JR, aujourd'hui et demain
A quelques secondes de la diffusion en avant-première de son film Women Are Heroes, JR tient à remettre une chose au point. Juste une: il n'est pas photographe. Celui qui s'était auto-proclamé photograffeur puis artiviste se rend finalement compte qu'il n'existe qu'un seul terme pour le définir sans l'enfermer dans un carcan. JR est un artiste. Et qui plus est, un artiste qui s'expose dans la plus grande galerie du monde. La rue.
Ancien graffeur dont la légende raconte qu'il commence à s'intéresser à la photo lorsqu'il trouve par hasard dans le métro parisien un appareil photo (voleur!), JR se fait connaître quelques mois après les émeutes de 2005.
Avec son projet 28 millimètres, JR expose illégalement les "cailleras" des cités de Clichy et Montfermeil sur les murs de l'est parisien. Des mecs de cité qui rigolent, grimacent, s'amusent, rient d'eux... un autre visage d'une banlieue qui fait peur. JR n'a pas encore 25 ans.
Plus tard, il travaillera Face 2 Face, un projet foutument ambitieux. Le jeune artiste affiche en énorme, et toujours illégalement, des photos d'israéliens sur les murs de Ramallah. Un rabbin, un imam et un prêtre grimacent côte à côte. Sur la photo comme dans la rue.
Mais si JR se cache derrière ses initiales, c'est que le projet JR n'est pas simplement celui de J.... R...., mais celui de toute une équipe. Celui de tous ceux qui l'ont aidé, accueilli, suivi, et bien sur collé ses affiches avec lui, de Paris à Rio en passant par l'Inde ou le Cambodge. Des gens qui le connaissent, depuis toujours ou depuis deux semaines, des gens qui l'aident, régulièrement ou par à-coups... des gens qui aiment le projet et qui veulent en être. Ils sont des centaines.
JR s'est intéressé plus particulièrement aux femmes. "Déjà, elles donnent la vie". Facile, mais tellement vrai. "Et puis, je voulais voir comment vivaient les femmes dans des zones contrôlées par des femmes". Si elles vivent souvent dans l'ombre de leurs hommes, ce sont également elles les plus exposées. Elles qui sont violées. Elles qui s'occupent des enfants lorsque le mari fuit, ou se fait descendre. Elles encore qui construisent l'avenir, quand le mari, trop souvent, fait fondre sa paie en alcool ou autres futilités.
Alors JR les prend en photo, et les collent sur les murs de leur favela, bidonville ou autre ghetto. Et là, pour la première fois, ces femmes vivent un bonheur pour lequelle elles se battent chaque jour, quelque chose de simple mais dont elles souffrent toutes, partout dans le monde: quand les gens la voient, en gros plan, souriant sur les murs de leur maison, alors ils se demandent qui elle peut bien être.
Car, du Kénya au Cambodge, de Rio à Delhi, aucune ne se plaint de la pauvreté, de la faim ou de la violence; aucune n'exprime le souhait de déménager.
Ce que souhaitent ces femmes que JR met sous la lumière des réverbères, tout comme ces gamins de Clichy-Montfermeil, c'est que pour une fois, l'on se demande qui ils sont. Que l'on arrête quelques secondes de les juger en fonction de ce que raconte la télé, que l'on arrête de les considérer comme des animaux, ou du moins des sous-citoyens.
Elles ne demandent même pas que l'on s'intéressent à elles, mais juste à dire qui elles sont. Et pour JR, Women Are Heroes.
Women Are Heroes, en salles mercredi 12 janvier 2011.
Voir ci-dessous l'interview vidéo de JR.
JR sera ces mercredi et jeudi l'invité de l'Eléphant Effervescent de Mélanie Bauer, dès 17h30.
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Effectivement c'est dingue de mettre une musique pendant qu'il parle !!! Du coup c'est incompréhensible... Merci Nova !!
Sinon on sur-aime le projet, j'ai vu le film en avant première, il faut y aller, vraiment.
bonheur pour lequelle elles se barttent
ah l'orthographe...
Article intéressant mais un gros manque de critique pure. Tout n'est pas bon dans le cochon.
La musique en fond de l'interview, c'est pas une bonne idée du tout.
http://www.lescineastes.fr/2010/05/cannes-2010-women-are-heroes-jr/
On a vu le film à Cannes, venez partager notre expérience sur ce bel article des Cineastes.fr
Une oeuvre somptueuse!
Du noir et blanc,
J'hésite encore à me positionner entre du colonialisme culturel ou un cadeau artistiques. Beaucoup de graffeur ont déjà poser leur marque dans endroits exotiques à leur culture.
Mais utiliser l'affichage grand format qui pour moi est encore le symbole fort de la société de consommation, dans des endroits ou les gens aspire à vivre correctement,...
Choc artistique ou performance culturel?
Une chose est sur ce projet n'aurai pas d'incidence émotionnel si il n'y avais pas autant d'inégalité dans le monde.
Ça correspond, je trouve, à une description parfaite et complète d'un monde capitaliste plus que mûre.
En tout cas toute mes felicitations et bravo à tous les gens de la rue qui y ont participer,
Simon
Bel article et belle interview ! Merci !
J'hier, aujourd'hui et demain ?
Tres bon jeu de mot...