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Aujourd'hui sort en DVD "Electroma", le film des Daft Punk. L'occasion de poser deux-trois questions à Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, aka les deux Daft Punk, sur leur rapport à l'image (si tant est que ce soient vraiment eux).
Daft Punk’s Electroma c’est … non.
Dans Daft Punk’s Electroma, il y a … non plus.
Comment commencer ?
Commençons objectivement, par le début du film: une vieille voiture de sport américaine noire, dont la plaque californienne est immatriculée « Human ». À l’intérieur, deux personnages à casques de robots. Le film commence comme un road movie sur les interminables routes californiennes. Jusqu’à une ville, peuplée de gens semblablement casqués.
Mais non, en fait, « Daft Punk’s Electroma » ne nécessite pas que l’on vous explique le synopsis. Il faut le voir, mieux même : le sentir, le ressentir… chacun à sa manière. Lors de sa présentation à la Quinzaine des Réalisateurs, le film du duo formé par Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homen-Christo avait reçu un accueil pour le moins mitigé… Certains partent avant la fin de la projection, d’autres resteront de longues minutes à applaudir le génie des deux Français.

Oui, Electroma est un film qui répondra à la sensibilité de chacun. Une expérience sensuelle, sensorielle. Sensationnelle ? Pas de paroles, de longs, voire interminables plans séquence pas toujours mis en musique, des paysages magnifiques, des couleurs ahurissantes… Disons que c’est comme un film d’art contemporain : on n’y va pas pour le divertissement mais bien pour l’esthétisme qui s’en dégage, le grand voyage onirique que nous propose le duo le plus connu de la musique française.
Alors, on se laisse emporter ou non, là n’est finalement pas vraiment la question. Toujours est-il que les Daft Punk ont vraiment un univers propre qui, sans jamais être deux fois de suite le même, les suit autant dans leur musique que dans leurs prestations scéniques ou leurs œuvres cinématographiques. Tout se tient d’ailleurs, on reconnaît bien le fil conducteur de ces deux amateurs d’art sous toutes ses formes, et sachant toujours s’entourer des meilleurs.
Une très jolie bande-son, des couleurs et des tableaux magnifiques, des costumes et des décors très bien mis en scène. Et l’histoire ? Chacun peut y trouver la sienne, sachant que la trame tourne plus ou moins autour du robot et de l’humain, de l’humain et du robot, du besoin d’autrui et de la solitude.

Quelque images extraites du film
Mais devant tant de flou, le plus pertinent ne serait il pas de poser quelques questions aux principaux intéressés ?
Comment vous est venue l’idée de ce film ?
On était un peu avant le début de cette aventure en train de réaliser des clips pour notre dernier album, « Human After All »… Au bout de 2 clips et pendant la production du 3eme, on s’est dit que c’était un bon moment pour expérimenter le cinéma, une chose que l‘on avait envie de faire depuis pas mal de temps. On avait d’un côté supervisé la création et la production de tous nos clips depuis presque le début de l’aventure Daft Punk et moi, de mon coté, je m’intéressais à la photo, j’étudiais la cinématographie d’un point de vue purement technique. Par rapport à des idées qu’on avait, on s’est réunis avec Guy Manuel et Cédric Hervet - qui a co-écrit et co-produit avec nous « Interstella » - et Paul Hahn - qui est notre associé aux Etats Unis avec qui on a travaillé sur la tournée, les concerts … - et cette réunion s’est faite de façon très spontanée… et expérimentale.

Donc l’idée est assez récente. Au moment d’Interstella, vous n’y pensiez pas encore ?
Non, pas du tout. Ca a vraiment germé au moment de la réalisation des clips de Robot Rock, Technologic et Prime time of your life. C’est vraiment une seconde étape, qui vient après Interstella.

Interstella
Quel accueil Electroma a-t-il reçu lorsque vous l’avez présenté à la Quinzaine des Réalisateurs?
Ben euuh… On n’a jamais eu l’idée, ni l’impression, ni la volonté de faire un film très consensuel… ça serait plutôt sensuel en fait, ou physique, ou sensoriel. On a été très surpris par l’accueil assez favorable, car même si parfois certains étaient totalement hermétiques, d’autres ont été complètement perméables et ont vraiment ressenti le film. Je ne dirai pas qu’il l’ont ressenti de la même façon dont on a voulu le faire car l’expérience est très ouverte, elle peut être ressentie et interprétée de façon différente, mais en tout cas, ils étaient sensibles à l’expérience et ouverts d’esprit, entre quelque chose d’assez psychédélique des années 60 et quelque chose de futuriste.
Mais après, c’est toujours pareil à Cannes ; il y a des gens qui ont quitté la salle et d’autres qui sont restés à applaudir longtemps après la fin du film. Aujourd’hui, la façon dont le film a été présenté avant sa sortie en DVD dans des salles, des séances de minuit aussi bien en France, aux Etats-unis, en Europe, en Angleterre, est faite dans un cadre et un contexte propices et aptes à l’expérience que l’on voulait présenter et à notre démarche pour ce projet.
Pourquoi avoir fait ce film plus ou moins « en douce » ? Peu de gens étaient au courant et le mode de sortie est très intéressant : un DVD et des projections dans des cinémas obscurs à minuit ?
(Hésitations) Je ne sais pas si ça aurait pu avoir une diffusion plus grande… Ce qui est amusant, que ce soit en France ou même aux Etats Unis - il était à Los Angeles encore samedi dernier dans une salle comble de 600 personnes -, mais en France, ça fait 6 mois qu’il est à l’affiche à minuit. Cela permet une certaine longévité et un cadre qui nous semble plus propice à ce type de film, qui est justement dans une certaine marge, plus ou moins accessible, expérimentale, et finalement peut-être plus underground que le statut de la musique électronique. C’est ça qui était amusant : se dire voilà, d’un côté on fait des concerts, des tournées devant 15, 20, 30, 40 000 personnes et en même temps, on est très contents de présenter ce film tel qu’il est à des petites salles qui comptent 250, 300 personnes.

Qu’est-ce que vous apporte le mode de création / expression « cinéma » par rapport à votre musique ?
(Longue hésitation) Ce film a été un peu fait comme de la musique pour les yeux... On a toujours une approche musicale relativement visuelle, mais en même temps, le cinéma est peut-être le mode d’expression artistique un peu ultime et global, dans le sens où c’est la combinaison de toutes les expressions réunies. Et, à la fois, c’est un travail d’équipe et c’est un peu ce qui nous intéressait, plus que de rester en studio tous les deux à faire de la musique. C’était le moyen de s’ouvrir, de travailler avec une équipe, de provoquer des sensations mais c’est assez proche de la musique finalement sauf qu’on utilise une forme d’expression différente, plus intimiste pour ce projet.
Vos deux films semblent se répondre : dans « Interstella », ce sont des humains qui deviennent des robots. Dans « Electroma », ce sont des robots qui s’humanisent… Est-ce que vous pouvez nous parler de ça ? Est ce qu’il y aura une suite à ça ?
Une suite à ça ? (réflexion) On travaille étape par étape, on suit une évolution, on ne se répète pas non plus mais les projets qu’on fait peuvent se suivre. Maintenant, le sens du film, c’est plus une fable presque abstraite sur la technologie, avec ces robots qui sont une sorte de métaphore de celle-ci, et la place de l’Homme par rapport à cette technologie.
C’est vraiment un triangle entre les robots, l’histoire et surtout le spectateur… En vérité, le seul acteur du film, c’est le spectateur qui se retrouve dans un monde vide, sans humanité, avec ces machines et cette nature ou cet environnement autour de lui. Cela peut déclencher des choses, un peu comme les jeux vidéo ou les livres dont vous êtes le héros, des choses un peu à l’ancienne, il suffit de mettre un environnement autour du spectateur, à lui de réagir face à ça.
Daft Punk's Electroma
En DVD le 5 décembre
Universal Pictures Video
74 minutes