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Le jazz, le rap, Katrina, l'histoire afro-américaine... Quand Archie Shepp lâche son sax, ce n'est pas pour parler dans le vent.

Il a à son actif beaucoup d’activisme, justement… Patriarche de la Black Power, le saxophoniste Archie Shepp va rapper en beauté au festival Jazz à la Villette, au côté de Rocé (il lui a composé un titre sur Identité en Crescendo), Jalal Nuriddin, le vétéran des Last Poets, et Cheikh-Tidiane Seck, pilier de la musique mandingue.
Jazz à La Villette a pour thème cette année : « Black Rebels ». Il n’est pas étonnant de vous y trouver, Archie Shepp...
On m’y retrouvera surtout dans une musique plus contemporaine, même si ça peut me rappeler les années 60 parce qu’à l’époque, cela m’arrivait de signer des sortes de poèmes scandés... Mama Rose par exemple. En fait je me considère moi aussi, à l’image de Jalal Nuriddin, comme le grand-père du rap. C’était un terme bien connu de l’argot noir, déjà dans les années 40-50... Duke Ellington a fait des choses très expérimentales, d’ailleurs, à ce sujet. Et puis il y a la relation avec l’Afrique, évidemment.
Avec aussi une certaine charge politique.
Bien sûr ! On a quand même eu dans les années 60 quelqu’un comme H.Rap.Brown ! C’était son nom, Rap Brown ! Il était Musulman, Black Panther. On l’a mis dans une prison en Georgie. Mais pour en revenir à l’Afrique, il n’y a rien d’étonnant, parce que les peuples africains ont toujours été très bien informés par la tradition orale. Ils « rappent » depuis toujours ! Ces langues africaines ont influencé le blues, le slam, la danse des Noirs… C’est impossible d’ailleurs de dissocier la danse et la musique noire.
Comment voyez-vous avec le recul le combat afro-américain des années 60 et 70 ?
Il ne faut pas être trop complaisant. C’était le début d’une révolution mais elle a avorté. On a Bush aujourd’hui, et il porte un climat du passé, avec des idées souvent racistes, exclusionnistes, jingoïstes. Et puis il n’y a pas de quoi être fier quand je regarde des Noirs comme Condoleeza Rice ou Colin Powell. Ce n’est pas vraiment un progrès. En fait, la lutte continue...
Même colère à-propos de la Nouvelle-Orléans, un an après Katrina ?
J’ai toujours pensé que certains avaient en tête, un jour, de refaire cette ville sans les peuples qui la composent. Et notamment sans les Noirs, qui sont empêchés aujourd’hui de revenir, alors que ce sont eux qui ont donné à la Nouvelle-Orléans sa musique, son cachet, son charisme. On veut recréer aujourd’hui une cité cosmétique : les Noirs au musée, les Blancs dans les beaux quartiers.
Vous considérez-vous toujours, Archie Shepp, comme le gardien de la mémoire black ?
Je veux surtout en être l’historien, parce que je suis persuadé que c’est par les archives et les études scientifiques qu’on la restitue au mieux. J’ai enseigné à l’université du Massachusetts, et je sais qu’il y a aussi beaucoup de bla-bla et de mythes qu’on entretient sur la musique noire.
Par exemple ?
Jazz ! Le mot « Jazz » est un mythe ! Le jazz, c’est ce que tu veux! Les définitions n’arrêtent pas de bouger, d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre... Cela voulait même dire “forniquer“, jazz, à une certaine époque ! Je préfère plutôt parler d’ African American Music. Et puis je ne veux pas être responsable de la définition d’un mot que je n’ai pas créé et qui ne fait pas partie de mon vocabulaire.
Archie Shepp dans « Born to Free », samedi 9 septembre au Cabaret Sauvage à Paris, dans le festival « Jazz à la Villette. L'interview sera diffusée dans son intégralité sur Radio TSF (89.9), jeudi 30 août à 20h.
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