y était !
L'homme est un loup pour l'homme