Dans les Oreilles de Charlotte Gainsbourg
Une vie à l'image d'une B.O, entre images et musiques. Révélée au cinéma en 1984 dans Paroles et musiques d'Elie Chouraqui mais surtout grâce à son rôle d'inoubliable Effrontée, dirigée par Claude Miller, Charlotte Gainsbourg est une enfant de la balle. Invitée de Nova à l'occasion de la sortie de son nouvel album, Stage Whispers, elle a essayé de poser quelques mots sur son rapport ambigu à la musique lors de son passage dans les studios de la radio.
"Je ne sais pas me présenter. Quoi dire, c'est très ennuyeux". Elle commence comme cela, avec la pudeur qu'on lui connaît et cette voix douce, fragile, qui attire les regards, elle sait en jouer. En témoigne son rôle dans Antichrist, de Lars Von Trier, récompensé à Cannes en 2009 pour lequel elle reçoit le prix d'interprétation féminine. "Au cinéma, on demande à être touché, en musique ce n'est pas ce dont j'ai envie".
De quoi a t-elle envie alors, Charlotte ? De ne pas subir, elle qui a toujours supporté le choix des autres. "J'ai grandi à côté d'un génie, les seuls souvenirs musicaux que j'ai sont à travers lui".
On lui a imposé la musique, la musique s'est imposée à elle. Quand on 8 ans, que l'on s'appelle Charlotte, qu'on est la fille de Serge Gainsbourg, on n'a pas le droit de tout aimer. Pas de Dorothée bien sûr, pas de Chantal Goya, rien de tout ce que les petites filles du même âge ne se lassent pas d'écouter mais plutôt du Dylan et tout le catalogue Polygram - la maison de disque de papa.
Son premier souvenir musical, ce sera Ian Dury avec ce titre "Sex, Drugs et Rock'n'roll". Peu importe la chanson, Charlotte est petite, le titre l'intrigue, un peu comme l'Ami Caouette, chanté par son père - une chanson, d'ailleurs, qu'il n'assumera jamais.
"J'essaie de m'échapper de mes parents, de ne pas parler que d'eux mais malheureusement ou heureusement (c'est une chance) c'est par eux que m'est venue la musique. Le premier concert auquel j'ai assisté, c'était celui de mon père au Palace, j'en ai des souvenirs très forts. La deuxième fois où j'ai été marquée c'était par Radiohead, enfin, plus précisément Thom Yorke (…) Adolescente, je n'avais pas le réflexe d'aller voir des artistes en live, ça m'est venu que très tard".
Car jusqu'à très tard, Charlotte préfère les voix studios. Parmi les disques qui la hantent, il y a d'abord les variations de Bach jouées par Gleen Gould - dont elle se sert au quotidien, dans son travail et qui font "partie de sa vie". Le reste, ce sont surtout des B.O de films - rapport au cinéma toujours - elle cite Midnight Cowboy (composé par son beau-père) et la musique des Dents de la Mer, qui l'a marquée, épouvantée, jusqu'à ce jour.
Plus récemment, ce sont ses films à elle qui lui ont fait ouvrir grand les oreilles : "J'ai découvert une playlist sur Antichrist, qui est un film pour lequel j'ai vraiment eu besoin de musique, d'être portée par des choses extrêmes, parce que le rôle était difficile". De la symphonie, quelques morceaux de Camille et du rock. Pour l'énergie et le "réel".
Le cérémonial familial de sa toute petite enfance, c'était aussi les comédies musicales - un rituel. Elle connait (encore) aujourd'hui, toutes les paroles de My Fair Lady. Il y a aussi son attrait pour les disques vinyles, à l'opposé du casque audio "solitaire et triste" et puis, une multitude d'artistes trop peu connus qu'elle aime découvrir comme The Prisonners (un groupe né en prison) ou encore Elizabeth Cotten et son Shake Sugaree - quasi a capella.
- Ci dessous, Paradisco, tiré de son dernier album :
La simplicité musicale la fascine. Sa chanson préférée date de 1972 : Perfect Day de Lou Reed, une grande découverte personnelle mais ce qu'elle appelle un grand classique "J'aurais préféré quelque chose de moins connu", elle dit - on ne voit pas la radio mais de derrière le micro on entend son sourire...
La simplicité musicale la fascine alors que dans les même temps elle aime les grandes compositions, les univers recherchés et Radiohead qui la plonge dans quelque chose d'irréel, une mélancolie inévitable dont elle aimerait bien se passer. "Radiohead, je l'aime aussi sur scène, pour le côté animal, pour sa dextérité et le génie de la mélodie".
Et sur sa scène à elle, Charlotte est toute aussi pleine d'énergie. En musique elle a fait ses preuves. Après avoir collaboré avec Air, Jarvis Cocker, Tony Allen ou encore Beck à qui elle confia la réalisation d' "IRM", elle revient aujourd'hui dans les bacs avec Stage Whispers - une compilation de live et d'inédits - orchestrés par Connan Mockasin (que l'on connaît bien chez Nova) ou encore Noah & The Whale.
Un cercle de choix. Parce qu'elle aime être entourée, sans doute plus rassurée. Il lui a fallu 20 ans pour revenir à la musique, cela lui semblait impossible sans la présence de son père. Mais la musique est là. "J'ai joué à cache/cache avec, je peux m'en passer pendant de longs jours et y revenir de manière très forte. La musique est source d'émotions fortes. Avec elle, j'ai un rapport amour/haine que je n'explique pas, quelque chose de bizarre". Bizarre et beau à la fois. Thomas Carrié.
Pour réécouter son Dans Les Oreilles, et voir son tracklisting, direction les podcasts. Pour revoir également la NovaGalerie des objets fétiches de Serge Gainsbourg, c'est par là et pour redécouvrir le deuxième album de Charlote, "IRM", par ici.
© Crédits photos : Jean-Baptiste Mondino
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