Dakar la fougueuse

Giulio Callegari jeudi 16 décembre 2010

Bienvenue dans la Très Grande Tournée de Nova. 
 
L'équipe Nova est en enfin arrivée à Dakar pour la 3ème édition du Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN). Après des jours de pourparlers, de soucis logistiques au Sénégal, nous avons enfin vécu ce choc thermique que nous attendions comme le messie. Passer de 0° à 29° en un Paris/Dakar de 5 heures à faire pâlir les pilotes de rallye. 
 
Quelques minutes de procédures douanières à l'ancienne plus tard, nous voici lâchés dans la ville. Enfin pas tout à fait, pour nous biberonner, nous choyer, voilà deux camarades de Nova, Tristan et Lilas, qui le temps du festival, jouent les logisticiens de choc à la "cellule de communication" du Festival. Une cellule de crise. Première prise de bec avec les moustiques, premiers prix à notre tête de client, premiers calculs (1€ = 655 francs CFA)...
 
Et premier constat, rien ne se passe comme prévu. La ville est en chantier, le "village des artistes" pas terminé, les coupures de courant ponctuent les prestations. Les intellectuels dormiraient sur des lits d'hôpital, les artistes ne viendraient pas sans savoir ou dormir. Tous les festivaliers prendraient des allures de réfugiés. Au conditionnel car ici l'information arrive au compte-goutte, et les certitudes divergent. "Le président Wade a eu les yeux plus gros que le ventre", etc... Les mécontents s'expriment par tribunes interposées dans les canards locaux. 
 
Il faut lire la presse, pour avoir les bons plans. Les événements de la veille. Le discours du Guide Libyen Kadhafi ou le concert improvisé de Wyclef Jean sur la place de l'Obélisque. Le chanteur haïtien est très présent depuis le début de ce festival. 
 
Malgré tout, nous voici festivaliers. Et quand on a la chance comme nous d'être rencardé, le Festival offre des occasions exceptionnelles. 
 

Déjeuner à l'Institut Français. Ray Lema et Wasis Diop viennent embrasser Bintou, Isabelle et Nadine, leurs copines de Nova. Un poisson grillé et c'est parti pour une première après midi.
 
Je pars en chasse de l'école de lutte de Fass, dans le quartier de la Médina. Une des plus célèbres écuries de lutteurs du pays. Un bon reportage en perspective. Mais il n'y a personne. "Il faudra revenir" m'indique un marabout avant de livrer une opération séduction pour me dire que les marabouts ne sont pas des mécréants. Ok. L'Islam en version maraboutique est la religion principal du pays. Il me fait visiter une école avec tout ce qu'il faut sauf des élèves. 
 
Rendez vous à la Maison de la Culture Douta Seck qui accueille l'exposition de Mondomix sur les musiques noires, un des temps forts annoncés du FESMAN. C'est ici que le Néo Géo de dimanche posera son studio de fortune. Pour ce vernissage, du beau monde. Angélique Kidjo saute dans les bras de Bintou.
 
Des anciens ayant vécu le premier FESMAN de 66 et l'organisation de maître de Senghor, comparent les deux éditions. S'ils sont sceptiques sur celle-ci (ils avoueront que la critique est dans le "caractère de lion" des Sénégalais) ils n'en sont pas moins ravis de voir la rénovation et la naissance de nouvelles institution culturelles à Dakar. Le député Huchard insiste sur l'après festival. Il faudra suivre l'effervescence créatrice et intellectuelle de ce mois de fête. 
 
Le président Wade attendu n'arrivera pas. On dîne à Ouakam, ancien village de pêcheurs avalé par la ville, chez un proche de Bintou. Au menu, couscous de mil, pour célébrer Tajabone, fête musulmane du nouvel an. Ah mais c'est pour ça que les lutteurs et les enfants faisaient l'école buissonnière. Les muezzins qui font du free jazz au mic des minarets nous rappellent toute la soirée que c'est bien religieux. Le maître des lieux nous dit "Si tu as faim aujourd'hui, tu auras faim toute ta vie". Et merde, j'ai faim. 
 

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