Un nom pas très cool à porter
Nom : Mussolini. Prénom : Romano. Signe particulier : Fils de dictateur. Avec un pedigree pareil, le troisième fils du Duce, né en 1927, aurait pu se cacher toute sa vie dans un anonymat protecteur. Il fût au contraire un des pianistes de jazz les plus talentueux d’Italie et joua avec les plus grands.
C’est pour accompagner son fasciste de père, violoniste à ses heures, que Romano se mit tout jeune à apprendre par lui-même le piano. De jazz alors, il n’était pas question ! Papa ne jure que par l’opéra et il interdit même cette musique ennemie entre 1941 et 1943.
Par chance, Romano peut entendre les disques que son frère Vittorio et sa sœur Edda se procurent en douce. Son premier sera Black Beauty de Duke Ellington et il le gardera précieusement jusqu’à sa mort, en 2006.
Il essaie aussitôt de reproduire ces merveilleux accords de blues et commence à prendre des cours. En avril 1945, il a 17 ans quand son père est assassiné et lynché. Chute du régime, jeu de cache-cache, vaches maigres. Au sortir de la guerre, Romano survit en faisant des petits boulots et en jouant dans un quartet sous le pseudonyme de Romano Full. Ce n’est qu’au festival de jazz de San Remo en 1956 qu’il reprend son nom et se distingue en tant que musicien.
Ce qui lui vaut ensuite d’accompagner Ella Fitzgerald, les Platters et le jeune Chet Baker, alors en pleine ascension. Lors de leur première rencontre, le trompettiste déjà bien perché aurait dit à Romano : « Désolé pour ton père, c’est moche ce qui lui est arrivé ! »
Romano part ensuite aux Etats-Unis où il jamme avec Louis Armstrong, Dizzy Gillespie et Lionel Hampton. De retour en Italie, il forme dans les années 60 le « Romano Mussolini All Bands » avec lequel il va pendant de longues années faire oublier son étonnante ascendance. au profit de son talent de pianiste aussi à l’aise dans le be bop, le swing et le New Orleans.
Mais les noms ont semble t-il la vie dure : une de ses filles, la députée européenne Alessandra Mussolini, s’en sert pour une publicité moins artistique. Elle dirige le petit parti d’extrême droite Azione Sociale dont Romano a composé l’hymne. Sans doute, une des seules fois où il aura rompu son apolitisme légendaire. Famille quand tu nous tiens….
Une anecdote extraite du livre "Mais qui a volé la trompette de Dizzy?"
- 1 de 41
- ››

