Accueil » Musique » Articles »

Le Mozart noir

Léon M. - 09.01.06

2006, c'est le 250ème anniversaire de la naissance de Mozart. Onze ans avant Wolfgang, un autre virtuose venait au monde: Joseph Bologne, un métis de Guadeloupe, le premier Black de la musique française.

Mozart noir

Il s'appelait Joseph Bologne, chevalier de Saint-Georges. Il était né à la Guadeloupe le jour de Noël 1745, fils d'un riche planteur et d'une esclave. Le planteur, pas raciste, l'emmène à Paris et lui donne une éducation de noble. Il veut en faire un gentilhomme, le gamin ne le décevra pas.

Le petit Joseph devient escrimeur d'élite et apprend le violon avec Leclair, violoniste officiel du roi Louis XV. Virtuose, il se produit en concert. Prolifique, il compose: entre 1773 et 1780, douze concertos pour violon, deux recueils de quatuors, une symphonie, trois sonates pour violon, etc.

Voici le chevalier de Saint-Georges à la mode. Beau gosse, il fait fureur dans les salons parisiens. Il est présenté à Marie-Antoinette, fréquente les soirées du Palais-Royal chez Philippe d'Orléans. On dit que Mozart connaissait ses oeuvres et en pensait le plus grand bien. Cela dure jusqu'à la Révolution. Pris dans le maelstrom, le premier musicien black de l'histoire de France frôle comme tout le monde la guillotine. En avril 1794, le gouvernement de Robespierre abolit l'esclavage.

Le chevalier se retrouve envoyé en mission officielle à Saint-Domingue. C'est la première fois qu'il revoit les Antilles et le métis ne s'en remet pas. Crise d'identité : à Paris c'est un Noir, dans les îles on le voit Blanc. De lui-même, il écrit : "Il se cherche et ne se trouve pas."

Il revient mourir à Paris en 1799, peu avant le coup d'Etat de Bonaparte. Lequel, trois ans après, rétablit l'esclavage dans les colonies françaises. A peine mort, le chevalier de Saint-Georges tombe dans l'oubli. Il y restera longtemps. Mais les musicologues modernes ont retrouvé sa trace, comme on le voit sur le site consacré au Chevalier de Saint-Georges. Aujourd'hui, deux cent ans après, on rejoue sa musique.

Un livre : Le chevalier de Saint-Georges, de Roland Brival, éd. Le Manuscrit 2001, 200p. 17,80e.

REAGIR A CET ARTICLE // 13 COMMENTAIRES