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Après le 29 mai, politique française se dit «free fight»

Léon M. - 27.05.05

Le 30 mai, la France se re-divise en deux. D’un côté les électeurs, maintenant focalisés sur les vacances. De l’autre la classe politique, où ça va flinguer comme jamais : les arquebuses et les sarbacanes au curare sont déjà prêtes.

"Free fight" / Pieds Nickelés

Le 29 mai finit à minuit. Sitôt rangés les flon-flons du vote, la France se recoupe en deux camps de tailles inégales.

Pour les électeurs, le 30 est un lundi, donc une semaine de boulot qui recommence, avec pour objectif  : les vacances. L’heure du choix pour les indécis : Maroc ou Crète ? Camping ou tropiques ? C’est le grand combat des réservations sur Internet, la comparaison minutieuse des programmes des tour-operators, un coup d’œil perplexe sur l’état du compte en banque.

Pour la classe politique, cest un autre film : le retour des tontons flingueurs. Que le Oui ou le Non l’emporte, même tabac. La victoire du Non serait encore plus léthale, puisque les soi-disants «partis de gouvernement» (UMP et PS) appellent au Oui. Mais les grands blocs sont en place, les oppositions éclatantes, les chefs de piste bien maquillés sous les projecteurs, les seconds couteaux cachés derrière les rideaux. Tout est en place, ça va saigner. Dès le 30 mai les portables vont chauffer, petites phrases, rendez-vous piégés, vraies-fausses rumeurs, trahisons, fiches de police, atteintes à la vie privée, comme au Fight Club tout est permis, sauf de crever l’œil et d’arracher les couilles, et encore.

A gauche, au PS, Hollande va régler son compte à Fabius, ou l’inverse, en se méfiant des partisans peu fiables de Dominique Strauss-Khan qui roule pour lui. Le rêve de DSK : et si Fabius et Hollande s’entretuaient, lui laissant le champ libre ? L’affrontement décisif en rase campagne est prévu pour un congrès en septembre. Les affidés du courant NPS (Nouveau Parti Socialiste), partisans d’une VIème République et d’une nouvelle Constitution (française), attendent leur heure. Et Lang rôde.

Laissons dans le bois ce qui va se passer chez les Verts : on n’ose l’imaginer, c’est de toute façon imprévisible. Les rois de la magouille interne sont écartelés entre leur direction, pro-Oui, et leur électorat, annoncé Non à 60%. Ce qui incitera forcément quelques malins à vouloir devenir calife à la place du vizir.

A droite, une abominable guérilla prévue jusqu’en 2007 va occuper les chiraquiens et les sarkozyens. On (experts et éléphants) s'attend au pire. Dans chaque armée, les arsenaux débordent. Au milieu du champ de tir, la brigade légère UDF du colonel Bayrou essaiera de se faufiler en direction du but (Elysée 2007) sans trop de pertes, en se méfiant particulièrement du renégat Douste.

A l’extrême-droite aussi, il va y avoir du sport. Passons sur les rivalités internes au FN pour prendre la place du vieux (Gollnisch ou Marine on s’en tape), mais il sera amusant de voir De Villiers tout faire pour bouffer le FN en profitant de l’essoufflement post-Le Pen. Mégret et Pasqua disparus, une grosse place est à prendre à droite de la droite et De Villiers sent bien le coup. Et ce moment, il plane. Ca ne devrait pas le rendre gentil pour autant.

Bref, pendant de longs mois, la classe politique française va se défoncer au free-fight. Dommage, les coups de vice les plus perfides, les poignards dans le dos à la Machiavel, les accolades étrangleuses à la Talleyrand, le meilleur restera caché au citoyen. Il n’aura droit qu’aux extraits de nobles discours, aux postures, aux appels à élever le débat. Privé des huis-clos, des scènes de chantage, des colères monstrueuses, des confidences de rage impuissante, le citoyen se rabattra sur les fuites, les ragots. Il ne pourra qu'imaginer… Mais au fait, pendant le match, qui fera quoi contre le chômage ?

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