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Le Festival de reggae Ja'Sound se tenait la semaine dernière dans le Gard. Virée dans le Zion.

Cedric Myton
Une ville où se réunissent chaque année des milliers de rastas ? Des campings sauvages s’entassant sur chaque mètre carré utilisable ? Des soundsystems 24/24 ? Aucun doute, vous étiez aussi à Bagnols la semaine dernière. Depuis trois ans, la crème internationale (jamaïcaine et anglaise donc) se réunit ici avec des affiches à faire pâlir d’envie les Parisiens habitués aux annulations de dernière minute.
Le festival débute mercredi soir avec la soirée soundsystems made in England : Jah Tubby’s, Martin Campbell, Channel 1 et Iration Steppas se relayaient toute la soirée avec leurs meilleures dubplates, chaque sound étant venu avec son propre système. Gros tracks et ambiance bon enfant jusqu’à 3h du matin. Les basses résonnent dans tout Bagnols. Les Iration Steppas étaient déjà présents l’année dernière. Style reggae roots & dub, des big tunes en veux-tu, en voilà. Le public déjà présent en masse fait savoir qu’il est là avec des « pull up !! » sur bon nombre de plates.
Jah Tubby’s, lui, a de bonnes basses bien grasses qui font trembler les tympans et les vêtements ! Trois chanteurs debout sur un mur d’enceintes mettent le feu à chaque tune. Là, c’est bouillant ! Dans un style plus dub qu’Iration Steppas, Jah Tubby’s a conquis le public avec un son lourd et une prestation scénique implacable.
Le lendemain, c’est le début des concerts sur la grande scène. Ça commence fort avec une session « inna de yard » de Kiddus I et Earl China Smith, récemment réunis sur CD par Makasound, puis le nu-roots du Guyanais Ras Mac Bean, backé par le Artikal Crew, qui chauffe le public pour préparer le live de Ricky Chaplin et ses big locks. Le frère du grand Charly est vite rejoint par Prince Jazzbo, l'un des premiers toasters des 70's. Leurs voix se complètent à merveille, notamment sur une reprise de War Inna Babylon de Max Romeo qui met le feu au public.
Arrive Cornell Campbell, qui signe au Ja’Sound son grand retour en France. Très attendu par le public, ce pilier de la musique jamaïcaine a tenu ses promesses: sa prestation fut parfaite. Avec sa golden voice, ce jeune de 60 ans a transcendé la foule. Pas de blabla, des riddims de légende : Queen of The Minstrel, Mash Up et son fameux Jah Jah Me Horn Ya (qu'on retrouve sur la Nova Rares Groove Reggae 3), remis pas moins de cinq fois sur le couvert. Big up !!

Jah Mason
On passe dans un style plus dynamique avec l’arrivée sur scène d’Empress Ayeola, aka « Fire Empress », une jeune chanteuse impressionnante. Peu connue du grand public, ce petit bout de femme a surpris son monde avec un concert nu-roots très frais, une voix magnifique et un réel sens de la scène.
Puis c’est au tour de Fantan Mojah, jeune pousse prometteuse de la David House de Capleton, à qui il emprunte parfois les attitudes et les gimmicks. Grosse voix et énergie débordante, tout de blanc vêtu, ce showman délivre toutefois ses textes avec un flow brûlant bien à lui.
Enfin, les premières notes de Congo Ashanti retentissent dans tout le Gard, scandées en chœur par les milliers de spectateurs présents. Cedric Myton, fondateur et représentant des mythiques Congos, monte sur scène. Un grand moment de reggae. En promo pour leur nouvel album Cock Mouth Kill Cock, les Congos n’oublient pas leurs grands hits produits chez Lee Perry et nous offrent Children Crying et Fisherman.
Vendredi, c'est Jah Mali ! Le chanteur enturbanné débute la soirée avec un très bon live, et laisse la place à l’excellent backing-band Bambu Station, qui fait figure de relève du son roots à l’heure où la Jamaïque se passionne pour le dancehall. C'est son compère Jah Mason qui terminera la nuit. L'une des têtes d’affiches du festival assure, même si on aurait aimé entendre un peu plus de ses nombreux hits. Il nous fait quand même My Princess Gone et Never Give Up. Le revers de la médaille : avec un répertoire comme le sien, le public en veut toujours plus.
Samedi, la « soirée des Légendes ». Et le mot est bien choisi, puisque c'est le Soul Syndicate qui joue toute la nuit. Le mythique backing-band derrière Ken Boothe, Michael Rose ou encore Dennis Brown, a été reformé spécialement à l’occasion du Ja’Sound; cela faisait 20 ans qu’ils s’étaient séparés ! Ils sont tous là: Earl Chinna Smith (guitare), Tony Chin (guitare rythmique), George “Fully“ Fullwood (basse), Leroy “Horsemouth“ Wallace (batterie), Anthony Jonhson (clavier)...
Le public est en délire quand arrive Kiddus I, qui vient sur scène à la surprise générale se lancer dans son célèbre Graduation To Zion, composé pour le film Rockers. On se croirait en Jamaïque: Earl Zero débarque avec un autre big tune None Shall Escape the Judgment. Faya inna di place!! Earl Zero nous sort un show venu d’ailleurs, moelleux à souhait et simplement magnifique. Suit le grand ami de Sugar Minott et spécialiste de la cover, Tony Tuff et son style lover.
C’est le génial Big Youth qui terminera la session Soul Syndicate. Déjà présent à la première édition du Ja’Sound, le deejay toaste derrière son éternel sourire, et se lance dans des chorégraphies sensuelles et pleines d’humour. Acclamé par le public qui en redemande, le « Youth » n’arrive pas à quitter la scène. Il partira finalement sur une reprise bouillante et très personnelle de Hit The Road, Jack de Ray Charles. En tout, le Soul Syndicate aura joué plus de trois heures sans s'arrêter. Indémodable.
En seconde partie de soirée, c'est Bunny Wailer himself sur la scène de Bagnols. Membre fondateur des Wailers aux cotés de Bob Marley et Peter Tosh, Bunny le pieu est un dieu du reggae. Plein de vigueur, tout sourire, magistralement vêtu de blanc, sa prestation alliant roots et dancehall n’aura déçu personne.
Seul bémol à l'organisation, un accueil pas toujours sympa et un camping minuscule n'offrant aux retardataires que les plaisirs et surtout les risques du camping sauvage. Mais cette année encore, le Ja’Sound aura tenu ses promesses de gros son roots, de qualité et de bonne ambiance, avec une programmation riche et éclectique, comme seul le soleil du Midi peut nous offrir.

Bunny Wailer