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Droit de rêver : et si les Benoît étaient des papes ouverts et tolérants?

Depuis que Joseph Ratzinger s'appelle Benoît, les experts gambergent : que signifie le choix de ce prénom, dérivé du latin benedictus ("béni")?
Réponse théologique : un hommage à Benoît XV, pape pacifiste de 1914-1922 qui essaya en vain d'arrêter la tuerie sordide de la Première Guerre mondiale, ce qui lui valut de se faire traiter de "pape boche" par Clémenceau, et de "franzozische papst" par le général-en-chef allemand Ludendorf. Bref, un type bien.
Elu pape le 3 septembre 1914, le jour où débuta la bataille de la Marne, il passa le premier mois de sa mission à rédiger l'encyclique Ad Beatissimi, où il n'allait pas avec le dos du goupillon :
«De tous côtés domine la triste image de la guerre, et il n'y a pour ainsi dire pas d'autre pensée qui occupe les esprits. Des nations sont aux prises : faut-il s'étonner si, munis d'engins épouvantables, dus aux derniers progrès de l'art militaire, elles visent pour ainsi dire à s'entre-détruire avec des raffinements de barbarie ? Plus de limites aux ruines et au carnage : chaque jour la terre, inondée par de nouveaux ruisseaux de sang, se couvre de morts et de blessés.»
Très actuel, n'est-il pas?
Mais cela ne fait que repousser la question, car Benoît XV, né Della Chiesa, rendait, lui, hommage à Benoît XIV (image). Et c'est là qu'on s'amuse. Car ce Benoît là s'avère encore plus open. Pontife de 1740 à 1758 (donc sous Louis XV), réformateur du droit canon, cultivé, il dialoguait par lettres avec des Encyclopédistes, des scientifiques et des philosophes des Lumières. Pour le faire bisquer, Voltaire, l'infatigable bouffeur de curés, écrivit en 1745 une tragédie musulmane titrée Mahomet, qu'il lui dédia et lui fit parvenir.
Ce que Voltaire n'avait pas prévu, c'est qu'au jeu de la tolérance, il se ferait battre par un pape. Benoît XIV en effet accepta le cadeau et répondit à Voltaire d'une missive très courtoise.
Tout ça pour dire que les Benoît sont des papes plutôt sympas, à commencer par Benoît II, pape de l'an 685, qui piquait dans la caisse de l'Eglise pour distribuer aux pauvres de Rome. Comme disent les chrétiens, "ne tuons pas l'espérance" et laissons sa chance à ce Bavarois, qui n'est peut-être pas ce qu'il a l'air. Laissons le faire un moment, pour voir. Un petit moment, au moins.
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