Dans les Oreilles de Juan Atkins

adrien gingold - jeudi 26 janvier 2012

On va pas la jouer compliquée : Juan Atkins, c'est l'un des pionniers de la techno. Probablement une des trois figures majeures du mouvement, the "originator", rien que ça.
Evidemment née dans le berceau du mouvement, Detroit, la ville de la Motown, la Motor City, la légende a été l'un des tout premiers (peut-être LE premier?) à être invité à venir défendre le genre en Europe. 
 
Isadora, la grande prêtresse des oreilles, a rencontré Juan Atkins, et lui a concocté un interrogatoire en règle pour répondre à la question suivante : de quels genres musicaux ont été bercées les oreilles d'un type qui a lui-même inventé un genre musical ?
 
Avec deux potes de lycées, Kevin Saunderson et Derrick May, le jeune Juan va créer un mouvement, un genre musical, au début des années 80 : la techno. C'est en 81 que leurs premières prods sortent sous le nom de Cybotron. Mais avant cela, il y a toute une histoire, et elle est jolie."Je suis un compositeur électronique de Detroit. Ceux qui ne me connaissent pas n'ont pas forcément besoin de me connaître, ils ont juste à écouter ma musique". Voilà comment Juan Atkins se présente. Le premier son dont il se rappelle, Atkins aime bien raconter que c'est le bruit de ses fesses contre le sol lorsqu'il était tout bébé. "Je suis persuadé que la musique qu'écoutait ma mère lorsqu'elle était enceinte a eu un gros impact sur moi". De sa maman, il retient surtout les Doors, "Baby Light My Fire".
 
Il ne se rappelle pas que de musique : "Dans le ghetto, à Detroit, il y a beaucoup de circulation, des sirènes de police, des coups de klaxons, des coups de feu, aussi...". Ces atmosphères, elles ont marqué l'histoire de Juan Atkins probablement autant que les musiques qu'il écoutait.
 
Le premier disque qu'il s'achète, vers 10 ou 11 ans, c'est la Family Affair de Sly & The Family Stone. Dès la première écoute, il tombe amoureux de la Family, qu'il découvre dans l'immeuble de la Motown, doté d'un magasin de disques, au sous-sol, juste en face de l'hôtel où il habite avec sa grand-mère. Ensuite, ce sera James Brown et le Funkadelic.
 
Ci-dessous, Juan Atkins et Isadora chez Nova

Lentement mais sûrement, Juanito arrive à l'âge des premiers concerts. Son premier concert ne sera pas le pire : les Jackson Five au State Fair, 15 jours de concerts à la fin de l'été, à Detroit. "Tout se passait là-bas". A l'époque, il est fan du Funkadelic : il reste des heures et des heures à écouter la radio, dans l'attente fébrile de la diffusion de "One Nation Under a Groove", qui le rend dingue, et qui est encore introuvable dans les bacs. il est littéralement accro à un petit quelque chose dans leur musique, qu'il attribue aux claviers de Bernie Worrell.
 
Ses premières platines, il les touche grâce au cousin d'un pote à lui, DJ. Nous sommes en 1978, peut-être 1979. "La disco est vraiment populaire, notamment Donna Summer. Je ne crois pas que les DJ auraient pu se mettre à mixer sans la disco". Disco et funk donc, jusqu'à ce que Juan Atkins découvre Kraftwerk, en robot, sur la scène du Nitro. "Quand ils sont venus jouer, j'avais pas encore l'âge d'aller en club, j'ai du emprunter une carte d'identité pour entrer! Ca a été l'un des meilleurs concerts de toute ma vie". Juan Atkins a les yeux écarquillés. Plein de machines partout, des déguisements, We Are The Robots... "C'était complètement fou".

Pendant l'émergence du mouvement techno - dont Juan Atkins est acteur central, on lui demande à lui et à ses potes (Saunderson et May, donc), de venir jouer en Europe. A l'époque, on n'invitait pas les DJ's à l'autre bout du monde. Afin de pouvoir se payer l'hôtel, les lascars produisent alors un ou deux remixes. "On était partout, notre musique était très populaire. Big Fun était un grand succès !".

Grand Mix TV

Et aujourd'hui ? "La musique dépend des machines dont on dispose. Moi j'ai toujours aimé les machines, ce sont elles qui m'imposent les directions, les idées, le style... Maintenant que les possibilités sont infinies, il faut avoir beaucoup d'imagination pour créer quelque chose de nouveau"...
 
Ca ne nous a pas marqué tout de suite, mais il y a quelque chose d'assez amusant dans l'évolution musicale d'Atkins, par rapport à ce qu'il est devenu. En résumant, son chemin musical a été le suivant : funk > disco > musique électronique. C'est à dire les trois piliers de la musique techno... Juan Atkins a crée le fruit, le résultat de ses goûts musicaux. il en a fondé un genre nouveau. Atkins est le fruit de la somme de ses influences, le bout de l'entonnoir.
 
On est allé chercher ce qu'il avait dans les oreilles. En fait, il fallait aller chercher plus loin: directement au fond des entrailles.
 
À écouter
Le podcast de son Dans les Oreilles avec le tracklisting de la BO de sa vie ici. 
Et la playlist de ses 10 titres marquants, par ici.
À voir
La NovaGalerie Ruins of Detroit, quand la crise est passée par la Motor City. 
À lire
La Bande Dessinée Le Chant de la Machine, écrite par l'animateur de Nova David Blot, notamment sur l'émergence de la Techno.
À regarder
Ci-dessous un document exceptionnel, un documentaire d'une heure diffusé en 1996 sur Arte à propos de la Techno. Ils y sont tous.
 

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