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SAKIFO - JOUR 4

Adrien G - 05.08.07

Une île, des artistes internationaux, des stars de l'océan indien, des métissages, de la musique, du rhum; c'est ce que vous trouvez au Sakifo Musik Festival. En direct de St Leu de la Réunion.

Je crois que si je devais définir la Réunion en un mot, je dirais « simplicité ». Ici, tout est fait pour que les choses soient le plus simple possible. Et elles le sont.

Les Réunionnais semblent laisser de côté la mode, l’ambition, la jalousie, la comparaison, la rapinerie et la mesquinerie au profit de l’ouverture, de la bienveillance, de la tolérance, du contact et de la chaleur. Laisser le superflu, se concentrer sur l’essentiel. Sans doute est-ce niais et prématuré de dire ça, peut-être même ridiculement paternaliste, mais c’est ainsi que je le ressens. Exit les signes ostentatoires. Finie l’illusion. Dehors les faux-semblants.

Dans le regard des gens, pas d’agressivité, pas d’agacement. La simplicité. Le papier-cadeau est destiné à entretenir le suspense, à retarder la surprise ; celle-ci peut plaire ou non. Ici, on a tout de suite le cadeau. Autrement dit, pas de fard. Cela fait un bien fou ; parfois, on oublierait presque que cette qualité de vie existe encore sur terre.

Bref, tout ceci pour dire que la Réunion a une âme, et que celle-ci est plutôt sympa. Un savoir-vivre, une hospitalité, une art de vivre. Une vraie personnalité, résultant de dizaines et de dizaines d’années de métissage de couleurs, de cultures, de traditions, de gastronomie, d’arts, de savoir-faire.

Hier pourtant, toutes ces belles paroles n’empêchaient pas le Sakifo de poursuivre son petit bonhomme de chemin à travers les 5 scènes disposées un peu partout dans St Leu. Et en ce samedi 4 août, la musique maloya était à l’honneur.

Voici la définition du maloya donnée par RFO sur son site : « Une musique, une danse, un chant, un appel aux ancêtres, le Maloya est une tradition qui appartient à tous les Réunionnais ». Le mot maloya viendrait du malgache "maloy aho" ; maloy voulant dire « parler, dégoiser, dire ce que l'on a à dire ». Comme le blues américain, le maloya est un chant de complainte. Un magnifique chant de complainte. Ce style de musique a connu différentes périodes dont voici les plus importantes:

Vers le début des années 80, le maloya était chanté par des artistes tels que Ziskakan (« Jusqu’à quand ») ou Danyel Waro, véritable griot national. A cette époque, le maloya était très clairement un chant insurrectionnel, rebelle, révolutionnaire. Il était très mal vu, quasiment prohibé, et les gens le jouaient en cachette, dans des caves ou des jardins. Vers le milieu des années 90, il y eut un revirement dans la manière d’appréhender cette musique avec l’arrivée de toute une jeune génération d’artistes qui chantait pour revendiquer l’héritage culturel de la Réunion, son identité, ses valeurs, son créole, son maloya.

Aujourd’hui, la tendance est à l’échange, à l’ouverture. Les artistes font du maloya-pop, du maloya-rock, de l’électro-maloya, ou travaillent avec des artistes issus d’univers différents : ainsi, nous avons pu voir s’associer sur scène Nathalie Natiembe et Bumcello, Flox et Sami Waro ou encore Ayo et Davy Sicard. Le maloya, ayant trouvé sa propre identité et ses représentants, se décomplexe aujourd’hui en invitant tous les autres styles de musique. Pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

Vincent Segal, Nathalie Natiembe, Cyril Atef
Vincent Segal, Nathalie Natiembe, Cyril Atef

Flox
Flox

Ainsi, hier, les festivaliers ont pu apprécier le concert simplement magique de Danyel Waro et de son maloya associé à la guitare aux accents tziganes de Titi Robin. C’est beau, mystique, original, courageux et limpide. Danyel Waro entre en transe et nous emmène avec lui. Son kayamb dans la main, il est acclamé par le public du Plato, comblé. De temps en temps, la ville peut entendre la rumeur monter de telle ou telle scène : le plateau français de la Ravine réunissant Babet, Adrienne Pauly et Sanseverino, le reggae de la Kazern, avec Toguna, un jeune groupe reggae réunionnais et Dub Incorporation, ou l’électro-dub du Chapito qui programmait hier Flox, Jamika (la chanteuse de Zenzile) et Automat.

Danyel Waro et son kayamb
Danyel Waro et son kayamb

Danyel Waro & Titi Robin
Danyel Waro & Titi Robin

Encore une journée riche, de celles où l’on sait que l’on a appris, que l’on s’est enrichi, que l’on s’est bonifié au contact de toute cette énergie positive. Car ici, tout le monde avance bel et bien dans le même sens : donner pour recevoir, recevoir pour donner. La vie, quoi.

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