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Vingt ans sans dormir

Jean Rouzaud - 22.04.05


Vingt ans sans dormir, livre signé Paquita Paquin. Témoignage sur les bandes 1968-83, qui refusaient de travailler, de rentrer dans le rang et de s’habiller discrètement. Rassurez-vous, ils dormaient quand même : le jour.

Paquita Paquin

Il faut donc trente ans et plus pour qu’une génération se raconte ? On vous avait conseillé ici les souvenirs de Marie-France ou de Zouzou, toujours cette période fatidique en pleine montée dès 1965 avec la culture pop et qui s’achève aux alentours de 1985 à la veille des mouvements techno et rap, quand le couvercle se referme, enfoncé par le sida, la fin de l’insouciance et de la révolte gratuite.

Pascale Renaudière, alias Paquita Paquin, se rebaptise donc et réinvente sa vie : mi-star improvisée, mi-titi parisienne, gouailleuse et démerdarde à souhait, elle va adorer sortir, accompagner l’aventure homosexuelle de ses amies les Gazolines, et suivre son instinct de vie et de rigolade en danses et en chansons, jusqu’au bout de la nuit.

Dès 1968, où le livre commence, Paris voit se former des bandes, certaine issues de la province, ou par quartier. Paquita débarque après les bandes du Drugstore, de Saint-Germain (Rock and Roll Circus, Open One, etc). Elle va se frotter à la bande du 14ème (quartier alors pas cher pour les freaks et autres marginaux : nous étions avec Actuel au 6 impasse Lebouis, bientôt Frédéric Mitterrand y montera son Olympic Entrepôt…), bande qui va glisser vers Montparnasse avec le resto de Florent Friquet (aujourd’hui émigré à NY), bien sûr La Coupole, et va s’enrichir d’une bande de jeunes gens plus ou moins travestis avec la mode des New-York Dolls, du rétro et du glam-rock.

Paquita va croiser aussi la scène hippie underground, plus âgée, et qui bouge beaucoup (déjà à Ibiza, Goa, ou Pukhet). Elle va frôler la bande de Marc Zermati (Open Market et rock électrique avec Alain Pacadis et Yves Adrien), pour tomber dans celle de Serge Kruger (Tango et Rumba), non sans être passé par le Sept de Fabrice Emaer (homos et mannequins), galop d’essai avant le Palace. Et bien sûr au cœur de la bande des Halles avec Titi, Pierre et Gilles et quelques punks, dont Edwige ou Henri Flesh.

Il y aura la parenthèse du journal Façade, justement au service de ces apprentis stars, mis en page aux côtés de vraies stars internationales (amusant pour les inconnus qui ont conscience de leur vraie valeur ou de la culture qu’il véhiculent, mais frustrant pour d’autres).

Paquita ne s’étend pas sur les rivalités qui ont fait rage et les amours déçues ou trahies, mais lâche pas mal de détails sur une petite partie de ce qui était monnaie courante à toutes ces époques : sexe et libération, expériences et curiosités.

Comme Kiki de Montparnasse ou Juliette Greco au Tabou, puis Sagan entre Deauville et Saint-Tropez, les bringueurs ont toujours eu leurs lieux, leurs bandes, et cette fois encore, dans un genre encore plus marginal, c’est bien un pan de la vie underground de Paris qui ressort par bribes, c’est la tribu très show-off du Palace et des Bains à un moment donné, avec ses Dj et d’autres figures, inconnues du grand public.

Ces différentes rencontres et déclics ont donné un ton et une figure au Paris de l’époque, différent de Londres, Milan ou NY, malgré les influences des scènes respectives.

Les night-clubs défilent, dont certains oubliés comme le Nuage ou la Main bleue, les musiques qui les entraînent ne sont pas toujours comprises ou digérées, mais le feeling et le look l’emportent, les personnages se télescopent et brûlent leur vie, plutôt au lance-flamme qu'au briquet.

L’histoire de la contre-culture est si vaste qu’il faudra encore d’autres témoignages, d’autres photos pour arriver à faire le tour de la question.

La lutte contre l’establishment continue.


Vingt ans sans dormir , de Paquita Paquin, éd. Denoël, 200 pages, 20 euros.

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