Dakar, retour aux sources
Daf sedd ba dama obligé solat sama chemise yéré. Nex na.
Aka "Il fait un peu frais ici (on est descendu à 28°, en plein hiver, damned), j'ai du remettre ma chemise". En wolof. Voilà de quoi énerver la métropole enneigée.
Des soucis d'Internet en ville. Dure mission que de résumer alors 48 heures si remplies de Festival. Rencontres, conférences, expositions, concerts, reportages, tests techniques, l'équipe Nova a de quoi s'occuper.
Une semaine déjà que Dakar vit au rythme du Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN). Si la population est en apparence peu impliquée, elle se presse au grands concerts comme ceux de Capleton à l'Obélisque ou du plateau hip-hop de la Biscuiterie, ancienne usine transformée ce soir-là en temple digne des meilleures block party.
Jeudi, la star c'est Marcus Miller, l'ancien bassiste de Miles Davis devenu chantre du jazz fusion. Il est en concert le soir même au monument de la Renaissance, la statue de tous les records et de toutes les polémiques érigée par le président Wade pour signifier le renouveau africain.
Plus tôt dans la journée, Miller a visité la Maison de l'esclavage sur l'île de Gorée, petit bout de paradis en face de la capitale sénégalaise. Si le rôle de cette Maison n'est pas avéré dans la déportation des esclaves, elle joue le rôle indispensable du devoir de mémoire.
En négociant comme le prix d'une course en taxi, nous arrivons à être les seuls journalistes à accompagner le jazzmen sur l'île. En bateau. Et pas n'importe quel esquif, nous faisons la traversée sur le yacht du président. Arrivés au mausolée, Marcus raconte. "Nous avons tellement pris au continent africain, même en matière de musique, il est temps pour nous de leur rendre".
Comme James Brown ou Duke Ellington avant lui, ce premier voyage sur la "terre de ses ancêtres" est capital dans l'affirmation de son identité. Son identité on va la sentir sur scène quelques heures plus tard. Mais avant, prenons le temps de s'égarer sur l'île, terre d'artistes. Rencontre avec un collectif qui recycle les déchets portés par la mer pour en faire des oeuvres d'art de la récup. Le crew s'est installé dans la structure métallique d'un ancien canon de l'armée française. Saisissant.
C'est Ray Lema, pianiste et chanteur congolais bien connu des services de Nova qui ouvre le bal le soir. Avec les soucis d'organisation, ses musiciens n'ont pas réussi à venir. Lui, né dans un train, a chopé le bon pour être au rendez vous des Arts Nègres. Rien n'est perdu, la débrouille et les rencontres du Festival font qu'un des tout meilleurs steel-drumers, Andy Narell, est là pour épauler Lema.
Narell est encore là quand Marcus Miller de sa basse slapée orchestre un dialogue magique d'improvisations saxo/steelpan sur le titre Jean-Pierre de son ancien partenaire Miles Davis. Miller fait montre son set durant de son génie en déballant tout ce que la basse autorise de techniques. Et en sortant son l'arsenal de styles jazz fusion, allant du R'n'B au funk. Vaincus par K.O.
Bintou trouve encore la force d'aller tendre son micro à Capleton qui sort de scène après avoir embouteillé la vaste place de l'Obélisque. Plus tôt, elle a été à la rencontre de grapheurs dakarois et d'architectes traditionnels.
Vendredi, gros programme. L'exposition Portraits de Femme présente une galerie de femmes qui ont marqué l'Afrique. On nous ouvre aussi les portes de la cellule de communication du festival, véritable QG de guerre. 150 personnes, des téléphones et des ordinateurs qui chaperonnent tout. On entend le wolof, le portugais de l'invité brésilien, l'anglais ou le français.
Ensuite direction l'école des Manguiers dans le quartier de la Médina. C'est là que s'entraînent les lutteurs de l'écurie Fass. En dehors des événements tracés par le FESMAN, on découvre le sport national et ses origines traditionnelles. D'un combat mystique, initiatique, il est devenu avec l'arrivée des sponsors un phénomène médiatique. On a la chance d'observer ces carrures de gladiateurs apprendre à en découdre.
Prochain épisode : art, design et hip-hop dakarois.
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