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Une barbe naissante, une belle gueule, une guitare acoustique, des ambiances intimistes... Portraits des deux folkmen de Nova.
Qui eût cru, il a y quelques années, quand Nova glissait sur les fougueuses vagues funk, soul, hip-hop, trip-hop, house ou techno, qu’un jour notre playlist ferait une place à deux folk-singers à la voix suave, accompagnés par une guitare acoustique, distillant des climats intimistes, rêveurs et caressants ? Les temps changent certes, mais force est de constater que ces deux artistes sont d’une trempe exceptionnelle, dignes héritiers de Donovan, Nick Drake, John Martyn, Dave Matthews ou Leonard Cohen. Tous deux sont passés par les studios de Nova et les Nuits Zébrées. Il était temps que Novaplanet esquisse leurs portraits.
Fink est un paradoxe vivant. D’abord, il s’est nommé lui-même Fink (son vrai nom est Finian Greenhall). Fink devait porter le nom de son groupe, un trio avec le bassiste Guy Whittaker et le batteur Tim Thornton. Mais rien à faire, le nom de Fink lui colle à la peau, inutile d’insister. Autre paradoxe, Fink enregistre pour Ninja Tune, un label hip-hop / électro qui n’avait jamais signé un artiste acoustique. Comment se fait-ce ? Remontons un peu l’histoire. Les parents de Finian sont fans de folk, ce qui le rase, et le traînent dans les clubs folk, ce qu’il déteste - « Trop de barbes ! » dit-il aujourd’hui. Mais au moins, il apprend à jouer de la guitare et tombe raide dingue de John Lee Hooker, qu’il proclame aujourd’hui son influence majeure. Mais voilà, il grandit à Bristol et s’immerge bientôt dans la scène des DJs, des samples et du trip-hop. D’abord, il est guitariste dans des groupes de jazz-funk, puis range sa six-cordes au placard et s’emballe pour les platines. Il devient DJ et ses premiers disques, à partir de 1995, seront méchamment électro. Jusqu’à son étonnante métamorphose de 2006, qu’il arrive difficilement à décortiquer. « Ça s’est fait graduellement, je me suis lassé des morceaux instrumentaux, j’ai senti l’envie d’exprimer des choses intimes et profondes, donc de chanter. Et pour ce retour en moi-même j’avais besoin d’un grand dénuement musical. »

Fink
Son premier album acoustique, en 2006, a été entièrement enregistré chez lui, dans son grenier, sa cave et toutes les pièces de l’appartement. Ninja Tune, enthousiaste, l’a produit sans hésiter une seconde. « Ce sont des gens formidables, prêts à toutes les aventures. » Son deuxième, « Distance and time », a bénéficié de la production d’Andy Barlow (de Lamb) et s’en trouve un peu plus enrobé, mais toujours très discrètement. Et c’est la même ambiance feutrée, délicate, retenue, introspective, parfois mélancolique ou émotive, mais sans aucun sentimentalisme à la noix. Et cette voix à peine voilée, toute en nuances. Et cette guitare qui sonne comme tous les orchestres symphoniques du monde…

"Distance & Time", le nouvel album de Fink
Pour en finir avec Fink, deux secrets de Polichinelle. D’abord, il continue à faire de la musique électronique sous un autre nom, Sideshow, pour un autre label, AUS, avec un nouvel EP intitulé « Scary Biscuits ». Et ensuite, Fink aime Nova. Au micro de Mélanie Bauer dans l’Eléphant Effervescent, il disait récemment : « Nova, j’adore. C’est la première radio qui m’ait soutenu. Je me sens comme en famille ici. Et tous les gens que je connais à Pairs écoutent Nova. J’ai fait mon tout premier concert en solo dans une Nuit Zébrée, et c’est le meilleur concert que j’ai jamais fait dans ma vie ! ».

Fink s'allume un clope
A présent, place à José Gonzalez. Un sacré paradoxe, lui aussi. Le jeune homme est de nationalité suédoise, né à Gothenburg (Göteborg) de parents exilés argentins, et chante en anglais. Il a fait des études de guitare classique (et il joue encore aujourd’hui presque exclusivement sur des guitares à cordes en nylon), mais ses deux grandes influences restent le répertoire de son père, chanteur latin qui faisait aussi bien du tango que de la chanson cubaine ou de la bossa nova, et le songbook des Beatles que le paternel lui a offert un jour.

Jose
Comme Fink, il a d’abord joué de la guitare électrique ou de la basse dans des groupes pêchus, et comme Fink, il chante aujourd’hui des ballades à fendre le cœur et s’accompagne d’une guitare acoustique. Comme Fink, il a signé chez un label, Peacefrog, plutôt féru d’électro-tech (cf le duo Nouvelle Vague, Marc Collin, The Beauty Room, etc). Comme Fink, il a deux albums à son actif, « Veneer », en 2004, arrangé, enregistré et produit par lui-même, chez lui, et « In our nature », en 2007, à nouveau produit par lui-même, mais en studio et entouré d’une petite clique d’instrumentistes complices.

Jose ferme son blouson
On baigne donc dans les mêmes climats soyeux et enveloppants que chez Fink, avec quelques différences. La voix de José Gonzalez est un peu plus haut perchée, ses émotions jaillissent souvent avec plus d’intensité, son jeu de guitare est plus puissant, trahissant parfois ses racines latino-américaines, et, derrière elles, le flamenco espagnol. Parmi ses influences majeures, il cite Joao Gilberto, Vinicius de Moraes, Silvio Rodriguez et… Fela Kuti ! Quant à ses textes, ils sont moins intimistes et plus ouverts sur les chagrins de l’humanité. Mais qu’à cela ne tienne : les deux hommes, Fink et José Gonzalez, sont des génies en herbe, des maîtres de la mélodie claire et colorée, des électrons libres alliant la fraîcheur et la gravité, la légèreté et la profondeur, le lyrisme et l’apaisement. Nova ne s’y est pas trompé, même si nous n’avons pas eu le temps d’exhumer l’interview de José Gonzlez, plus ancien que celle de Fink.

"In Our Nature", le nouvel album de Jose
Décidément, le grand mix est plus vaste que jamais, puisqu’on y trouve ces deux artistes sublimes. Sapristi, nous avons des oreilles et nous savons nous en servir. Cela dit en toute modestie, bien sûr (tu parles !).
Liens
Fink
Le site de Fink / Son Myspace / Fink sur Ninja Tune
Jose
Le site de Jose / Son Myspace / Le site de PeaceFrog
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