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Rubin Steiner

Smaëlb - 06.04.05

“Je n'ai jamais fait d'allemand de ma vie, mais je trouve cette langue exotique. Rubin Steiner, c’était un bon nom, alors je l’ai gardé.“

Abusivement taxé d'electro-jazzeux, le tourangeau veut montrer son vrai pedigree sur son nouvel album Drum Major.

Rubin Steiner

Tu parles de Wunderbar Drei comme un exercice de style. Comment définirais-tu Drum Major ?

C’est tout le contraire en fait. Ce disque n’a jamais été pensé comme un album. Je n’ai jamais arrêté de composer et quand j'ai eu une douzaine de bonnes chansons, j’avais l’album. Pour Wunderbar Drei, j’ai beaucoup retravaillé les morceaux, dans l'idée de faire un album cohérent avec une couleur spéciale, alors que là, pas du tout. J’étais en plein déménagement, plus la tournée, je bloquais moins de temps pour composer. J’ai même fait des morceaux dans le train.

Ca te brancherait de bosser avec un groupe ?

Jusqu’ici, non. Mais depuis la formule de live où j’ai retrouvé des vieux copains, je suis tenté. Avec mes nouveaux camarades de jeu, il y aurait vraiment moyen de faire un truc.

La difficulté du home-studio, c est l'adaptation scènique. Tu te dis parfois que certains morceaux ne sont pas jouables? Tu composes en conséquence?

Non, je ne m’en occupe pas. Les morceaux injouables, on les joue différemment. Sur cet album, les trois quarts des titres ont été composés à la guitare au départ, donc c’était beaucoup plus facile. Les autres albums étaient essentiellement basés sur des samples, je n’avais pas décidé de l’évolution d’un morceau, alors que maintenant mes suites d’accords sont “faisables“. Quand tu samples un truc et que tu t’amuses à le pitcher, ça te fait des accords parallèles qui sont souvent casse couilles à jouer. Harmoniquement, j’ai progressé.

Tu te prends la tête sur l’origine des samples ?

Là, il n’y en a quasiment pas. Et je n’ai aucune préférence. Par exemple, je n’ai jamais pensé comme la plupart de mes petits copains à sampler une grosse caisse de Dr Dre pour faire des rythmiques qui frappent. Peut-être sur le prochain ?

Il y a un morceau qui s’appelle Don’t try to copy your heroes. Qui sont les tiens ?

Ce morceau, je l’ai fait grâce à une machine, une jam man. C’est une delay avec laquelle tu peux sampler en direct, et c’est super facile de faire des boucles. Quand je l’ai reçue, c‘est le premier morceau que j'ai fait à la guitare. Ensuite on m’a dit que ça ressemblait à Jesus & Mary Chain ou Death in Vegas, et ce n’était pas du tout le but, d’où le titre. Après des idoles j’en ai de moins en moins. J’écoute pas mal de surf-garage en ce moment et ça ne s’entend pas du tout dans ma musique. C'est comme la chanson Universe, on m’a dit que ça sonnait comme Bowie ou Gainsbourg. Moi, j’essayais simplement de retrouver un morceau de Deus de mémoire à la guitare et je n’y arrivais pas. En fait, ce titre, c’est une reprise de Deus, mais complètement ratée.

Tu as déjà fait un concert de Tony Conrad ?

Oui, c’était au Garage, près de Bastille. Le concert c’était 1h30 de violon, et une note. Il était avec une violoncelliste anorexyque qui a aussi joué une seule note. J’étais fasciné par toute cette vague minimaliste. A l’époque, ils étaient dans un trip spirituel, à la recherche de la note unique tirée indéfiniment, le golden sound. Ils appelaient ça de la drone music, parce qu’ils bossaient avec les premiers oscillateurs électroniques. Ils allaient faire des stages chez les grands maîtres du raga indien. Il y a vraiment une histoire, ce n’est pas que de la musique de défoncés. Mais ils sont devenus assez autistes, confinés dans leur style. Les gens bloqués dans un truc, ça me fait peur. C’est peut-être que j’étais comme ça avant, j’ai un peu élargi. Il y a du bon partout, même dans la musique bretonne.

Alors que tu viens du rock, cette étiquette électro-jazz qu’on t’a collée pour ton premier album te faisait chier ?

Oui, surtout que quand je l’ai fait, ça n'existait pas vraiment. Lo Fi Nu Jazz(son premier album), c ‘était une blague par rapport au nu jazz qui sortait en Angleterre, c ‘est à dire des samples de jazz et des beats hip-hop. C’était exactement ce que je faisais, mais à l’arrache, c’était vraiment du lo-fi. Pour moi, sampler des trucs intouchables comme Coltrane, c’était vraiment punk. Et St Germain a sorti son album au même moment, puis toute la mode du lounge est arrivée. Je me suis retrouvé là-dedans, mais bien malgré moi. Ce disque-là me ressemble bien plus. Je ne me suis rien interdit, je n’ai même pas réfléchi à faire un disque cohérent.

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