Mais qui a tordu la trompette de Dizzy?

adrien gingold - vendredi 30 octobre 2009
la trompette coudée de Dizzy

Dans l’imagerie jazz, Dizzy Gillespie est l’homme au béret, aux joues de crapaud et… à la trompette coudée. Mais pourquoi son instrument avait-il cette forme si particulière ? Histoire d’un accident tout bête.
 
Tout commence à New York, le 6 janvier 1953, au club de jazz le Snookie’s. Dizzy y joue tous les soirs mais, ce jour-là, il fait relâche. C’est l’occasion d’organiser un concert privé pour l’anniversaire de sa femme Lorraine, en compagnie de quelques amis du show business.
 
Pendant qu’on prépare la fête, Dizzy participe à une émission de télévision dans un hôtel voisin. À son retour, il retrouve sa trompette en piteux état : le pavillon se dresse en l’air, complètement tordu.
 
Qui a fait ça ? Deux de ses amis, Stump et Stumpy, des comiques, danseur de claquettes, n’en mènent pas large. Ils expliquent au sanguin Dizzy qu’après avoir bu quelques verres, ils ont un peu chahuté sur scène en son absence et que l’un d’eux a chuté sur la trompette.
 
Dizzy entre dans une colère noire qui fait fuir les deux compères.
Mais il n’a pas le choix : dans quelques minutes, il doit jouer pour Lorraine. Il souffle dans son instrument dont émane un drôle de son, un peu atténué par la fuite d’air qui s’échappe d’une petite entaille à la pliure du tube. Il fera avec !

Le premier livre de Nova Editions!

Dizzy joue toute la nuit. Et plus il joue, plus il aime ce son étrange. « Je pouvais jouer tendrement, très tendrement, sans claironner », confiera-t-il plus tard dans son autobiographie.
Cet angle inhabituel offre un autre avantage, bien plus important : faire arriver le son plus rapidement à son oreille. Pour ce maniaque du timbre, c’est une révélation.
 
Au lieu de la faire réparer, il commande aussitôt à son facteur d’instruments, la Martin Company, une réplique de sa trompette accidentée. C’est sa femme qui dessinera le prototype, avec un angle à 45 degrés. Le fameux « Bent Horn » de Dizzy vient de naître.
 
Quelques années plus tard, Dizzy confiera à la femme de Stump : « C’est la meilleure chose qui me soit arrivée ! »
 
 
Extrait du livre “Mais qui a tordu la trompette de Dizzy, et autres histoires de jazz” (Nova Editions), par TSF Jazz & Bruno Costemalle (ex-rédac chef du Novamag), à paraître, le 4 novembre 2009.
 
Quel standard de jazz totalise 10 000 versions ? Pourquoi appelait-on Ellington le Duke ? Comment Armstrong utilisa Nixon pour faire passer de la marijuana en douane ? Pourquoi Dinah Washington expédia un uppercut à un de ses musiciens ? Quel fils de dictateur fit une carrière de pianiste ? D’où vient le mot jazz ?

>> Réponses dans “Mais qui a tordu la trompette de Dizzy, et autres histoires de jazz”

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